‹ La mort de Henri III, ou, Les ligueursChapitre 29 sur 71 · HENRI · texte numérisé non relu

HENRI

Voyons vos raisons.

d'epernon.

Sire , la famine vous livrera Paris , mais non les ligueurs, et c'est de cette terrible faction qu'il faut triompher. II est donc important pour vous dé ne pas composer avec elle, de l'écraser dans son sang, de ne faire grâce à aucun de ses chefs, sans en excepter les théologiens qui ont osé déclarer en principe qu'on pouvait ôter le gouvernement aux rois que l'on ne trouvait pas capables de régner (3r); sans en excepter les théologiens, (excusez-moi, monsieur le cardinal, mais mon devoir me prescrit de dire tout ce que je crois utile à Sa Majesté ); sans en excepter les théologiens qui ont délié les Français de leur serment de fidélité envers le roi (3s) , et qui se sont oubliés au point de prêcher le régicide dans les cloîtres, dans les confessionnaux, dans la chaire (33). Mayenne et d'Aumale sont moins à craindre que ces hommes qui commandent le crime au nom de la religion; car des desseins politiques, quels qu'ils puissent être, ne donnent pas même la

fièvre, mais le fanatisme donne la rage, et il est capable de tout. Pourquoi d'ailleurs épargner des rebelles qui chargent de fers ou massacrent tous les jours vos fidèles serviteurs ? Vous n'ignorez pas sans doute que Dapbnis et Duranti viennent de payer de leur vie, à Toulouse, les sentimens les plus honorables (34)- Je le dis donc avec une conviction profonde : Si Votre Majesté se résout à traiter en ennemi généreux les seize, la Sorbonne, le parlement et les moines, elle vivra au milieu de conspirations que l'on qualifiera de saintes ; elle ne pourra jamais cicatriser les plaies du royaume; les feux de la guerre civile, couvant sous la cendre, se rallumeront tôt ou tard, et vos jours continuellement menacés...

HEM RI II f.

Mon Dieu , quel avenir vous me présagez ! d'épernon.

Sire, il ne suffit pas de vaincre; il faut profiter de sa victoire et de sa fortune. Notre armée, beaucoup plus nombreuse que celle des ligueurs, vous impose l'obligation de marcher, sans hésiter, contre une poignée de brigands que soudoie la maison de Lorraine, et d'abattre toutes les têtes qui dominent la multitude. Ce n'est qu'à ce prix que vous régnerez, que vous serez vraiment roi, que le duc de Guise sera tout entier dans la tombe.

LENONCOURT

Je ne puis qu'applaudir à vos intentions, monsieur le duc, mais il m'est impossible d'approuver les moyens que vous proposez.

HENRI I 1 1 , à Lenoncomt.

Je ne suis pas de votre avis : d'Epernon me paraît avoir bien vu les choses.

LENONCOURT

Sire, monsieur le duc ne les a pas considérées peutêtre sous leurs différentes faces. Si toute la faction n'avait qu'une tête, je vous conseillerais de la faire tomber, mais elle en a des milliers, et par conséquent vous n'arriverez jamais à la dernière. Quand vous vous serez délivré de la Sorbonne, du parlement et des moines dont la conduite n'est pas justifiable, qu'aurez-vous fait pour votre sûreté? Rien du tout, Sire. Je dis plus : le peuple irrité de vos vengeances, élèvera jusqu'au ciel de vrais coupables dont il fera des martyrs. Le père aura son fils à venger, le frère son frère, l'ami son ami, et vous rallumerez la »uerre civile en voulant l'éteindre. Croyez- moi, Sire : usez sobrement de la victoire; votre position l'exige. Point de supplices, point de cruautés. Je vous le demande au nom de la religion, au nom du Dieu qui vous a fait roi.

HENRI m.

Ma foi, messieurs, je ne sais lequel de vous

deux a raison , mais je penche pour vous, cardinal. Au surplus, nous arrangerons tout cela avec le roi de Navarre.

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