‹ La mort de notre chère France en orientChapitre 30 sur 52 · LETTRE OUVERTE DE M. ABEL HERMANT A PIERRE LOTI · texte numérisé non relu

LETTRE OUVERTE DE M. ABEL HERMANT A PIERRE LOTI

Les Turcs aiment l'ami d'Aziyadé, non seulement parce qu'il les aime, mais parce qu'il les comprend et qu'il les estime. Vous avez le coura-ge de votre affection, et vous n'avez cessé de les défendre, même quand ces pauvres égarés ont tiré l'épée contre nous. Vous l'avez pu faire en toute conscience et sans manquer au patriotisme le plus jaloux. Vous aviez le droit de publier, puisque c'était la vérité, que, seuls de tous nos ennemis, ils étaient loyaux, chevaleresques, généreux et ne violaient pas les lois de la guerre. Votre témoignage a été confirmé par

celui de tous les soldats qui ont fait les campagnes d'Orient. Aujourd'hui, vous les défendez encore, vous les plaignez : qui sait si votre sentiment ne serait pas la meilleure des politiques? Bien des politiciens le croient. Ce peuple du moins doit savoir que Loti ne l'a pas abandonné, et il n'est point ingrat : je doute que ce soit lui qui ait effacé votre nom et proscrit votre souvenir.

Qui que ce soit, pardonnez, so^jriez et consolez-vous. Personne au monde n'a le pouvoir de rompre les liens subtils de l'amitié que vous avez nouée avec le merveilleux Orient. On aura beau gratter sur les murs les caractères qui signifient votre nom mortel, vous ne sauriez plus être absent, ni des cimetières en pente de Scutari, ni d'Eyoub, ni des rives de la Corne d'Or, ni des jardins du vieux sérail. Vous errez autour des murs, vous êtes debout sur les tours carrées, fendues par le canon de Mahomet II, vous buvez l'eau de la fontaine qui est devant la porte de la Félicité. Dans les ruelles de Stamboul on rencontrera toujours le fantôme vagabond et mélancolique de Loti, à la recherche d'un autre fantôme.

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