Histoire des Israélites, chap. ii
2. Gibbon, Histoire de la décadence de l’Empire romain, X, p. 535.
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musulmanes, comme clans les sociétés juives, païennes ou chrétiennes, la morale religieuse obéit plutôt aux mœurs cju’elle ne les détermine. C’est ainsi cjue les efforts faits par Mahomet pour relever la condition de la femme en lui assurant un douaire et la jouissance de ses biens, ainsi qu’en imposant certaines obligations au mari cpii veut la répudier, n’ont pas pu empêcher les conséquences naturelles de la polygamie.
Dans le domaine social, un phénomène analogue s’est produit. L’esprit d’égalitarisme dont le Koran est imprégné n’a pu mettre obstacle ni à la formation d’un véritable clergé, ni à la constitution d’aristocraties religieuses et politic|ues représentées par les descendants véritables ou prétendus de Mahomet et par les familles qui ont exercé ou c|ui exercent encore le commandement militaire. Les confréries religieuses c|ui se sont développées sous l’inlluence de l’islamisme ont déterminé aussi la production de véritables aristocraties religieuses et militaires, analogues à celles c|ue formèrent dans le christianisme les chevaliers de Malte et c|ui sont en opposition formelle avec l’égalitarisme du Koran, aussi bien qu’avec l’intérêt de la moralité publique.
La lutte pour l’existence et la concurrence sociale ont été, en somme, beaucoup pins puissantes que la religion. 11 était impossible qu’il en fût autrement, car les premières sont des faits d’ordre naturel, tandis que la religion n’a sa source que dans des conceptions individuelles et accidentelles.
D’autre part, lorsque la religion provoque des phénomènes rentrant dans la catégorie de ceux qui appartiennent à la lutte pour l’existence ou à la concurrence sociale, elle est susceptible d’agir très puissamment pour activer leur évolution. C’est ce qui s’est passé dans l’ordre politique.
La conception (|ue Mahomet avait du pouvoir politique est celle d’une sorte de théocratie pure. Lui-même se considérait, à la fois, comme le prophète de Dieu et le chef administratif, militaire, politique de ses adeptes. Il les conduisait tour à tour à la mosquée et à la bataille ; et, entre temps, il leur donnaitdes lois civiles, mêlées à des lois cano-
LA MORALE DE L’ISLAMISME ET LES MOEURS
niques. Ses successeurs imitèrent son exemple. Les Califes réunirent entre leurs mains les pouvoirs spirituels et temporels. Ils furent des despotes dans le sens le plus large qui puisse être donné à ce mot. Les Sultans qui leur ont succédé ont conservé le même caractère. Or, il n’est point contestable que le despotisme soit le régime politique le moins conforme aux intérêts du peuple et, par conséquent, le plus immoral qui puisse exister. Il l’est par lui-même, en raison de ce que, suivant le mot très juste de Montesquieu, « un seul, sans loi et sans règle, entraîne tout par sa volonté et par ses caprices* ». Il l’est aussi par ses conséquences, car « il faut que la crainte y abatte tous les courages et y éteigne jusqu’au moindre sentiment d’ambition^», ou, pour mieux dire, y fasse disparaître tout désir de s’élever au-dessus de la condition d’obéissance qui est commune à tout le peuple. L’éducation elle-même n’y peut qu’être contraire à la morale naturelle car « il faut qu’elle soit servile... elle se réduit à mettre la crainte dans le cœur et à donner à l’esprit la connaissance de quelques principes de religion fort simples. Le savoir y sera dangereux, l’émulation funeste. L’éducation y est donc en quelque façon nulle. Il faut commencer par faire un mauvais sujet atin de faire un bon esclave^ ». Cependant, comme l’esclavage, même étendu à tout un peuple, est incapable de supprimer les sentiments qui poussent les individus et les familles à tenter d’améliorer leur sort, de s’émanciper et de s’élever, le despotisme ne peut se maintenir que par la terreur et parla violence qui entretient la terreur. Le despote est presque nécessairement inlmmain, parce ([ue, sans cesse, il redoute la rébellion ; et il doit Irapper les bommes les plus intelligents ou les meilleurs, paice que ce sont eux qui sont les plus portés à s’émanciper et a s’élever. L’intérêt de la masse du peu|)le exige même que le despotisme soit brutal à l’égard de ceux (jui s élèvent audessus d’elle, car, selon la remarque de Mou Icsquicu, si ceuxlà n’étaient pointmamtenus par la crainte du despotisme ds se