SCÈNE VIII ET DERNIÈRE
LA PRINCESSE, ANNA
ANNA
Venez, venez, madame.
LA PRINCESSE (se levant et l'esprit égaré).
On m'appelle au tombeau.
J'ai tarde' trop long-temps; j'y descends, je suis prête.
Madame, suivez-moi, que rien ne vous arrête!
LA PRINCESSE (la reconnaissant).
C'est toi , ma chère Anna ! c'est toi , tu vis encor ! Je meurs moins malheureuse.
( Elle se laisse retomber.)
ANNA
11 faut faire un effort, Il faut me suivre.
LA PRINCESSE
Adieu !
ANNA
Madame , il reste à peine Un seul instant pour fuir; notre perte est certaine; Si vous n'en profitez. Sur d'agiles coursiers, Nous atteindrons bientôt des bords hospitaliers.
Venez, pour nous guider cet esclave fidèle...
LA PRINCESSE
Lui ! le monstre ! grand Dieu !
ANNA
Vous connaissez son zèle.
Pour vous sauver, madame , il expose ses jours.
LA PRINCESSE
D'un horrible assassin accepter le secours! Ah ! souvenir affreux ! Anna, je t'en conjure ; Dis-moi ce que tu sais , qu'as-tu vu? Le parjure , Que je n'ose nommer... Bourbon... Ah! réponds-moi.
Plus tard vous saurez tout; mais calmez mon effroi. Venez, en ce moment ne songez qu'à la fuite.
LA PRINCESSE
Du désespoir affreux où le sort m'a réduite , N'augmente pas l'horreur, Anna , par tes refus. Au nom du ciel, Anna, parle.
ANNA
Bourbon n'est plus.
Terrible, et ressemblant à l'archange rebelle, Le premier aux remparts il applique une échelle. Une secrète horreur paraissait le troubler. Tout-à-coup, ô prodige! on le voit chanceler; Il s'arrête frappé par une main divine. C'est en vain qu'il résiste au mal qui le domine :