‹ La morale des religions [microform]Chapitre 295 sur 340 · Ibid., chap. III · texte numérisé non relu

Ibid., chap. III

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Comme toutes les îiutrcs religions soi-disant révélées, l'islamisme fait figurer parmi les devoirs envers Dieu un certain nombre de pratiques qui obligent le croyant à se rappeler sans cesse la religion à laquelle il appartient et à se distinguer des adeptes des autres religions. Dans le christianisme, ces devoirs se divisent en detix catégories sous les noms de Commandements de Dieu ou Décalogue et de Commandements de l'Eglise. Dans l'islamisme, oii il n'existe pas à proprement parler d'Eglise, les devoirs religieux sont représentés par la foi, la défense de la religion, la prière, le jeune, le pèlerinage, Taumône et la privation de certains aliments. Il est peu de musulmans qui ne remplissent avec exactitude tous les devoirs de celle morale.

La prière doit être dite cinq fois par jour, en se tournant vers le point de riiorizon où le fidèle croit que se trouve La Mecque : « Tous les peuples, dit le Koran ', ont un lieu vers lequel ils adressent leurs prières. — De quelque lieu que tu sortes, tourne ta face vers le temple Haram. En quelque lieu que tu sois, porte tes regards vers ce sanctuaire auguste, afin que les peuples n'aient pas de sujet de t'accuser. » La prière doit être précédée d'un acte de purification dans lequel le croyant se lave les deux mains jusqu'au coude et le visage ; s'il n'a pas d'eau à sa disposition, il se frotte les mêmes parties avec la main préalablement passée sur du sable fin. « O croyants ! avant de commencer la prière, lavez-vous le visage et les mains jusqu'au coude. Essuyez-vous la tête et les pieds jusqu'aux talons ^ »

La prière ne consiste qu'en des formules très simples, plusieurs fois répétées. Mahomet en avait écarté toute idée de sollicitation des biens terrestres ou des récompenses futures; il en avait fait un simple acte de foi. On ne pouvait manquer d'y ajouter, avec le temps, d'autres prières

I. Chap. Il, l4'4-l45. Le mot « Haram » siçnifie défendu. On l'appliquait du temps de Alahomet au temple de La Mecque, pour indiquer le respect dont il devait être l'objet de la part de ceux qui y entraient, ou bien, d'après une l«^{jende, parce qu'une femme y ayant p«^n«''tr<'* à l'époque de ses rèjyles, son entrée fut désormais interdite à toutes les femmes. (Savaky, trad. du Koran, p. 3o, note ^.)

a. Chap. V, 8.

accessoires, ayant pour objet d'obtenir les faveurs de Dieu en ce monde et dans l'autre, et revêtant cette forme enfantine qui eut toujours tant de succès dans toutes les religions. On a créé des espèces de litanies, semblables à celles des chrétiens, où les qualités attribuées à Dieu sont mises à la suite les unes des autres en des formules faciles à retenir. Pour les réciter on se sert d'un chapelet de 99 grains à chacun desquels répond une formule spéciale. Peu de gens les connaissent toutes. En général, chaque confrérie en adopte une ou plusieurs séries qui servent à distinguer ses membres. On admet généralement qu'il existe une centième formule, mystérieuse, dont Salomon seul eut le secret ; celui qui la découvrirait aurait le pouvoir de faire des merveilles, de trouver des trésors, de commander a\ix génies. Tout cela ne faisait pas partie de la doctrine de Mahomet; on l'a ajouté, avec le temps, à cette dernière, pour empêcher l'esprit des croyants de se porter vers des recherches doctrinales où leur foi aurait pu sombrer.

A l'exemple du christianisme, l'islamisme a doublé son Dieu unique et universel, d un certain nombre de saints auxquels on a élevé des petits temples qui font vivre autant de prêtres, car c'est surtout aux saints que Ton demande les biens de ce monde, ainsi que le font les chrétiens. Pour être plus sûr d'obtenir ce que l'on sollicite, on verse entre les mains du prêtre de quoi entretenir la chapelle du saint. D'un autre côté, Mahomet recommandait de se réunir autant que possible h plusieurs pour les prières quotidiennes et d'aller, le vendredi, les faire dans une mosquée si l'on habitait dans un heu où il en existât. De là vint la multiplication des mosquées, l'institution des crieurs ou muphtis qui annoncent la prière, celle des imans qui prêchent et celle des ulémas qui sont comme les docteurs de l'islamisme.

Les devoirs de piété proprement dits sont complétés par le jeûne et par l'interdiction de certains aliments. Le seid jeûne canonique prescrit par le Koran est celui du mois de Ramadan, institué en l'honneur de la révélation des premiers versets du Koran. Il consiste dans la privation des

aliments de toute sorte, des boissons, du tabac et des rapports sexuels, depuis le lever de l'aurore jusqu'au coucher du soleil. Quoique très pénible pour les gens qui travaillent, il est pratiqué avec une très grande assiduité par tous les musulmans. 11 a été institué par le verset suivant: « Le mois de Hamadan, dans lequel le Koran est descendu du ciel, pour être le guide, la lumière des hommes, et la règle de leur devoir, est destiné à l'abstinence. Quiconque verra ce mois doit observer le précepte. Celui qui sera malade, ou en voyage, jeûnera dans la suite un nombre pareil de jours. » Le Koran fixe de la manière suivante les règles du jeûne : « Vous pouvez la nuit du jeûne vous approcher de vos épouses. Elles sont votre vêtement et vous êtes le leur... Le manger et le boire vous sont permis jusqu'à l'instant où vous pourrez, à la clarté du jour, distinguer un fil blanc d'un fil noir. Accomplissez ensuite le jeûne jusqu'à la nuit. Eloignez- vous pendant ce temps de vos femmes, et passez le jour en prière. Tel est le précepte du Seigneur. Il déclare ses lois aux mortels afin qu'ils le craignent'. )) Les filles sont tenues déjeuner dès qu'elles sont nubiles; les garçons à partir de la puberté. Ces derniers se montrent, d'ordinaire, très empressés à jeûner parce que, à partir de leur premier jeûne, ils sont considérés comme pouvant s'adonner aux plaisirs sexuels. Le Koran prescrit encore le jeûne comme un moyen de rachat de certaines fautes. Dans les deux cas, il est évident qu'il fait de cette pratique un devoir religieux et non une simple règle d'hygiène, comme on l'a prétendu. Ilien, d'ailleurs, n'est plus contraire à l'hygiène que de se passer de manger et de boire pendant toute une journée, surtout si l'on est contraint de travailler. Le Koran lui-même indique très nettement le caractère religieux du jeûne dans le verset suivant: (( O croyants, il est écrit que vous serez soumis au jeûne, comme le furent vos frères, afin que vous craigniez le Seigneur ^ »

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