BOURGOIN , JACQUES CLÉMENT
CE ÉMENT.
Est-ce moi qui le chasse? Aurais-je commis une indiscrétion en venant vous voir plutôt que de coutume ?
BOURGOIN
Non, frère Clément, non. Je suis charmé au contraire de pouvoir vous parler en secret, car j'allais vous faire appeler, quand Dieu vous a conduit vers moi.
CLÉMENT
Dieu ?
BOURGOIN
Oui, Dieu ; il a de grands desseins sur vous.
CLÉMENT
Comment une pauvre et faible créature pourraitelle être l'instrument de la volonté Divine ? Une telle gloire n'est pas faite pour moi.
BOURGOIN
Vous ne vous rendez pas justice, frère Clément. Votre piété habituelle , votre zèle pour la sainte ligue, votre haine pour des hommes que la Divi-
nité outragée a marqués du signe de réprobation , sont des vertus sacrées que le ciel, toujours juste , ne peut laisser sans récompense. La double palme du martyre et de l'heureuse éternité vous attend.
CLÉMENT. Il se met à genoux devant un crucifix.
O mon Dieu , que vos décrets impénétrables s'accomplissent ! Disposez de moi comme du plus dévoué de VOS serviteurs. ( Il se relève et baise la croix de son chapelet).
BODRGOIX.
Vous lui appartenez par tous les liens de la vertu et de la religion. Il vient de vous entendre ; bientôt sa voix répondra à la votre ; elle retentira dans votre conscience; elle vous dictera vos devoirs.
CLÉMENT
Hélas! Valois est aux portes de Paris. Les Hérétiques vont massacrer les serviteurs de Dieu, renverser ses autels, traîner dans la boue les images, toutes les choses saintes , tout ce que nous adorons... Et nos ardentes prières n'ont pu triompher de ce monstre!
BOURGOIN
Des prières, quand il faut du sang! Des prières, quand le Ciel nous livre notre ennemi , comme il livra l'infâme Athalie au grand-prètre Joad ! Sachez que les triomphes de l'impie ne sont que des pièges où Dieu l'attend, pour apprendre au inonde le néant
des grandeurs humaines, pour venger son saint nom outragé, pour écraser l'orgueil de la puissance qui met toute sa confiance en elle-même. Ne voyez-vous pas que la main du Seigneur pousse Valois sous nos murs ? Que cet Amalécite doit y trouver son tombeau ? Que la victime, couronnée de ses tristes succès, attend le sacrificateur? Ce n'est pas en vain que votre tête parait entourée de l'auréole des élus, et que vous portez dans vos regards le vœu d'être le libérateur de Paris et le vengeur de l'église. Rien ne vous arrêtera dans vos saintes destinées; écrites sur le front de l'éternel , elles vous enchaînent au triomphe de la croix; vous y soustraire, impossible; le désirer, un sacrilège. Dieu vous a déjà pénétré de la flamme divine dont il embrasa ses vengeurs en Israël ; elle vous dévore la nuit et le jour; elle brille dans tous vos traits, dans toutes vos actions, dans vos prières, dans les pénitences que vous vous imposez. Et vous doutez de votre vocation sacrée ! Le ciel vous est ouvert , Dieu vous attend au milieu de sa gloire, et vous vous croyez indigne de ses saintes bontés! Pieux jeune homme, ange de religion et de vertu, moins de mépris de vous-même. Marchez au contraire, marchez, avec le juste sentiment de ce que vous êtes, dans la carrière que le ciel ouvre devant vous.
CLÉMENT
Qu'exige de moi notre divin Sauveur?
BOURGOIN
Une action qui fera l'admiration des siècles à venir ; une action dont Jahel et Judith vous ont donné l'exemple.
CLÉMENT, avec calme.
Laissez-moi me recueillir un moment avant de vous répondre. ( 11 s'assied ).
BOURGO I N.
Que le ciel vous inspire !
( Un instant de silence. )
CLEMENT. Il se lève, et marche d'un pas ferme vers Bourgoiu qu'il embrasse.
Je vous dois la gloire d'une résolution sublime. L'esprit divin est descendu dans mon cœur : Holopherne périra.
BOURGOIN se mettant à genoux.
Dieu, ce sont là de tes miracles! Avec toi, le faible devient fort ; sans toi , toute puissance est
faiblesse. (Il se relève. )