‹ La mort de Charles I, roi d'AngleterreChapitre 8 sur 76 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

CHARLES I, WARWICR, HAMILTON,

un instant après.

Quelle insolence !

WARWICK

L'insolence d'un parvenu.

CHARLES I, avec un accent de mépris.

Il y a dans le cœur de l'homme un sentiment cruel et lâche qui se plaît à outrager la puissance déchue

( Hamilton entre , et Warwick sort après avoir salué le roi. )

HAMILTON, se jetant aux pieds de Charles.

O mon cher maître !

CHARLKS I, en l'embrassant.

J'ai été aussi un bon maître pour vous (8).

HAMILTON

Sire , pour tous vos sujets , et vous êtes dans les fers !

Ce crime était facile à prévoir. On m'avait même conseillé de m'évader de Newpoit (9) ; mais j'avais promis au parlement de ne pas prendre la fuite (10).

H AMILTON.

Quoi ! cet engagement envers des rebelles a pu vous enchaîner ?

CHARLE s I.

Monsieur le duc , on ne doit jamais capituler avec l'honneur ; j'aime mieux être sa victime , que (le donnei" à mes ennemis le droit de dire que j'y ai manqué. Au surplus, les violences dont j'ai à me plaindre aujourd'hui ne sont pas l'œuvre du parlement; je compte encore sur lui.

HAMILTO N.

Puisse la majorité presbytérienne défendre le trône contre les attentats que méditent Ireton et

C H A RLFS I.

Ce sont de grands ambitieux, mais je ne puis croire qu'ils osent aspirer au pouvoir suprême. Cromwell serait le plus perfide de mes sujets, s'il avait conçu ce coupable dessein ; car il m'a faif offrir en secret l'appui de l'armée contre le parlement (il). C'est aussi par ses conseils que j'ai quitté Hamptoncourt , pour me réfugier dans l'île de Wight (12). D'ailleurs j'ai la preuve que lui et son gendre ne sont pas rebelles à de certaines propositions ; celui-ci a été sur le point d'accepter le gouvernement d'Irlande, et l'autre, la jarretière, avec le titre de comte d'Essex et le commandement de l'armée (i3).

HAMILTON

J'ignorais, sire, que votre majesté eût daigné faire des propositions de cette nature... CHARLES 1.

C'est une faiblesse peut-être; mais un bomme qui se noie s'attacbe à tout ce qui lui tombe sous la main.

HAMILTON

Ces factieux n'ont pas cru sans doute que le rang auquel vous vouliez les élever fût digne d'eux , puisqu'ils ne s'en sont pas contentés.

Je ne sais à quelle fatalité attribuer la rupture

de cette négociation. Le temps révélera bien des

choses, et peut-être beaucoup de crimes.

HAMILTON

J'avouerai à votre majesté que Cromwell ne m'inspire aucune confiance; je le crois capable de tout pour s'emparer du pouvoir. Si les puissances étrangères lui laissent accomplir ses desseins...

CH A RLES I.

Je n'ai aucun secours à attendre des rois de l'Europe.

HAMILTON

Espérons, sire, que la France, qui a vu naître votre auguste épouse, sentira enfin qu'il est de sa dignité de vous défendre contre vos ennemis.

I^a France n'a-t-elle pas fomenté les premiers troubles en Ecosse, et fourni de l'argent et des armes aux covenantaires (i4)^ N'a-t-elle pas continué à favoriser le parlement (i5)? Mes sujets me remettront sur le trône, ou je n'y remonterai jamais... Mais parlons un peu de vous, monsieur le duc. Comment êtes- vous traité ici?

HAMILTON

Sire, avec toute l'humanité et les égards que l'on doit attendre de ceux dont notre malheureuse révolution a fait des hommes importans.

CHAR CE s I.

Cela ne m'étonne pas : nous sommes plongés tous deux dans la boue que la tempête a soulevée du fond des mers ; mais le beau temps reviendra peut-être, et alors nous nous reverrons libres et toujours amis.

(Harrisson entre, accompagné de deux soldats.) H A M I L T O N.

L'estime dont m'honore votre majesté est la plus douce consolation...

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