LA MOHT DU ROI
On me reprocherait certainement de ne pas soulever ici la fameuse question de la guillotine et du a couteau » qui ont servi à exécuter Louis XVI.
La guillotine, elle est à la Nouvelle-Calédonie, d'après M. Hugues Le Roux' ; les bois
en seraient à Auch d'après d'autres ". En
réalité. Ton ne peut rien dire de précis à ce sujet.
Quant au couperet qui a tranché la tête du Roi, son histoire est plus certaine.
Il semble bien d'abord qu'il ait été conservé comme un souvenir dans la famille Sanson, car il fut montré, dit-on, à Honoré de Balzac lorsque ce dernier et l'Héritier de l'Ain entreprirent la publication des Mémoires pour servir à V histoire de la Révolution française,
^ Figaro, du 20 juillet 1891. — Ou dit à la Xouvelle-Calédonie que la guillotine qui s'y trouve est celle qui a servi pour M™'= Elisabeth.
2 Comte de Reiset, Modes et usages au temps de Marie- Antoinette, Paris, i885, 2 vol. in-4'\ t. II, p. 383. — Revue de Gascogne, mars 1893, t. XXXIV, p. i44-i46.
RELIQUIAE iy'3
par Sansoii^ exécuteur des jugements criminels pendant la Révolution^ . A partir de cette date, on avait perdu, il est vrai, la trace de cette tragique relique. Le Musée Tussaud, à Londres, prétendit un moment la posséder. Mais un article paru dans V Intermédiaire des chercheurs et des curieux, en 1894, et un autre
1 Paris, 1839, 2 vol. in-S**. — Ceci m'amène naturellement à tenter d'élucider la question si obscure des rapports d Honoré de Balzac avec Sanson et colle de la valeur historique des renseignements fournis par ce dernier au grand romancier. 11 est bien entendu d'abord que le Sanson, auquel a eu affaire Balzac, n'est point Ciiarles-Henry Sanson, le bourreau de Louis XVI, lequel mourut le 4 juillet 1806, à l'âge de 67 ans. M. Bégisa en effet relevé cette date aux archives de l'enregistrement, sur la table des décès du V*^ arrondissement de Paris. Ce serait donc Henry Sanson qu'aurait connu Balzac, c'esl-à-dire le 111s de Charles-Henry Sanson, le même dont j'ai signalé le rôle lors de l'exécution de Louis XVI, et qui mourut en 1847. De cet Henry Sanson, Balzac aurait tenu le récit de la fameuse messe célébrée le soir du 21 janvier, sur la demande du bourreau, par « l'abbé de MaroUcs », pour le repos de l'âme de Louis XVI. Ai-jc besoin de préciser davantage ? Les pages poignantes d'un Episode sous la Terreur sont dans toutes les mémoires. Mais ces pages rapportentelles, illustrent-elles vraiment un fait historique ? M. Victor Pierre, dans un article du Correspondant an 10 janvier 1898, intitulé la Messe de Sanson, nous laisse à ce sujet bien peu d'illusions, illusions perdues pourtant par moi avec quelque peine !
-Intermédiaire des chercheurs et des curieux, 1893, p. 546.
publié récemment par M. Gustave Babin, dans V Illustration^ ont fait justice de ce dire, en retraçant d'une façon plus vraisemblable les destinées du fameux couperet. De Charles- Henry Sanson il serait passé à son fds, Henry Sanson, aurait été remis par ce dernier au nouveau bourreau, Heidenreich, qui l'aurait luimême cédé à son successeur Rocli. Ce dernier étant mort, Deibler prétendit obtenir l'objet de sa veuve sans indemnité. Celle-ci se refusa à cette exigence et vendit la lame à M. Dubois, directeur des Halles de Bruxelles, avec : une note du citoyen Gerbod qui l'avait fabriquée ; deux lettres des enfants du précédent ; une lettredeCaussidière, préfet de police, en i848; un certificat d'authenticité de Roch. De la collection de M. Dubois, le couteau historique est entré dans celle d'un autre amateur bruxellois, M. A. de P..., où il se trouve encore aujourd'hui.
* Illustration du i8 décembre 1909.
REUqUIAE igS
Enfin, comme notre curiosité insatiable et profanatrice n'a même plus pour limite le seuil de la tombe, il me faut dire en quelques mots ce qu'est devenu le corps du Roi décapité. Le cimetière de la rue d'Anjou, ayant été mis en vente après la Terreur, fut acheté par M. Pierre-Louis-Olivier Desclozeaux, ancien avocat au Parlement \ Lui et son gendre, M. Dominique-Emmanuel Danjou, qui avait assisté à l'inhumation du Roi, prirent un soin pieux des sépultures du Roi et delà Reine, et furent les guides dévoués des recherches qui commencèrent en i8i4 et se terminèrent dans la matinée du 19 janvier i8i5. C'est ce jourlà qu'à la place indiquée par MM. Desclozeaux et Danjou on retrouva, « au milieu de terre et
' M. Desclozeaux, mort en 1817, est enterré au Père-Lachaise, où on lit sur sa tombe ces vers qui ont été relevés par M. Emile Campardon (Ze Tribunal révolutionnaire, F aris, 1866, 1 vol. in-8'^, t. II, p. i52), et qui sont bien dans le goût de la Restauration :
De la cendre des rois pieuï dépositaire. Le ciel daigna bénir ses soins religieux ; Il a revu Louis au trône héréditaire Et comme Siméon il a fermé Iss yeux.