TA MÈRE DE CLÉMENT, JACQUES CLEMENT
CLÉME1NT, en dehors ; il frappe a la porte.
Ma mère, c'est moi.
LA MÈRE. Elleuuwe.
Bonjour, Jacques. Comment te portes-tu ?
CLÉMENT
Bien , ma mère.
LA MÈRE
Et tous tes religieux ?
Comme moi.
LA MÈRE
Assieds-toi, mon fils. ( Elle lui donne une chaise. ) Pourquoi donc te charges-tu toujours de ton bréviaire?
CLÉMENT
C'est un livre qu'il faut avoir avec soi nuit et jour.
LA MÈRE
Tu as beaucoup trop de zèle. Aussi ta santé en souffre, mon enfant, car tu es d'une pâleur...
CLÉMENT
Ma mère, ce ne sera pas sur notre teint que Dieu nous jugera, et il me jugera bientôt.
LA MÈRE
Quelle idée ! meurt-on à ton âge ?
CLÉMENT
A tout âge.
LA MÈRE
Tu as quelque chose que tu ne veux pas me dire.
CLEMENT, il se lève et embrasse sa mère.
Je vous embrasse pour la dernière fois.
LA MERE, en pleurant.
Mon Dieu, que tu me donnes de chagrin ! Comment peux-tu croire...?
CLÉMENT
Un ange m'est apparu la nuit dernière; il m'a annoncé que Dieu m'attendait, que je mourrais avant deux jours.
LA MÈRE
Va, tranquillise-toi, mon pauvre enfant : ce n'était qu'un rêve.
CLÉMENT
Encore une fois, (il l'embrasse.) J'ai vu madame de Montpensier; elle ne vous abandonnera pas — Adieu.
LA 31 ÈRE
Où vas-tu?
CLÉMENT
Au martyre, à la mort !
LA MÈRE l'arrêtant.
Au martyre! je ne te comprends pas.
CLÉMENT
Je vais prier pour vous au milieu des Anges. ( 11
se jette aux pieds de sa mère.) Votre bénédiction, VOtre
sainte bénédiction , ma mère !
LA MÈRE
Ah ! malheureux enfant ! ( Elle pose la main sur le front
de son fils.) Un mauvais génie te tourmente. (Clément se relève.) Ton état n'est pas naturel. Parle, ouvremoi ton cœur. Aurais-tu des secrets pour ta mère ?
CLÉMENT
Nous nous reverrons dans le ciel.... Sur la terre, jamais.... Adieu, adieu !
(Il sort précipitamment, et sa mère tombe évanouie).