ÏU LA MORALE INDÉPENDANTE
les uns sur les autres. Mais ces nouveaux rapports sont déterminés postérieurement par l’observation, non pas préjugés antérieurement par la théorie, et la connaissance reste libre.
D’une part donc la métaphysique, c’est-à-dire une autorité dogmatique quelconque s’étendant logiquement de l’intelligence aux faits, embrassant la science et dominant la vie.
De l’autre la critique, c’est-à-dire la détermination de la connaissance par l’analyse des facultés de connaître l’indépendance dans l’esprit et dans la science, et la liberté dans la vie.
Notre titre seul indique à laquelle de ces deux méthodes nous appartenons. La morale, pour être indépendante, ne saurait reconnaître que la critique.
DU FONDEMENT DE LA MOlUf.E
Qu’est-ce que la morale? Qu’est-ce que le droit et le devoir? D’où vient cette double loi des instincts et de la justice qui jette l’humanité dans des luttes et des contradictions incessantes? En quoi consistent le bien et le mal, et qui s’en fera juge?
Telles sont les questions que chaque jour la raison individuelle s’adresse dans un siècle qui a révoqué en doute l’autorité de la tradition.
La transcendance, en effet, avait autrefois résolu pour nous tous ces problèmes. Rattachant les questions morales aux questions d’origine et de fin, elle nous les expliquait, soit au moyen d’une révélation surhumaine, soit au moyen d’essences éternelles et de principes absolus.
La morale alors était ou religieuse ou métaphysique ; parfois les deux ensemble.
La morale religieuse consistait dans l’obéissance à la volonté de Dieu révélée d’une façon surnaturelle.
La parole divine avait été laissée en dépôt dans un livre sacré qui servait de fondement à la foi des peuples, ou confiée à des institutions. Le moyen d’accomplir cette parole, la grâce était attachée soit à la prière, soit à des signes sensibles appelés sacrements.
À côté de la morale religieuse, la morale métaphysique se rattachait à certains principes absolus, entités substantielles qui généraient les conceptions relatives de la vertu et du bien. L’idée de justice réalisée dans une sphère inaccessible, constituait l’essence éternelle de la morale, et la raison humaine, étincelle détachée de ce foyer lumineux, nous y rendait participants. C’est par l’intuition que nous pouvions retourner à cette source sacrée, par la méditation et la pensée pure.
Ainsi, la morale religieuse et la morale métaphysique nous venaient également d’une sphère supérieure à la vie, et nous étaient enseignées comme des décrets.
Mais aujourd’hui la critique a emporté les autorités factices et les fantômes imaginaires ; elle nous montre d’une part les révélations comme des croyances non démontrées qui relèvent du sentiment individuel ; de l’autre, les idées absolues comme des formes subjectives de notre propre raison. La mo-