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I. De la Providence, I, H, IV

LA MORALE DES STOÏCIENS

sait par où leur échapper : il suffit de mon seul bras pour m'ouvrir le chemin qui mène à la liberté. Ce fer. innocent même dans la guerre civile, et pur de sang romain, va rempHr enfin un office utile et glorieux. S'il n'a pu garantir la liberté de Rome, Caton lui devra la sienne... Oui, les dieux devaient avoir plaisir à regarder leur élève s'affranchir par une fin si belle et si mémorable. »

Il considère, d'ailleurs, les maux dont souffrent les gens de bien comme utiles à eux-mêmes et (( à l'universaUté du genre humain, dont les dieux tiennent compte plus que des individus... ; elles entrent dans l'ordre général des destinées, et elles doivent échoir aux gens de bien par la même loi qui les a faits tels qu'ils sont ». Et il ajoute : « De là vous conclurez qu'il ne faut pas plaindre le sort de l'homme vertueux ; qu'on le peut dire malheureux, mais qu'il ne l'est jamais. » Il dit encore : (( Vous me demandez pourquoi Dieu envoie aux gens de bien des maladies et d'autres ainiclions; et moi, je me demande pourquoi, dans les camps, ce sont toujours les meilleurs soldats qu'on choisit pour les expéditions les plus périlleuses.^ Faut-il dresser une embuscade à l'ennemi pendant la nuit, reconnaître le pays, surprendre un poste? ce sont des hommes d'élite qu'on en charge ; et aucun d'eux, au départ, ne se plaint d'une injuste rigueur du général ; au contraire, ils se disent : le général a confiance en nous. Ainsi, ceux à qui la Providence ordonne de souffrir des maux insupportables pour les timides et pour les lâches doivent dire : Dieu nous estime assez pour éprouver en nous jusqu'où peut aller la constance humaine. »

Marc-Aurèle pensait que si les misères et les avantages de la vie sont répartis indifféremment sur les bons et sur les méchants, c'est que ce ne sont. en. réalité, ni des biens ni des maux. « Ce n'est point par ignorance, dilil', ou sinon par ignorance, ce n'est point pour n'avoir pu le prévenir ou le corriger, que la nature de l'univers aurait laissé subsister un désordre ; non, n'attribuons ni à l'impuissance ni au

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