‹ La mort et la mort subiteChapitre 84 sur 139 · LÉSIONS DE LA MOELLE · texte numérisé non relu

LÉSIONS DE LA MOELLE

prendre son paquet... En se tournant pour dire adieu aux autres malades, il tombe roide mort.

Autopsie. — On trouva que les Lords du trou occipital étaient fracturés : probablement les fragments, dans le mouvement qu’il fit, s'étaient déplacés et avaient comprimé le bulbe rachidien.

99. Mort subite dans le mal sous-occipital par compression brusque du bulbe (I). — Une fille de 11 ans, grande, bien musclée... n’offrait qu’un très léger gonflement de la partie postérieure du cou , quelques douleurs vagues dans cette région et le long du trajet des nerfs qui en émergent, un peu de roideur dans le port de la tète et un torticolis assez prononcé du côté gauche.... La malade se levait toute la journée, jouait, courait.... Tout annonçait une

lésion superficielle des vertèbres Une nuit, cette jeune fille se

lève pour aller au cabinet, tombe et succombe avec de légers mouvements spasmodiques en moins de deux à trois minutes.

Vautopsie montra une maladie des articulations occipito-atloïdiennes, avec luxation de l’occipital sur l’atlas, et une compression très forte du cordon nerveux à son passage dans le trou occipital. -- 11 n’existait nulle part d’épanchement de pus.

100. Mort subite par apoplexie de la moelle (2). — Un homme de 61 ans, d’une forte constitution, vient à Paris.... Le lendemain de son arrivée, il éprouvait un peu de malaise, se plaignait d’une douleur le long de la colonne vertébrale avec pesanteur et engourdissement des cuisses et des jambes.... Dans la nuit, paralysie de la moitié inférieure du corps, pouls petit, respiration moins facile, visage pâle, tête lourde. Notons qu’il souffrait depuis six mois de son dos : il attribuait cette douleur vertébrale à des rhumatismes. Il mourut cette même nuit.

Autopsie. — On trouva peu d’eau dans les ventricules cérébraux.... A l’ouverture du canal rachidien, il s’écoule une assez grande quantité de sang. Depuis la partie inférieure de l’os sacrum jusqu’à la dernière vertèbre dorsale, la moelle était transformée en une bouillie de couleur rouge sang de bœuf.

101. Mort subite dans le cours d’une maladie chronique de la moelle par rupture d’un vaisseau dans la région cervicale (3). — Une petite fille d’une dizaine d’années, sujette à des indispositions fréquentes se plaignait de roideur de la nuque , de douleurs

(1) Pihan-Dufeillay, Sur la mort subite dans l'enfance causée par les troubles du système nerveux, Thèse, 1861, p. 178.

(2) Gaultier de Glaubry, Journ. gén. de médecine , et Bonin, De la mort subite. Thèse, 1861, p. 49.

(3) Fred. Paye, The Lancet, mars, 1880, p. 445, et Arcliiv. de neurolog ., 1881, t. II, p. 260.

OBSERVATIONS ET EXPERTISES MÉDICO-LÉGALES

occupant la partie supérieure de l'épine el gênant les mouvements du bras gauche. — A la suite d'une de ces indispostions, elle mourut subitement après avoir été à la selle.

Autopsie. — Dans la moelle, à la partie inférieure de la région cervicale, on trouve une infiltration considérable de sang... la moelle tout autour était ramollie. Les enveloppes et les vertèbres étaient saines. Il n’est pas douteux que cette enfant était atteinte d’une maladie chronique de la moelle qui donnait lieu aux crises périodiques dont elle souffrait et que la cause immédiate de la mort a été la paralysie des muscles respiratoires par compression brusque des origines des nerfs phréniques et autres. — Le sangr provenait d’un vaisseau de la moelle rompu probablement dans un effort pour aller à la selle.

102. Mort très rapide, dans l’état puerpéral, par apoplexie de la moelle épinière (1). — Femme grande, forte, d’une bonne constitution. Accouchement heureux... Trois semaines après, au moment de la convalescence, elle va à l’église... C’était en mars; il faisait encore froid ; elle rentre chez elle, commençant à éprouver un léger malaise... Engourdissement aux pieds, remontant ensuite jusqu’aux hanches; le soir, douleur dans les extrémités supérieures, impossibilité de mouvoir les jambes. Respiration difficile, face cyanosée. Mort treize heures après le retour de l’église.

Autopsie. — Tous les organes étaient parfaitement sains. Mais en ouvrant le canal rachidien, on constata un épanchement de sang s’étendant depuis la dixième jusqu’à la douzième vertèbre dorsale, et ayant complètement désorganisé la moelle en ce point.

G. — Hystérie. — Épilepsie.

103. Mort subite dans l'épilepsie, par asphyxie foudroyante causée par le passage de matières alimentaires de l’estomae dans les voies aériennes (2). — P. L..., épileptique, était habituellement prévenu quelques secondes d’avance, de l’approche d’une attaque, par une sensation pénible remontant de l’épigastre à l’arrière-gorge; il pouvait alors aller trouver le gardien, disant qu’il se sentait étouffer. Un jour, après avoir eu deux ou trois accès dans la matinée, une demi-heure après avoir dîné, il éprouva le prodrome d’un nouvel accès. Le gardien le fait coucher à terre comme d’ordinaire... Au bout d’un instant d'attente, étonné de ne pas sentir les secousses accoutumées, le gardien

(1) Moynicr, Des morts subites chez des femmes enceintes ou récemment accouchées, p. 129.

(2) Dp A. Foville fils, Archives générales de médecine , 1869, p. 6.

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examine son malade et constate qu’il est mort. — Il n'y avait pas eu de vomissements.

Autopsie. — Tout le lobe postérieur de l'hémisphère droit était transformé en une sorte de kyste séreux.

On trouva les voies respiratoires entièrement remplies, depuis les plus fines ramifications bronchiques jusqu’au larynx, d’un liquide brun, tenant en suspension de petits grains blanchâtres. Ce liquide n’était autre chose que du potage fait avec du bouillon gras et du gluten. L’estomac était rempli d’un liquide analogue.

104. Mort subite dans l’épilepsie par rupture du cœur (1). — Louis R..., 60 ans, était depuis longues années atteint d’une affection épileptique compliquée de manie chronique. Les crises convulsives ne revenaient guère que tous les trois mois, mais étaient d’une violence extrême. Cet homme, d’une assez bonne constitution d’ailleurs, n'avait offert jusqu'alors aucun symptôme d'affection du cœur, lorsqu’un jour à 4 heures du soir, pendant un accès extrêmement violent, il mourut subitement.

Autopsie. — Face décolorée.

Péricarde énormément distendu par des caillots de sang.

Sur la face postérieure de l’organe, vers la partie moyenne et près du bord gauche, on découvre une déchirure irrégulière, àdirection parallèle au sillon longitudinal et longue de 22 à 25 millimètres.

On ne trouve que quelques concrétions cartilagineuses au niveau du bord adhérent des valvules sigmoïdes.

Les parois du ventricule gauche sont légèrement hypertrophiées. Mais au niveau où s’est faite la déchirure, on constate un amincissement assez notable des parois ventriculaires.

105. Mort subite dans l’épilepsie par rupture du cœur (2). — Gervais M..., 43 ans, tempérament sanguin, bonne constitution, atteint depuis de longues années d’une affection épileptique, avait tous les quinze jours environ et pendant quatre à cinq jours, une série d’accès extrêmement violents, avec agitation maniaque consécutive.

On n’avait jamais constaté chez ce malade aucune trace de maladie du cœur.

Un matin vers 2 heures on le trouve mort dans son lit, sans que rien, pendant la nuit, ait éveillé l’attention du gardien ou des autres malades. M... avait eu dans la journée de violents accès d’épilepsie et l’on pensa qu’il était mort d’asphyxie pendant une crise convulsive.

(1) Dr Lunicr, Gaz. des hop.. 18G5, p. 434.

(2) l)r Lunier, Gazette des hôpitaux, 1865, p. 434.

Autopsie. — L’incision du péricarde donne lieu à l’écoulement de deux verres environ de sang noir mêlé de caillots. Un peu à droite du sillon antérieur, le long de la cloison interventriculaire, on remarque une déchirure à peu près parallèle à ce sillon, longue de 6 à 7 centimètres et occupant toute l’épaisseur de la paroi antérieure du ventricule droit.

Le cœur ri offre aucune lésion — Les valvules sont saines; il n’y a ni insuffisance ni rétrécissement.

106. Mort subite. Attaque d’épilepsie. — Je soussigné, Paul Brouardel, commis par ordonnance de M. Desjardins, substitut, à l'effet de procéder à l’autopsie du cadavre de Marie IL.., âgée de 17 ans, serment préalablement prêté, ai procédé le 17 août 1878 à cette autopsie, à l’effet de rechercher les causes de la mort et de constater tous indices de crime ou délit.

Examen extérieur. — Le cadavre est celui d’une jeune fille bien constituée, assez grasse et ne paraissant pas avoir été longtemps malade ; elle semble avoir plus de 17 ans, au moins 18 à 20 ans; la rigidité cadavérique a disparu, la putréfaction n’est pas commencée.

La face, les épaules sont tachetées par un petit pointillé ecchymolique, la conjonctive de l’œil droit présente une petite ecchymose sous-conjonctivale.

Sur la face, on trouve, à 2 centimètres en dehors et au-dessus du sourcil gauche, une plaque parcheminée qui mesure 1 centimètre sur 2. Dans le tissu cellulaire qui double cette plaque, il n’y a pas d’épanchement sanguin. A la partie médiane du front, près de la racine des cheveux, il existe un ecchymose ayant 2 cent. 1/2 de diamètre dans tous les sens; au-dessous d’elle le tissu cellulaire contient une suffusion sanguine assez épaisse. A la racine du nez, on note une autre plaque parcheminée, non doublée par un épanchement de sang.

Sur le bras droit, au niveau du bord externe du biceps, on trouve deux ecchymoses jaunâtres de 2 centimètres environ de diamètre. Ces ecchymoses sont déjà assez anciennes et ont dû précéder la mort de trois ou quatre jours.

Sur la face antérieure de la jambe droite deux ecchymoses assez larges paraissent plus récentes. Elles siègent en avant du tibia vers le tiers inférieur. Sur la jambe gauche à peu près au même niveau il existe deux ecchymoses un peu plus petites.

On constate sur la peau des lésions d'un autre ordre.

A la vulve, sur le bord de la grande lèvre gauche un ulcère dur, chancre induré; sur les deux grandes lèvres et les petites lèvres des plaques muqueuses nombreuses. On en trouve également sur

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le périnée, à la fourchette et autour de l’anus. L’anus est de plus largement dilaté et infundiludiforme.

A la racine des cheveux, on trouve une éruption papuleuse de nature syphilitique, formée par des croûtes, autour desquelles existent de petites ulcérations superficielles.

Sur les amygdales, la luette et les piliers, de larges plaques muqueuses.

Examen des viscères — A. La peau qui recouvre le crâne est doublée par quelques ecchymoses sous-épicrâniennes ; une très large siège sur la suture bipariétale, une autre à la partie postérieure du crâne.

Les enveloppes de l’encéphale sont très congestionnées. L’encéphale l’est également dans ses diverses parties. En aucun point on ne trouve de foyer hémorrhagique ou de ramollissement. Les ventricules sont dans leur état normal, notamment le quatrième ventricule. Autour du bulbe et de la protubérance, le réseau vasculaire semble congestionné. La coupe du bulbe et celle de la protubérance ne permettent de diagnostiquer rien d’anormal. (Nous les avons placés dans un liquide conservateur pour être examinés après durcissement. Cet examen n’a révélé rien d’anormal.)

B. Le larynx, la trachée sont remplis par des mucosités spumeuses abondantes et un peu visqueuses. Leur muqueuse est assez rouge.

Les plèvres renferment un peu de sérosité légèrement sanguinolente. A la face postérieure du lobe inférieur droit, on trouve quelques petites ecchymoses sous-pleurales, mais pas de plaques d’emphysème.

A la coupe des poumons, il s’écoule une quantité considérable d’écume bronchique; les poumons sont congestionnés, ne renferment pas de noyaux apoplectiques. Au sommet du poumon droit existent quelques tubercules crétacés, entourés de tractus fibreux, de sclérose partielle du poumon, avec une petite cavernule. (Lésion ancienne, sans importance actuelle.)

Le cœur est flasque, mou, sans caillots. Il n’y a pas de lésion valvulaire.

C. La langue est assez grosse, on découvre à sa pointe et sur son bord gauche des traces de morsures récentes.

L’estomac est absolument vide, on y constate quelques suffusions sanguines.

Le péritoine renferme un peu de sérosité sanguinolente.

Le foie est gras, congestionné.

Les reins sont difficiles à décortiquer et très congestionnés.

D. Le col de l’utérus, conique comme celui des femmes qui

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n’ont pas eu d’enfants, présente une petite érosion à son orifice.

L’utérus contient un peu de sang, il est petit, sa muqueuse est rouge.

Les ovaires sont sains. L’ovaire du côté droit présente une petite cicatrice et un caillot d’ovulation récente.

Le vagin, rouge, enflammé, est couvert d’érosions nombreuses.

La vessie contient de l’urine purulente, le bas-fond est rouge, érodé*

Conclusions. — 1° La fille Marie B. a succombé, pendant une attaque d’épilepsie, à une suffocation causée par l’accumulation de mucosités dans les bronches, la trachée;

2° Cette attaque est rendue évidente par les ecchymoses punctiformes du tronc, de la face, de la conjonctive, du tissu cellulaire épicranien, et par les morsures de la langue ;

3° Elle ne porte aucune trace de violences ayant pu occasionner la morl;

4° Au moment de la mort, elle avait ses règles;

o° Elle était atteinte d’un chancre, de syphilis secondaire et de blennorrhagie.

107. Mort subite. Épilepsie (?). — Autopsie cle X..., âgé de 17 ans , mort en voiture cellulaire. — Le corps présente des lividités cadavériques. L’œil est normal. Rien sur les conjonctives. Pas de piqueté ecchymotique de la peau.

A l’ouverbure du corps, on remarque, à gauche, des adhérences pleurales anciennes. 11 existe des ecchymoses péricardiques sur le ventricule gauche, surtout à la pointe.

Le cœur contient environ 200 grammes d’un sang noir, liquide, sans caillots.

Dans l’œsophage on constate la présence de haricots; la trachée est remplie d’une spume très abondante; quelques débris alimentaires couvrent l’épiglotte. La muqueuse laryngée est piquetée.

Rien dans l’arbre pulmonaire, rien au cœur, rien dans l’intérieur des bronches, si ce n’est de la spume en abondance, rien dans les reins, rien dans la rate, rien dans le cerveau.

108. Mort subite pendant la crise hystérique (1). — Femme de 59 ans. Entrée à l’hôpital pour un embarras gastrique. Trois accouchements normaux. Ménopause à 47 ans. Ce n’est que depuis trois ans qu’elle a été prise de crises hystériques des plus caractéristiques.

(1) H. Mollière, Lyon médical, 20 décembre 1883. Rev. des Sc. méd ., 1884, t. XX11I, p. 188.

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