‹ La morale des religionsChapitre 263 sur 380 · Ihkl., p. 353, § 6G · texte numérisé non relu

Ihkl., p. 353, § 6G

divinités des Egyptiens qu’il avait lui-même adorées pendant son séjour dans le royaume des Pharaons. 11 alla donc trouver Aaron, qui le commandait en l’absence de Moïse, et il lui dit : ((^ icns, fais-nous des dieux qui marchent devant nous; car pour ce Moïse, cet homme qui nous a fait monter du pays d'Egypte, nous ne savons ce qui lui est arrivé. Et Aaron leur répondit : Enlevez les anneaux d’or cjui sont aux oreilles de vos femmes, de vos fils et de vos filles et apportez-les moi. Et tous enlevèrent les anneaux d’or qui étaient à leurs oreilles ; et ils les apportèrent à Aaron, qui les prit de leurs mains, les travailla au ciseau et en fit un veau de fonte. Alors ils dirent: voici tes dieux, ô Israël, qui t’ont fait monter du pays d'Egypte. Aaron voyant cela bâtit un autel devant lui. Puis, Aaron cria et dit ; demain il y aura fête en l’honneur de l’Eternel ! Ils se levèrent de bon matin, le lendemain, et ils olfrirent des holocaustes, et ils présentèrent des sacrillccs de prospérités, et le peuple s’unit pour manger et boire ; puis ils se levèrent pour se divertir. Alors l’Eternel dit à Moïse : va, descends, car ton peuple, que tu as fait monter du pays d’Egypte, s’est corrompu ; ils se sont bientôt détournés de la voie que je leur avais prescrite ; ils se sont fait un veau de fonte, se sont prosternés devant lui, lui ont sacrifié et ont dit : voici tes dieux, ô Israël, qui t’ont fait monter du pays d’Egyjite. L’Éternel dit aussi à Moïse: j’ai regardé ce peuple, et voici, c’est un peuple au cou roide. Or, maintenant, laisse-moi faire ; que ma colère s’enllamme contre eux et que je les consume. » Moïse descend de la montagne avec les Tables de loi. En approchant du camp, il entend le hi uit qui s y fait et dit : « Ce n’est ni un bruit de cris de victoire, ni un bruit de cris de défaite ; j’entends un bruit de chants. Et lorsqu’il fut près du camp, il vit le veau et les danses. Alors la colère de Moïse s’enflamma, et il jeta de ses mains les Tables, et les brisa au pied de la montagne. Puis il prit le veau qu'ils avaient fait, le brûla au leu et le broya jusqu à ce qu'il fut réduit en poudre, qu’il répandit sur l’eau, et il en ht boire aux enfants d’Israël. » 11 blâme ensuite Aaron, qui accuse le peuple d’être (( porté au mal » et raconte L.vnessan. Religions. 20

comment il a lait le veau d’or. Alors Moïse se place à la porte du camp et dit : « A moi quiconque est pour l’Eternel ! Et tous les enfants de Lévi (les pretres) s’assemblèrent vers lui et il leur dit: Ainsi a dit l’Eternel, le Dieu d’Israël, que chacun de vous mette son épée au côté. Passez et repassez, de porte eu porte, dans le camp ; et tuez chacun son frère, chacun son ami, et chacun son voisin. Et les enfants de Eévi firent selon la parole de Moïse ; et il y eut en ce jour-là environ trois mille hommes du peuple qui périrent. Or, Moïse avait dit : consacrez aujourd’hui vos mains à l’ Eternel, chacun de vous, meme au prix de son fils ou de sou frère, pour attirer aujourd’hui sur vous la hénédiction. » L’Eternel, en elfet, bénit les mains des prêtres qui s’étaient rougies du sang de leurs fils et de leurs frères, et il accorda aux survivants le pardon de leur péché. (( Ainsi l’Eternel frappa le peuple parce qu'il avait été l’auteur du veau qu’avait fait Aaron. »

Ce récit, que fou met encore dans les mains des enfants, contient toute la philosophie des relations du christianisme avec les autres religions et celle des rapports que ses diverses sectes ont eus les unes avec les autres. C’est l’Eternel qui veut se venger des infidélités dont il est l’objet; c’est son représentant sur la terre qui fait connaître ses ordres de vengeance, ce sont ses prêtres qui exécutent les ordres ou qui les font exécuter. Et autant il y a eu de grandes sectes chrétiennes, autant il y a eu de représentants de l’Eternel, autant il s’en est trouvé pour imiter la conduite de Moïse, pour copier, dans ses paroles et dans ses actes, l’ahominahle récit du Livre sacré des Juifs, transformé en règle morale par le concile de Trente.

A peine le christianisme fut-il sorti des persécutions, on vit une secte de zélotes, inspirée par Novatius, demander que l’on retranchât de l’Eglise tous les chrétiens qui n’avaient pas eu le courage de résister aux persécuteurs ; si on les avait écoutés, c’en eut été fait de la religion nouvelle. Après la conversion de Constantin, lorsque le christianisme est assuré de fappui des empereurs, il entame contre le paganisme une lutte sans merci, se fait donner

les temples et les biens qui y étaient attachés, lance dans les campagnes, restées plus fidèles que les villes à Tancienne religion, des bandes de moines qui saccagent les sanctuaires, renversent, brisent et brûlent les images des dieux et ne se font pas faute de frapper les païens qui prétendent défendre les objets de leur culte traditionnel. Pendant ce temps, un vieux prêtre d’Egypte, Arius, ayant émis l’opinion que le Christ, précisément parce qu'il était le fils de Dieu, devait être postérieur au Père et non consubstantiel avec lui, l’Eglise obtient de Constantin que le dogme de la Trinité soit proelamé par le concile de Nicée et fait ouvrir par l'empereur des persécutions contre les chrétiens qui ne s’inclinent pas devant cette décision. Alors commence entre les orthodoxes et les Ariens, qui s’intitulent aussi orthodoxes, une série de persécutions dont chaque seete subit les effets tour à tour, suivant qu’elle domine ou qu’elle est dominée à la cour de Constantinople. On s’excommunie réciproquement et l’on s’en prend à la vie de ceux qui ne veulent pas obéir aux vainqueurs du moment. La campagne entreprise par Clovis devenu chrétien contre les Gotlis du Midi de la France, qui étaient ariens, ne fut qu’un des épisodes, et non le moins sanglant, de cette lutte acharnée de deux sectes, dont chacune s’efforçait d’exterminer l’autre au nom du Dieu d’amour que toutes les deux prêehaient aux hommes. Lors(]u'il n’y eut plus d’Ariens en Occident, c’est contre les Saxons idolâtres que l’Eglise tourna son prosélytisme sanglant. Poussé par les évêques dont il est entouré, et qui sont les maîtres sous son nom, Charlemagne envahit les territoires boisés et marécageux des Saxons, y « fait construire des forts qu’il garnit de soldats, partage les terres entre les prêtres et les missionnaires », et, par l’intermédiaire de ces derniers, oblige les Saxons à pratiquer le christianisme.

(( La mort, dit un historien non suspect d’irréligiosité L punissait une infraetion au jeûne eomme un indiee de révolte ; quatre mille cinq cents des plus redoutables furent égorgés

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