Ibid., livre VIII, v
4’ Lettres à Lucilius, xciv.
naissent avec nous ; ils nous sont survenus, ils nous ont été inculqués. Réprimons donc, par de fréquents avis les préjugés qu’on proclame autour de nous. La nature ne nous a prédisposés à aucun A'ice ; nous sommes sortis de ses mains vertueux et libres. » Il dit encore ‘ : « l'horreur du crime nous est naturelle; puisqu’il n’est personne qu’il ne glace de crainte au sein même de l’impunité. La fortune en a garanti plus d’un du châtiment, mais pas un de la crainte. Pourquoi.»^ Parce que nous avons profondément gravée en nous l'horreur de toute chose que la nature condamne. )) Comme la nature condamne le crime, elle nous en a inspiré l’horreur ; cette horreur nous est naturelle.
Cependant, quoique l’âme soit naturellement portée vers le bien, elle ne le voit pas aussi nettement qu’il conviendrait ; son union avec le corps a pour conséquence de l’envelopper de (( brouillards ». Elle n’est pas, du reste, de sa nature, entièrement parfaite. « Dans l’âme, dit Sénèque, sont des facultés subalternes par le moyen desquelles nous nous mouvons, nous prenons de la nourriture, et qui nous ontété données pourle servicedela portion qui commande ^)) C’est ce qu’il appelle la partie irrationnelle de l’âme ; elle est, dans un de ses éléments, « hardie, ambitieuse, effrénée, liv rée à des sentiments tumultueux », dans l'autre, « basse, languissante, et livrée aux plaisirs ». Lorsqu’elle prend le dessus, l’homme tombe dans la passion, dans le vice, et il est incapable d’atteindre le bonheur. N’est-ce pas le même langage que tenaient les épicuriens ? La partie rationnelle de l’âme, au contraire, tient de la nature divine. Lorsqu’elle subjugue la première elle rend l’homme semblable aux dieux. (( Si vous voyez, écrit Sénèque à Lucilius *, un homme que n’elfraye aucun péril, que ne souille aucune passion, heureux dans l’adversité, calme au sein des tempêtes, qui voit les hommes à ses pieds, les dieux à son niveau, ne serez-vous pas saisi d’admiration pour lui Ne direz-vous pas ; il y a dans cet être quelque chose de grand,