‹ La morale des religionsChapitre 179 sur 380 · I. Xénophom, p. l/lÿ · texte numérisé non relu

I. Xénophom, p. l/lÿ

LA MORALE DE SOCRATE

C’est grâce à eux que, pour nous éviter le passage trop brusque de la chaleur au froid, «le soleil s’avance sur nous si insensiblement, il s’en éloigne avec tant de lenteur, que nous passons, sans nous eu apercevoir, aux limitesexLrêmes du chaud et du froid. » Euthydème fait remarquera Socrate que « les autres animaux partagent ces bienfails avec nous » et cela paraît l’inquiéter, mais Socrate lui répond : « Eli ! n’est-il pas manifeste qu’ils naissent, qu’ils sont nourris pour les hommes ? » Ce sont les dieux encore qui « nous ont donné les sens... par le moyen desquels nous jouissons de tous les biens. » Ce sont eux encore qui « ont mis en nous l’intelligence », qui nous ont fait le « don do la parole )) et « enfin, ajoute Socrate, comme nous uc pouvons pas prévoir par nous-mêmes ce qui peut nous être utile dans l’avenir, ils viennent encore à notre secours parla divination ; ils répondent à nos demandes, et nous enseignent comment nous devons nous conduire. » 11 s’extasie ensuite sur la façon dont tous nos organes sont construits et disposés en vue des rôles qu’ils ont à jouer, sur l’admii alile façon, en un mot, dont chaque objet et chaque être a été disposé par les dieux en vue de ce que les philosophes métaphysiciens devaient plus tard appeler « la fin » des objets et des êli’es.

Socrate ne parvenait pas, du reste, à convaincre entièrement tous ses disciples ; « Je ne méprise pas la divinité, lui fait oliserver Aristodème ; je lui crois seulement trop de grandeur pour qu’elle ait besoin de mon culte. » Le soin aA’ec lequel Xénophon nous a conservé ce mot témoigne que déjà, cinq siècles avant notre ère, dans les écoles philosophiques de la Grèce, ce n’étaient pas seulement les dieux inférieurs du peuple qui étaient mis en doute, mais aussi la Divinité suhlime des philosophes. Tout cela était trop au-dessus de rintelligence du peuple d’Athènes et trop contraire aux intérêts de l’aristocratie athénienne ])Our que Socrate put échapper à l’accusation d’athéisme. Il la paya de sa vie. Nul esprit philosophique ne s’en jieuL étonner. N’est-il pas encore fort dangereux d’être d’un avis dilTérent de celui de la masse sur les questions qui la passionnent ? La religion n’esl-elle pas, encore aujourd’hni, la

2oO .MORALE PHILOSOPHIQUE HAAS LES SOCIÉTÉS GRÉCO-ROMAINES

matière qui excite au plus haut degré les passions de la foule ?

La morale de Socrate se distinguait de sa philosophie en ce qu’elle était exclusivement pratique et ne comportait que des sanctions non moins praticjues. Il préconisait par-dessus tout la (( tempérance », c’est-à-dire la modération dans la satisfaclion de tous nos besoins, et il la représentait comme indispensable à la conservation de la liberté et à la pratique de la vertu. « Celui qui se laisse dominer par la volupté, demande-t-il à Euthydème, et ([u’elle empeche de faire de belles actions le jugez-vous libre » Euthydème répond: (( Nullement. Le pouvoir de bien faire est peut-être ce que vous ajqielez la liberté, et vous regardez comme une servitude d’entretenir en vous-même des maîtres qui vous ravissent ce pouvoir.^ — Voilà précisément ma pensée » dit Socrate, et il poursuit le dialogue pour démontrer que les intempérants sont les esclaves de leurs passions, qu’ils sont (( forcés de commettre bien des choses honteuses » , que « l'iutempérance arrache les hommes àla sagesse, le plus grand des biens, pour les précipiter dans les désordres ; c[ue toujours les entraînant au plaisir, elle les empêche de se livrer à rien d’utile, et d’en occuper leur pensée ; c}ue souvent elle donne un esprit de vertige qui ôte la connaissance du bien et du mal, et force à choisir le pire » ; qu’il n’y a (( rien de plus opposé que les actions tle la prudence et celles de la débauche )), que l'intempérance enfin ne peut même pas « conduire au plaisir, dont elle semble seulement suscejitihle, tandis que la tempérance est la vraie source de la plus pure volupté '. )) Sur ce point Socrate le métaphysicien se trouve être d’accord avec le fondateur de la morale matérialiste qui devait bientôt lui succéder à Athènes.

Sa morale n’était pas moins raisonnaiile, naturelle et pratique lorsqu’il disait : (( apprendre à connaître ce (|ui est beau et bon, rechercher ce qui peut mettre à même de perfectionner son corps, de bien conduire sa maison, de servir ses amis, de soumettre ses ennemis : voilà la source des plus grands avantages et de la plus inaltérable volupté».

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