PLUSIEURS VOIX
Non ! non !
4a LA. MORT DE HENRI III.
PI GENAT.
Ces voix prophétiques sont son arrêt de mort.
CLÉMENT
Oui!
PIGEN AT.
Faut -il vous rappeler les dilapidations et les mœurs infâmes de cet apostat? Faut -il compter devant vous les sommes immenses qu'il a dissipées en funérailles, en mascarades, en processions ridicules? Faut-il vous le faire voir bâtissant des cellules à Vincennes pour lui et ses compagnons de débauche? Faut-il enfin vous le montrer dans les bras de Caylus, de Saint- Mesgrin , de Joyeuse, de d'Epernon , et de tant d'autres misérables qui dévoraient avec lui les revenus de l'Etat? (*) Non, vous ne le souffririez point, et ma voix indécente s'éteindrait dans vos murmures. Ne souillons pas le temple du Seigneur par des récits dont les oreilles pudiques seraient offensées , mais espérons que le grand coupable sera puni dans ce monde et dans l'autre. Déjà rayé du nombre des fidèles , et par le saint-siège, et par la Sorbonne, et par son alliance avec le Navarrois, il n'échappera ni à la vengeance
(*) Il est naturel que Pigenat dise tout le mal possible du roi qu'il hait à la mort. Aussi ne faut-il pas toujours prendre à la lettre les déelamations d'un ennemi.
des hommes, ni à la colère de Dieu. Quel épouvantable sacrilège, mes très-chers frères ! il communie avec Henri de Guise en signe de réconciliation (28), et quelque temps après, il le fait assassiner! il porte le crime dans son cœur jusqu'à la table sainte! il sourit à sa victime, il la caresse, il l'endort dans ses bras pour l'égorger! Paraissez, noble martyr, et vous aussi vertueux prélat, paraissez sur nos autels , et partagez notre encens avec les saints qui prient pour nous.
( Quelques Ligueurs sortent de la sacristie et mettent sur le maître -autel le portrait en cire de Henri de Guise et celui du cardinal son frère (2C)).
( Tous les auditeurs se précipitent vers l'autel. Pigenat descend de la chaire et va se placer dans le chœur en face des portraits. On se range en demi-cercle autour de lui ) •
Voilà les nobles victimes dont le sang demande le sang de Valois; voilà tout ce qui nous reste d'un descendant de Cbarlemagne, d'un héros catholique et d'un prince de l'Église. Leurs cendres, jetées au vent, n'auront pas même un tombeau; mais consolez-vous, respectable mère : il est un monde où le crime s'expie, où la vertu reçoit sa récompense. Contemplons avec respect ces saintes images , qui semblent s'animer à ma voix et répondre à nos pleurs. Ah! si Dieu permettait à Henri de Guise de rompre les liens de l'éternité et de paraître au pied de nos autels, il nous dirait, en montrant son corps déchiré et sanglant : Chrétiens, nous sommes
morts pour vous, et notre assassin vit encore! nous sommes morts pour vous, et vous hésitez de nous venger ! nous sommes morts pour vous , et le tyran s'approche impunément de vos murs ! Eh quoi ! deux femmes, Jahel et Judith, ont eu le pieux courage de délivrer leur patrie de Sisara et d'Holopherne, et la France, veuve de mon épée et de mon génie, n'a pas un homme qui ose se jeter, le poignard à la main, sur l'allié du Navarrois, sur l'hérétique que le souverain pontife a banni de l'Église !
CLÉMENT, avec force.
Par la sainte croix, il y en aura un.
( Grande sensation ).
PIGEN AT.
Que Dieu vous entende...! A genoux, mes trèschers frères , à genoux. Tous les ligueurs s'agenouillent. Demandons à la France un grand homme de plus , à la religion un martyr, et au ciel un vengeur.
( La prière terminée, Pigenat donne la bénédiction, et la foule sort de l'église. On a le plus grand respect pour Anne d'Est , Catherine de Clèves et la duchesse de Montpensier ).