‹ La mort de Louis XVI: Scènes historiquesChapitre 1 sur 212 · ALPHONSE PICARD · texte numérisé non relu

ALPHONSE PICARD

UBRAIBE DE LA SOCIÉTÉ DE l'ÉCOLE DES CHARTES

Hue Bonaparte, 82

Il y a quelques quarante ans que je fis paraître sous la restauration un livre intitulé: La mort de Louis XVL

Les circonstances qui firent enlever toute une édition de ce livre en quelques jours, sont-elles si changées que ces récits ne trouvent plus de lecteurs.

La langue et la poétique des clubs ont pu légèrement se modifier, mais on sait assez que les sentiments qui conduisirent les révolutionnaires de l'autre siècle à stationner, pendant une couple d'années au pied des échafauds de la terreur, ne difierent en rien de ceux qui ont poussé les communards et les pétroleuses de de 1871 à se ruer sur tout ce qui avait un caractère de grandeur ou de généreuse élévation.

Depuis 1792, il y a eu plus d'un 10 août; les journées du 2 ET DU 3 SEPTEMBRE, de Icur côté, n'ont pas manqué d'imitateurs aussi stupidement féroces que les égorgeurs à la solde des Marat et des Danton, et on peut être sûr que les hommes de la rue Haxo ne se seraient pas refusé quelques 21 janvier, s'ils en avaient trouvé la bonne occasion.

Alors cependant M. de Robespierre défendait encore

le principe de la propriété, et il avait des fleurs et de

Tencens pour I'Être suprême. Ses successeurs n'en ont

plus, et leurs adeptes s'efforcent d'effacer jusqu'au nom

de la Divinité.

Voici les lignes dont j'accompagnais la première

édition de ce livre : elles ont aujourd'hui le même à propos qu'alors.

m Fidèle comme l'histoire, dans un essai qui n'en a « point les formes, mais auquel nous eussions voulu en « donner la valeur, rien cependant ne nous étonnerait « moins que de nous voir reprocher ce qui fait le mérite « ordinaire de l'historien, la vérité même de nos « tableaux.

« Que si l'on nous reprend d'avoir rendu trop exacte- « ment, ou le langage grossier des hommes qui prirent « les massacres à leur compte; ou les vives attaques de < ceux qui, tourmentés de la passion de la liberté, se € heurtèrent à toute occasion contre le pouvoir; ou, « encore, les doléances de ceux qui n'eurent que leurs « larmes et leurs regrets pour la royauté : nous n'avons « qu'un mot à dire, c'est qu'il n'est pas dans notre « œuvre une parole, une interjection, un fait qu'on « ne puisse retrouver dans les journaux et les feuilles « du temps.

« Des détails entièrement nouveaux, que nous avons « puisés dans nos rapports avec plusieurs contempo- « rains célèbres, paraîtront peut-être aussi avoir besoin « de justification. Pour nous, leur authenticité est dans « le caractère même des personnages de qui nous les « tenons.

« Quelques personnes, ne se rappelant pas ou ne « voulant pas se rappeler que le père Duchêne {Hébert) € adressa à la populace quelques centaines de Lettres « bougrement patriotiques, viendront peut-être enfin « nous demander pourquoi nous n'avons pas fait dis-

« paraître du langage de nos interlocuteurs ces blasée phèmes et ces jurons que tous les écrivains s'abstien- « nent de reproduire quand ils peignent la dernière « classe de la société. Nous leur répondrons qu'en « temps ordinaire, un portefaix se peint sur la scène « par ses mœurs et ses habitudes plus que par ses « jurements, mais qu'ici, des hommes de toutes les « classes (suivant l'expression de Ferrières) s'étant fait « populace pour se faire populaires, il a fallu, sous « peine d'inexactitude, rendre l'esprit de vertige qui « entraîna les uns à se méconnaître au point de se « dégrader pour témoigner de leur civisme, et la sottise « qui porta les autres à dépasser toules bornes en « plaçant le patriotisme dans les formes indécentes et ii exagérées de leurs modèles. Ne pas conserver cette « corruption de langage eût été omettre de faire sentir € à quels moyens furent dus une foule d'événements.

« Ayant au reste pleuré, comme nos lecteurs, sur « les désastres que nous retraçons, nous déclarons « n'avoir eu qu'une pensée, celle de faire ressortir, « dans tout leur jour, les douleurs royales d'un mo- € narque qui, pour la mort, donnait ses vœux aux « Français, en les consacrant par un pardon sublime, « signé sur l'échafaud même. Pour apprécier le sacri- « fîce, il faut connaître l'outrage.

« Nous offrons ces pages, non comme un délassement € de rimagination, mais comme un tableau dont nous « approchons une nouvelle lumière. »

LA

Page 1