‹ La mort de Louis XVI: Scènes historiquesChapitre 24 sur 212 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Château des Tuileries. — Chambre à coucher du Roi. — Le Roi et le serrurier Gamin sont dans Tombrasure de la porte qui conduie à l'appartement du Dauphin. — Des clous, des vis, des feuilles de tôle et des outils sont à terre. — Le Roi et son serrurier replacent un morceau de lambris qui sert à masquer une baie qui vient d'être pratiquée dans le mur.

LE ROI, au serrurier Gamin.

Va I tu peux te retirer...

le'^roi seul.

Je ne sais si tous ces papiers iront danscette baie ;... mais laReine est si inquiète ;... faisons d'abord un portefeuille de toutes les pièces officielles. Je sépareraL les autres comme devant les brûler... j'en brûlerai même quelques-unes, et puis le reste je le mettrai ensûreté dans cette armoire. (Il sonne. Un huissier s^ Présente.) Faites savoir à la Reine que je l'attends.

Le Roi^ à son 'bureau arrange et sépare des papiers. — La Reine entre,

LA REINE

Sire, chaque instant me rend plus inquiète ; je vous en supplie^ prenez enfin une détermination, et faites disparaître ces papiers, qui vous perdront.

(LE ROI

Je m'en occupais, Madame, et je sépare ici même c^ qu'il faut conserver de ce qu'il convient de brûler. Gamin vient de venir, nous avons vidé la cachette qu^ vous redoutez tant Personne cependant

PREÎMlèRE PARTIE. 51

LA REINE

Sire, pour Dieu ! soyez moins confiant dans les gens qui vous entourent ; votre bonté nous perdra.

Comment ! un homme que j'emploie depuis dii ans, et à qui je ne cesse de faire du bien I

LA REINE

Et, si je vous disais, Sire, que Gamin, l'honnête Gamin, cet homme, si simple et si bon, est lui-même un révolutionnaire outré, et qu'il est affilié au club des Jacobins.

LE ROI

Cela ne peut être ; j'ai toujours reconnu de la

candeur dans cet âme simple Au reste, peu importe,

et le motif de vos inquiétudes n'existe plus. Vous voyez "tous les papiers que j'avais mis en réserve* j'en fais une revue. Si vous voulez m'aider, nous aurons plus "Vite fait.

LA REINE

Bien volontiers.

LE ROI

Si cela pouvait nous donner la paix Et mon flls,

que deviendra-t-il! Encore s'ils épargnaient ce cher enfant I...

[la REINE.

Il n'y a que le prince Frédéric qui puisse nous sauver....

LE ROI

Ehî Madame, je crains bien au contraire qu'il ne nous perde. Tenez, lisez ce que m'écrivent Messieurs de France sur cet objet: vous en jugerez par vousmême.

LA REINE, lisant, « Nous gardons le silence; mais nous parlerons dès « que nous serons sûrs de l'appui général, et ce mo-

« ment approche Si Ton veut que vous nous fas-

« siez dire quelque chose, ne vous gênez pas. »

LE ROI

Eh bien I qu'en pensez-vous?

LA REINE

Et vous, Sire?

LE ROI

Moi? que le manifeste de Brunswick nous a porté le coup le plus funeste; qu'il sert de prétexte aux factieux, et que le langage mesuré de Monsieuf^ aura de la peine à en atténuer le mauvais effet.

LA REINE

Et à qui nous confier, cependant?

LE ROI

Gagner à tout prix quelques hommes qui puissent nous seconder dans la lutte des partis.

LA REINE

Pardon, Sire, mais j'ai toujours pensé que les armées alliées pouvaient seules nous sauver.

LE ROI

Madame, vous oubliez donc que déjà toutes nos relations sont interrompues ; que je manque d'affldés, et que d'Ogny lui-même, qui reçoit mes lettres de l'étranger, me sera peut-être enlevé d'un jour à l'autre.

LA REINE

Longwy et Verdun ne peuvent tarder à être cerné.* de là à Paris, il y a trois journées.

LE ROI

Et si nous ne sommes plus alors?

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