LES AUDITEURS
Amen. •
(*) Ce Pigenat était un des plus grands scélérats de l'époque , et prêchait le régicide. Voyez V Histoire de la Ligue, par le P. Maimbourg, liv. III, p. 297.
P1GENAT.
Mes très-chers frères, je ne vous parlerai aujourd'hui que des actions abominables du tyran de Valois, de cet impie que Rome a foudroyé de sa sainte colère, de cet apostat que la Sorbonne et le parlement ont déshérité du trône. Mais avant d'aborder cette matière, malheureusement trop féconde en infamies et en crimes, j'éprouve le besoin de vous rassurer sur les bruits sinistres que l'on vient de répandre. Quels que soient les succès de notre ennemi , ils tourneront tous à sa honte. Les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre Jésus-Christ. Quand le terrible fils de Manué, retiré sur le rocher d'Etam , dans la tribu de Juda, fut attaqué par les Philistins, il était seul contre eux, et il les vainquit. Que dis-je, seul? O sacrilège! Dieu n'était-il pas à ses côtés ? Dieu ne l'avait-il pas armé de sa force pour terrasser les infidèles? Dieu ne l'avait-il pas rempli de ce courage que donnent la conviction, la justice et la vérité? Ayons la même foi, mes frères, et nous marcherons aussi au milieu des miracles. Ne disons jamais : combien sont-ils? Ils sont seuls, puisque le ciel est contre eux. La débauche, l'usurpation, l'asmssinat , l'impiété, voilà Henri de Valois: la vertu, la'vraie religion, les droits au trône, voilà Mayenne. Que l'approche de Tannée hérétique ne vous alarme point; elle sera vaincue sous nos murs; elle ne résistera ni à vos prière*, qui montent tous
les jours vers le trône de Dieu pour y déposer les douleurs de son Eglise, ni au religieux courage dont vous avez donné tant de preuves depuis que l'hérésie a agité parmi nous ses brandons empoisonnés.
(Anne d'Est, Catherine de Clèves et la duchesse de Montpensiei entrent dans l'église , et vont se placer près de la chaire ; elles sont en deuil. Sensation).
Que les nobles chrétiennes qui viennent joindre leurs prières aux nôtres , et que le Seigneur prend sous sa protection, se résignent à entendre parler du monstre qui a versé le sang d'un héros et d'un saint cardinal. Je veux poursuivre aujourd'hui Henri de Valois dans toutes ses fautes , dans toutes ses infamies , dans tous ses crimes, dans toute son impiété. Et ne croyez pas, mes frères, qu'il faille une inspiration divine pour vous retracer dignement le règne d'un traître qui n'infectera plus de son haleine impure l'air que vous respirez; non; il suffit d'avoir eu le malheur de vivre sous sa domination , il suffit d'avoir senti la pesanteur de son sceptre.
Valois, digne de l'estime de Rome par sa conduite chrétienne le jour de la Saint-Barthélemi , et qui avait soutenu sa réputation au siège de La Rochelle où Dieu lui sauva la vie (25), abjura bientôt la gloire de ses premières années. A. peine a-t-il succédé à son frère, de glorieuse et pieuse mémoire, qu'enivré de l'accueil que lui font le duc: et la du-
4o LA MORT DE HENRI III.
chesse de Savoie, il leur cède, sans raison, sans nécessité, Pignerol et deux ou trois places que nous possédions encore en Piémont. Il paraît parmi nous, et c'est pour faire une paix honteuse avec les huguenots ; il accorde à ces impies le libre exercice de leur culte; les chambres des parlemens sont empoisonnées d'hérétiques; on désavoue la Saint-Barthélemi ; la mémoire de Coligni est réhabilitée, et, pour comble d'impiété, on exempte d'impositions, pendant six ans , les fils des scélérats tombés sous le fer sacré des catholiques (26). Mais , mes trèschers frères, ce n'est que la moindre partie des crimes dont nous avons le droit de l'accabler. Qui le croirait ? C'est le même Henri de Valois, c'est un roi dont le premier devoir est de défendre son peuple , qui fait entrer les Reitres en France , pour y détruire la religion et les opposer à la sainte Ligue. Sans le héros que nous pleurons tous et que nous vengerons...