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I. L'Eglise chrétienne, p. SoQ

LA MORALE D'EPICURE

démon... Le nom d'épicurien, dans les pays superstitieux, était synonyme de maudit. Comme celui de chrétien, il faisait courir risque de la vie, ou du moins mettait un homme au ban de la société. » Au début des mystères on criait, dans certains endroits : « A la porte les chrétiens I à la porte les épicuriens ! »

Lorsque le christianisme triompha, il se substitua aux stoïciens pour combattre la doctrine d'Epicure. Il est fort probable, sinon démontré, que la destruction des ouvrages de ce dernier fut l'œuvre des chrétiens, car Diogène Laërte, qui vivait dans la première moitié du lu* siècle |de notre ère paraît avoir eu encore entre les mains les ouvrages du grand philosophe grec dont il parle avec assez de sympathie pour qu'on puisse le considérer comme son disciple. C'est donc à partir du moment où le christianisme fut le plus fort que les trois cents ouvrages d'Epicure disparurent. Les stoïciens les avaient conservés, tout en les combattant ; le christianisme les fit, pour plus de sûreté, disparaître. Il était ainsi plus facile d'en dénaturer l'esprit et même la lettre, afin de déconsidérer la doctrine.

Cependant, l'épicurismc retrouva des disciplines dès que la Renaissance remit en honneur l'antiquité grecque et romaine, et c'est de lui que découlent toutes les théories morales utilitaires ou scientifiques qui ont été développées dans le cours des deux derniers siècles.

Le seul reproche sérieux que les stoïciens auraient pu faire à l'épicurisme, c'était de conseillera ses adeptes l'éloignement de la vie publique et même le relâchement des relations sociales. « Jamais je n'ai voulu plaire au peuple, disait Epicure, car ce que je sais n'est pas de son goût, et ce qui est de son goût, je ne le sais pas. ' » Il écrivait à un compagnon de ses études : « Nous sommes l'un à l'autre un assez grand théâtre. " » Il avait pour principe que « le moment de rentrer en soi-même, c'est quand on est forcé de se mêler à la foule ^ » . Les épicuriens étaient ainsi amenés

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