CHAPITRE II Justice distributive et justice commutative
Enlizem^ntde Thomme dans la tradition. — Loi de progrès. — Substitution des décisions personnelles à la coutume. — Le contrat commercial. — Athènes. — Les Républiques italiennes. '— La Ligue hanséatique. Les Sociétés commerciales. — La Société anonyme. — La formule d'Acollas. — Etat, élément statique. — Minorités, élément dynamique. — Programme. — Mouvement d'indignation, — Aristote. — Justice distributive et justice communicative. — Parallèle. — Russie, Angle terre.— Loi de Summer- Maine. — - Conclusions.
Maintenant regardons le développement de l'humanité.
L'homme primitif est enlizé dans la famille, dans les traditions religieuses, dominé par les actions réflexes, n'obéissant qu'à ses instincts développés et organisés par une série de traditions, de coutumes, de rites. Quand la cité antique se forme, il reste une molécule presque inconsciente de l'organisation générale. Il ne lui est pas permis d'avoir d'autres Dieux que ceux de la cité. Il doit se conformer rigoureusement à ses coutumes, à ses rites, observer ses jours fastes et néfastes, obéir aux règles imposées sous les noms de Moïse, de Solon, de Numa, et ne pas y substituer ses opinions personnelles.
Quand la société se développe, les coutumes devien-
nent moins t3rrânnîques ; la porte est ouverte plus large aux initiatives individuelles ; les minorités peuvent se former. Ce mouvement se produit quand le chef de la famille ou de la tribu ne fixe plus le sort de chacun, lui distribuant sa part, sa prébende. Le cercle d'action s'élargit, les rapports se multiplient, tout ne peut être prévu; alors, dans les cités commerçantes, comme Athènes, l'individu contracte pour son'compte; il administre ses affaires personnelles ; il est obligé d'avoir de l'initiative et de la décision ; il n'est plus seulement en rapport avec les membres de sa famille ; bien plus, ses relations dépassent les limites de la cité, il s'engage à livrer, tel jour, à tel prix, du vin ou de l'huile à des habitants de Smyrme ou de Milet ; il prend l'habitude de tenir ses engagement avec des étrangers que, dès lors, il ne considère plus comme ennemis.
Ces mœurs donnent à l'individu un ressort inconnu dans les autres pays où tout est subordonné aux ordres du pouvoir. Athènes était, de toutes les cités antiques, la plus individualiste, la plus libérale, celle où les mœurs étaient les plus tolérantes. Platon s'en indignait, disant : « On voit des esclaves mâles et femelles aussi libres que leurs maitres...., les bêtes mêmes sont plus libres qu'ailleurs.... La chienne est comme la maîtresse. » C'est Épicure, d'origine athénienne, qui, le premier, fit là théorie du contrat. Les citoyens des Républiques italiennes, Amalfl, Gênes, Nice, Florence, Milan, Venise; les bourgeois des communes de Marseille, de Montpellier, de Narbonne, d'Agde, de Nîmes, de Béziers, de Cahors avaient des idées autrement larges que celles des gens de guerre. Ils faisaient le commerce avec les infidèles, donnaient, asile aux Juifs, ils trouvaient la forme de la société en commandite