‹ La mort de Louis XVI: Scènes historiquesChapitre 194 sur 212 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

Le Roi prend le décret des mains du secrétaire, le plie et le met dans son portefeuiQe.

LE ROI, ^'adressant au ministre de la justice^ et lui présentant un papier.

Monsieur le Ministre de la justice, je vous prie de remettre sur-le-champ cette lettre à la Convention nationale. {Le ministre paraît hésiter J Ne craignez rien, je ne veux point vous compromettre. Je vais vous en faire lecture. (Lisant)

« Je demande un délai de trois jours pour pouvoir « me préparer à paraître devant Dieu; je demande pour € cela la faculté de voir librement la personne que j'in- 4; diquerai aux commissaires de la commune, et que

< cette personne soit à Tabri de toute crainte pour cet « acte de charité qu'elle remplira auprès de moi.

< Je demande d'être délivré de la surveillance perpé- « tuelle que le conseil général a établie depuis quelques « jours.

« Je demande, dans cet intervalle, à pouvoir voir « ma famille, quand je le demanderais et sans témoin. « Je désirerais que la convention nationale s'occupât € tout de suite du sort de ma famille, et qu'elle lui <c permît de se retirer librement où elle le jugerait à € propos.

« Je recommande à la bienfaisance de la nation toutes « les personnes qui m'étaient attachées : il y en a « beaucoup qui avaient mis toute leur fortune dans

< leurs charges, et qui, n'ayant plus d'appointements, € doivent être dans le besoin ; et même de celles qui « ne vivaient que de leurs appointements, dans les

« pensionnaires, il y a beaucoup de vieillards, de femmes « et d'enfants qui n'avaient que cela pour vivre. »

Fait à la tour du Temple, le 20 janvier 1793.

Signé: Louis.

Vous voyez, Monsieur le Ministre, qu'il n'y a rien là qui puisse vous compromettre ; je vous serai obligé de la présenter à la convention.

GARAT

Je vais la remettre de suite, vous pouvez y compter. LE ROI, tirant un nouveau papier de son portefeuille.

Monsieur, si la Convention accorde ma demande pour la personne que je désire, voici son adresse.

Louis fait quelques pas en arrière, et congédie le Ministre et son cortège. — Cléry est resté contre la porte, les bras croisés, et comme privé de sentiment. — Louis se promène.

Cléry, demandez mon dîner. (Apercevant le panier où est le dîner de la Reine.) Mais pourquoi a-t-on fait attendre ainsi ma famille une heure de plus ? ce retard l'aura inquiétée.

CLÉRY

Je vais y voir.

LE ROI

Donnez-y ordre, je vous en prie (Use met à table.) Mais je n'ai pas de couteau... (Regardant Cléry.) Eh bien?...

Cléry ne répond rien.

MINIER, municipal.

Monsieur, un arrêté de la commune vous en interdit l'usage : il nous est défendu de vous en donner.

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