PREFACE XIII
prend son origine deTIrlande. La harpe gaélique chante et pleure encore dans le mythe que M. Jean Hennessy créa pour célébrer la guerre du vingtième siècle, guerre où la Science combat au service de la Mort, guide les troupes barbares et métamorphose en torches incendiaires les lumineux flambeaux de ses laboratoires.
A dater de cette heure sacrilège où la Paix fut bannie, où les soldats en armes abreuvèrent de leur sang la glèbe féconde, glèbe du raisin, du froment et des chênes, les forêts ancestrales ont reconquis leur solitude première, leur ténèbre mystique, leurchasteobscurité. La Nature se rit des souffrances humaines :
Dans les champs, sur les coteaux
PREFACE
ensemencés de cadavres et d'obus éclatés, à la crête des murs dont la flamme calcina chaque moellon, naissent les plantes rudérales, sourire de la terre à la folie éparse, à la faillite de l'Humanité. Sous le couvert du bois, à l'ombre des taillis, dans les sentiers confus qu'abritent les ormeaux, les sapins et les hêtres, « les piliers somptueux des troncs séculaires », les fûts drapés de lichens et de mousse veloutée; encore que les hauts barons du domaine forestier, cerfs indolents, hardes craintives des chevreuils, sangliers fouisseurs à la démarche oblique aient gagné des remises plus calmes, des abris plus certains, « toute vie animale n'a pas disparu de la forêt. Les petits l'habitent encore ».
Le hérisson épineux, la couleuvre
PREFACE XV
d'émail, la fouine, le mulot savent les terriers, les caves, les retraites où ne choit aucune sorte de projectile. Puis, c'est dans les rameaux, aux fourches des arbres majestueux, dans les buissons au ras de terre, le peuple vivace, querelleur et bavard des petits oiseaux : linottes, bouvreuils, mésanges. bruants, chardonnerets, merle bourgeois et cet orgueilleux artiste, le rossignol.
Or, un soir d'hiver, tandis que le soleil couchant décline parmi les brumes violettes où tremblent quelques reflets d'or, un aigle qui volait entre deux avions « dans le plan d'acier vomi par les mitrailleuses » tombe, pour mourir, au pied d'un chêne, sur la mousse que labourent éperdument les serres, impuissantes désormais, du volucre guerrier. Ses ailes pendent, ses
PREFACE
os brisés mêlent aux plumes que le sang coagule, des esquilles rougeâtres.
Comme le vautour du poète, « il érige son cou musculeux ». Avant de mourir et pour la dernière fois, il regarde le soleil.
Apeurés d'abord, les oiselets frivoles ont bientôt fait de revenir. Ils entourent l'aigle mourant; ils commentent son agonie ; ils offrent à la détresse du noble oiseau leur commisération, leurs étonnements, leur bavardage.
Cependant, une dernière lueur de vie, une flamme s'allume dans les yeux du roi ensanglanté. Aux diseurs de rien, aux philistins emplumés qui palabrent autour de sa couche mortuaire, il décrit les batailles d'aujourd'hui, les peuples en armes : le Dace, le Germain, le Slave, le Gaulois et le