UN OFFICIER
Mais enfin, si les citoyens insultent la majesté du Trône, s'ils veulent forcer les portes et pénétrer tumultueusement dans les appartements comme au 20 juin.
PÉTION
Vous les repousserez... avec le respect qu'on doit à la constitution.
92 la mort de louis xvl
l'officier.
Si pourtant ils y dérogent eux-mêmes, il faudra bien que nous les repoussions par la force.
PÉTION
Oui, mais toujours avec ménagement : la parole est la première arme du soldat-citoyen.
MANDAT
Auriez-vous la bonté de me donner vos ordres.
PÉTION
Je vous les donne, Monsieur le Commandant.
MANDAT
Mais ma responsabilité exige
PÉTION
Comment... quand un maire vous donne ses ordres devant des témoins.
MANDAT
A Dieu ne plaise, Monsieur le Maire, que je suspecte vos intentions ; mais si le malheur voulait que le sang coulât dans cette journée, un ordre écrit pourrait peut-être sauver une tête auguste et dissiper tout soupçon qui tendrait à supposer que le Trône et le Roi ont plus pensé à leur sûreté qu'à celle du peuple.
PÉTION
Je ne sais en vérité ce que vous voulez. Monsieur le Commandant, le soupçon est déshonorant pour la haute magistrature que j'exerce.
MANDAT
La légalité. Monsieur le Maire, ne fut jamais un outrage. Et j'attends de vous l'ordre écrit que mes ofllciers attendent comme moi pour se faire tuer s'il le faut.
PREMIÈRE PAJITIE. 93
PÉTION
Je vais y satisfaire. . . Mais qu'on épargne le peuple : oe doit être la première pensée d'un bon citoyen.
LE ROI
C'est aussi ma ferme volonté.
Pétion écrit.
UN OFFICIER, dos à Mandat Général, gardez-le pour otage.
MANDAT, l)as.
Laissez. Que toute communication avec ses agents Xxii soit interdite : veillez-y.
PÉTION, remettant ce quHl vient d'écrire.
Voici :
« M. le Commandant en Chef de la garde nationale -^c est autorisé à assurer l'inviolabilité de la* personne -^c du Roi en repoussant la force par la force.
« Signe Pétion, Maire. »
MANDAT
Monsieur le Maire, je vous en remercie.
Une heure du matin.
UN OFFICIER MUNICIPAL, entrant.
M. le Commandant-Général des gardes nationales?
MANDAT
C'est moi .
Vous êtes sommé de vous rendre à la commune pour 5^ donner des informations sur l'état de Paris.
MANDAT
Mon poste est ici.
La commune, Monsieur, m'a chargé de vous dire que, si vous n'accédiez pas à ses ordres, elle vous suspendait et vous rendait responsable des suites de votre désobéissance.
MANDAT
Le service ne me permet pas de quitter le Château, ^
j'y resterai.
RŒDERER
Monsieur Mandat, ne soyez pas le premier à donner 'ir
l'exemple d'une infraction à la loi et d'une désobéis- —
sance à la constitution. Dans l'intérêt de la monarchie, ^ , du Roi lui-même, rendez-vous à la Commune.
MANDAT
Mais le pouvoir civil est en insurrection Je ne ^
puis plus le reconnaître.
BORiE, officier de l'ancienne Commune.
Monsieur le Commandant Général, vous vous mépre- "^
nez : peut-être que le pouvoir civil, menacé d'être ^
entraîné, vous appelle pour le soutenir. Ne lui refusez ^
pas, ne refusez pas à la patrie votre appui et votre courage, duquel peut dépendre, en ce moment, le salut de l'État. Au nom de ce que vous avez de plus cher, au nom de la Constitution et du Roi, cédez à l'invitation des Magistrats.
MANDAT
Vous le voulez Eh bien ! je vais m'y rendre ; mais,
c'est un piège auquel je n'échapperai pas. {Se tournant vers son fils qui lui sert d'ordonnancé) Monsieur Faidede-camp, vous allez me suivre. — Adieu, Messieurs : j'aurais voulu teindre ces carreaux de mon sang !