‹ La mort de Louis XVI: Scènes historiquesChapitre 180 sur 212 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

gés d'exécuter, semble une conséquence du prononcé de mon jugement.

DUROURE.

Je VOUS dis encore une fois que ce qui se fait à la convention ne me regarde pas.

UN COMMISSAIRE, entrant Le citoyen Malesherbes demande à entrer.

DUROURE, à son collègite.

Retirons-nous, puisque c'est l'ordre (1).

Ils se retirent. — Malesherbes entre.

LE ROI

Eh bien ! mon cher Malesherbes ?...

MALESHERBES

Ce n'est pas encore fini ; l'appel nominal se suit.

LE ROI

Ces Messieurs sont-ils toujours à la convention?

MALESHERBES

Nous y étions tous les trois. Envoyé par eux, je viens vous dire qu'il est une dernière démarche que vous devez faire, et à laquelle ils vous prient de consentir.

LE ROI

Que puis-je, puisque le jugement n'est pas prononcé ?

MALESHERBES

Il n'est pas question de le prévenir, mais de le combattre, s'il vous est défavorable. Sur les conseils qui nous ont été donnés, nous sommes résolus à demander l'appel au peuple.

(1) Il avait été décrété que les défenseurs communiqueraient sans la présence des commissaires.

LE ROI

Mais la question est déjà résolue ; ils l'ont rejetée.

N'importe, je crois que cette dernière ressource peut être efficace : elle est d'ailleurs dans la légalité et les formes conservatrices de la justice. Demandée par vos défenseurs, beaucoup de députés timides ou égarés seront probablement bien aises de s'y rattacher pour se décharger ainsi d'une responsabilité qui leur pèse. — Un grand nombre de personnes m'ont aussi témoigné, à la sortie de la séance, la résolution de vous sauver à. tout prix; nous devons d'abord épuiser les moyens que nous offre la défense.

LE ROI

Et que veulent ces personnes qui vous ont parlé?

MALESHERBES

Vous enlever des mains de vos bourreaux, ou mourir avec vous, Sire.

LE ROI

Les connaissez-vous, mon cher Malesherbes ?

MALESHERBES

Non, Sire ; mais je pourrais les retrouver.

LE ROI

Eh bieni tâchez de les rejoindre, et déclarez-leur que je les remercie du zèle qu'ils me témoignent. Toute tentative exposerait leurs jours, et ne sauverait pas les miens. Quand l'usage de la force pouvait me conserver le trône et la vie, j'ai refusé de m'en servir. Du reste, puisque vous et ces Messieurs l'avez jugé nécessaire, je vais écrire à l'assemblée et interjeter appel; mais c'est une démarche bien inutile.

J'ai quelque espérance, Sire : une foule de députés ont été violentés dans leur conscience ; une occasion de vous sauver sera pour eux une mesure de salut. Vous savez d'ailleurs ce qui s'est passé aux représentations de L'ami des lois (i); je suis sûr que le peuple n'attend que le moment de se lever.

LE ROI

Mon ami, le sacrifice de ma vie est fait. Je voudrais seulement que vous conservassiez la vôtre pour une famille qui vous chérit. Vous vous exténuez en courses et en démarches : je ne vous les interdis pas entièrement^ parce que vous ne m' obéiriez point ; mais, au moins, mettez-y delà prudence. Promettez-le-moi.

MALESHERBES

Sire, je le veux bien, mais après votre délivrance.

LE ROI

Ecrivons donc. . . Cependant je m'étais dit que je ne leur demanderais rien.

MALESHERBES

Mais votre famille...

LE ROI

Oui, mon ami, ma famille...

Malesherbes, les yeux gros de larmes, garde le silence et attend que Louis ait écrit.

LE ROI, levant les yeux sur Malesherbes.

Vos larmes me font du mal, mon amil... Espérons

(1) Le public, en saisissant les allusions de cette pièce, excita au dernier point les inquiétudes de la commune et de la convention. Les salles de spectacles furent fermées.

encore, puisque vous me le dites. Voilà ma demande à la convention : jugez si elle est rédigée dans les termes qui conviennent à ma défense.

MALESHERBES, lisant.

« Je dois à mon honneur, je dois à ma famille de ne € point souscrire à un jugement qui m'inculpe d'un « crime que je ne puis me reprocher. En conséquence, « je déclare que j'interjette appel à la nation elle-même « du jugement de ses représentants. Je donne, par ces « présentes, pouvoir spécial à mes défenseurs officieux, € et charge expressément leur fidélité de faire connaî- « tre à la convention nationale cet appel, par tous les « moyens qui seront en leur pouvoir, et de demander « qu'il en soit fait mention dans le procès-verbal des « séances de la convention. »

C'est cela, Sire; mais j'espère toujours que nous n'en aurons pas besoin : l'état du scrutin, quand j'ai quitté la salle des séances, le laissait croire. UN MUNICIPAL, entrant précipitamment, et d'un ton égaré, à Malesherbes,

Monsieur, il faut sortir de suite... Sortez. . sortez...

MALESHERBES

Qu'est-ce donc ?

Sortez, vous dis-je, sortez... Vous le saurez.

LE ROI, à Malesherbes.

Adieu donc, mon cher ami ; je vous recommande de me venir dire le résultat du scrutin.

Je serai ici dès qu'il me sera possible. Adieu, Sire, adieu !

Page 1