OBSERVATION XII
Le Fr. B N. 20 septembre 1921.
Enfant à agé de quinze jours. Sa mère n'a pu l'allaiter, bien | qu'ayant du lait, etelle a allégué ses occupations et son travail (tenancière d’une auberge). Depuis cinq jours ce nouveau-né, élevé à l’allaiternent artificiel, présente une diarrhée constante (12 à 15 selles) grumeleuse, non verte : à chaque prisé ‘de lait, vomissements. La face est pâle, tirée, amaigrie ; langue sèche ; ‘abattement et somnolence. Ery-
thème généralisé rubéoliforme, principalement sur les fesses,
les cuisses. Pas de signe d’hérédo 3. En résumé l'état général est grave.
Traitement habituel: on décide la mère à lui donner le sein après que l'enfant a été préalablement mis à la diète hydrique vingt-quatre heures. La mère ne pouvant fournir que 4 tétées, on complète la ration avec du lait stérilisé homogénéisé Lepelletier, coupé d'eau alcaline par moitié.
17 septembre. — Amélioration. Cinq ou six selles mieux digérées. Pas de vomissements. Le ventre est moins douloureux. L'éruption, qui était en rapport avec les troubles diges- tifs et très étendue, a disparu complètement. L’allaitement mixte est, sur nos conseils, continué. #
L'état de santé a continué à s'améliorer les jours suivants.
Revu le 15 décembre. La guérison se maintient ; pas de diarrhée, ni de vomissements. Mais l’enfant demeure chétif, pâle, amaïigri, son poids n’est que de 4 kgr. 200. En somme, il persiste un certain degré d’athrepsie. La mère a continué à lui donner 3 ou 4 tétées dans la journée et elle
complète la ration avec du lait Lepelletier.
Les observations suivantes, dont 3 se terminent malheureusement par la mort des nourrissons, nous
sont communiquées par le D" Collignon, médecin
inspecteur. Elles concernent des nourrices.
OBSERVATION XIII (D: Collignon)
E... P.à St.G.
Enfant normal né à terme pesant 3 kgr. 200. Nourrisson d’origine parisienne (actuellement 3 mois). Développement
régulier pendant les trois premiers mois ;: mais ballonne-
Leur
ment, météorisme, régurgitations qui font penser à des repas irréguliers, trop fréquents, et surtout trop abondants. |
La nourrice, en effet, avoue que l'enfant étant très diflicile et criant souvent, elle lui donne quand il se plaint. L’enfant prend gloutonnement, régurgite ou vomit et perd du poids ; l'abdomen est dilaté.
Le 20 janvier éclatent des symptômes de gastro-entérite aiguë, avec vomissements, intolérance complète de l’estomac, diarrhée verte, puis séreuse, et même séro-sanguinolente. | ;
Malgré la diète bydrique, la thérapeutique instituée (acide lactique, bismuth, etc.), l'enfant succombe en quel-
ques jours dans le collapsus.
OBSERVATION XIV (D: Collignon)
H... E. St-G.
Gros enfant bien constitué pesant 4 kilogrammes à la naïssance. Les deux premiers mois, il augmente de poids de telle façon que sa nourrice en est très satisfaite, mais le médecin inspeeteur beaucoup moins. En eflet, nous assistons à une tétée, et nous observons une prise de lait presque double de la ration normale.
Régurgitations ; selles nombreuses et fétides, signes prémonitoires de dyspepsie gastro-intestinale. Néanmoins, le nourrisson continue à profiter quelques mois encore à ce régime.
Le 1* mars, nous sommes appelés d'urgence ; l'enfant est cyanosé, les yeux vitreux ; à terre gisent plusieurs couches
souillées de fèces porracées ; les vomissements sont inces-
ee 46 — \
sants : l'enfant succombait en quelques heures à un choléra
infantile d'origine alimentaire.
OBSERVATION XV (D: Collignon) D... N.
Nourrice exceptionnellement propre, donnant toutes les deux heures le biberon réglementaire. Nous lui faisons observer que l'enfant (2 mois) prend trop souvent d’une part, et trop chaque fois, d'autre part ; le lait, en outre, n’est pas ou est insuffisamment coupé d’eau.
La nourrice paraît se résigner à observer un régime plus strict; malheureusement nos conseils n'arrivent pas à temps : dès le lendemain, en effet, l'enfant qui n'avait que de légers prodromes est pris de vomissements, diarrhée, hoquet; phénomènes qui se précipitent et s’aggravent ; en moins de
vingt-quatre heures, l'enfant succombe en dépit des traite-
ments institués.
OBSERVATION XVI (D: Collignon) V... M.
. Nourrisson vigoureux (3 kgr. 600 à la naissance), Comme il profite bien, la nourrice, encouragée, coupe de moins en moins le lait, si bien que l'enfant (1 mois) prend du lait presque pur, |
Le 15 octobre, dès les premiers malaises, la nourrice, elfrayée, nous appelle ; fort heureusement la diète, les pad parations lactiques-parégoriques, arrêtent la diarrhée, mais les vomissements persistent ; rien n’est supporté, que l'eau
sucrée ; l'état général reste médiocre ; nous administrons de
ms Pier l’eau de chaux, du citrate de soude, etc., et, après bien des alternatives, l'enfant est sauvé, au bout de huit jours. La nourrice coupe maintenant le lait qu’elle donne aux enfants qui lui sont confiés. C’est une des rares qui le fasse,
convaincue enfin par l’expérience.
Influence des facteurs météorologiques
Les cas de gastio-entérites aiguës et d'infections cholériformes ont lieu presque exclusivement l'été, durant les mois d’août et surtout de septembre, Les grandes chaleurs ont une indéniable influence sur leur éclosion et, à cet égard, les années très chaudes comme 1906, 191 1, 1919, 1921 ont été néfastes pour les petits enfants. Au Mans, en 1911, leur mortalité atteignit 20 0/0, chiffre heureusement exceptionnel, mais la moyenne saisonnière estivale (moyenne thermique de juillet-août-septembre) s’éleva à »1° aulieu de 17° 9, moyenne normale. Grâce aux données météorologiques fournies par la Compagnie du gaz et électricité du Mans, nous avons construit la courbe de mortalité infantile, pour seize années, etla courbethermique (moyenne saisonnière estivale) dans un même graphique : on voit que ces deux courbes se suivent avec assez de régularité.
C'est là une question connue, mais un facteur moins étudié peut-être est la sécheresse ; c'est pourquoi, sur le même graphique, nous avons figuré, en traits horizontaux, et dans chaque colonne annuelle, la quantité de pluie tombée dans la saison d'été. On
rie
nie
à constate alors que la sécheresse, tout en restant un facteur moins important que la chaleur, joint son “4 action nocive à la température estivale; et récipro- È quement, l'humidité, la pluie, corrigent l’effet néfaste Ë des températures trop élevées : tel est le cas pour ia l’année 1914 qui fut pourtant aussi chaude que l’an- 3 née 1919: i MoRFALITe INFANTILE ,Aù MANS Pour (5 Rnmwées (ertah touche en toute fl nn. MOTENNE THERMIQUE SAISON NI ÈRE lécucila cu kit be) Cas bem forhat lo Jaites hat lag t —/ 1 = )
On peut également de ce graphique tirer les conclusions suivantes :
0 x L , ’ A 1° Lorsque deux années ont, l'été, la même moyenne
thermique, la plus sèche, est la plus meurtrière. Exemple 1906 et 1914; 1909 et 1910.
2° Les deux courbesse suivent régulièrement, mais, “en général, la ligne qui marque le décès dépasse celle des températures quand l'été est sec ou que la quantité de pluie tombée est inférieure à la normale (106 millimètres pour les trois mois d'été).
La sécheresse se fait cruellement sentir dans les campagnes; la pauvreté en eau potable y est remarquable, c’est ainsi que les étés chauds (1921) on doit aller en chercher parfois à des kilomètres; les mares sont taries et les vaches peuvent à peine s’abreuver d'eau boueuse; nombre d’entre elles deviennent malades à cette date de l'année, et en ces conditions, il est probable que leur lait se trouve modifié, peute être rendu toxique, par l’insuffisante dépuration rénale qu’entraîne la privation d’eau. D'autre part, l'absence d’eau dans les fermes et hameaux amène de nouvelles causes de malpropreté. C’est ainsi que le D: Marchadier, directeur du Laboratoire Municipal du Mans, nous rapportait avoir vu, pendant l'été, un HoRpERR de vaches qui devaient s’abreuver dans une rivière à demi desséchée et pour cela, faisaient un certain trajet au milieu de la boue, des roseaux bourbeux, dans le lit du cours d’eau : elles en revenaient les irayons complètement souillés de vase : et ces trayons n'étant jamais nettoyés avant la traite, le lait se trouvait forcément pollué dès l’origine.
La sécheresse et la chaleur agissent donc d’une manière certaine, mais par une foule de conséquences qu’elles entraînent, facteurs impondérables
et multiples de la mortalité infantile.
A. Leroy 4
. Cette mortalité suit également la courbe detempé- . à ralure si l’on répartit les décès par mois. Nous nous sommes livrés à ce travail pour 5 ou 6 années ; et nous
donnonsici quatre graphiques qui montrent chacunla
Ê - fmaxima + minima moyenne thermique mensuelle an et
le nombre de décès d'enfants, au-dessous d’un an,
pour Le Mans. Par ces schémas, on peut constater qu'il y a entre les deux courbes un « décalage » d’un
fnnée 17°:
Pb
mois, parfois deux ; le maximum de décès suit en réalité le maximum thermique. Si ce dernier est atteint au mois de juillet, la léthalité esi maxima en août
fu
Y. Fevr MATS AVUI MAI Jus all Aout Sat oc® Nov Dec |
(année 1912). En 1911,année meurtrière entre toutes, la température atteignit en août 22°08 : le mois suivant amena l’hécatombe. De même en 1913, mais à un degré bien moindre; et du reste, c’est en général le mois de septembre quiest le plus funeste comme
leremarquent tous les médecins de la région: c’est * que, pour une moyenne de 10 années, juillet et août, avec respectivement 19°35 et 19 degrés sont les plus chauds ; septembre n’a que 15°5.Et de même, lorsque
PR Per en
les chaleurs automnales se prolongent pendant le
mois de septembre, la mortalité infantile par gastro-
entérite, atteint son maximum au mois d'octobre : c’est le cas pour 1920.
Remarquons aussi que le mois de septembre est
en général, très sec : la moyenne d’eau tombée n’est que de 28 mm. 99. Le mois d’août, sans doute, vient au premier rang, mais avec une bien petite différence
(29 mm.) tandis que la moyenne des autres mois est de 5o millimètres.
Mais l’hydrométéore ne doit pas être seulement considéré : l’état hygrométrique joue un grand rôle dans l’éclosion de certaines maladies : mais, à vrai
dire, pour le cas qui nous occupe, son influence n'est’ pas manifeste; on ne trouve pas de. concordance entre la courbe hygrométrique et la léthalité infantile par gastro-entérite. Bornons-nous à constaler qu’un état hygrométrique élevé, voisin par conséquent de la saturation (lequel peut coexister avec l'absence de pluie) paraît défavorable : ainsi en 1900, année défavorable aux nourrissons, l’état hygrométrique fut de 95 en septembre (100 — saturation) ; en 1911, il fut de 85. Il est vrai qu’en certaines autres années il demeura aussi élevé malgré une faible léthalité ; probablement, l’état hygrométrique élevé n’est néfaste que combiné à une chaleur excessive, comme ce fut le cas en 1906 et 1911.
Quoiqu'il en soit, c’est le plus souvent au moisde septembre qu’on observe en notre région le plus grand nombre de gastro-entérites aiguës et de diarrhées vertes; ces phénomènes se produisent à date assez fixe dès les premiers jours de septembre, et ils se montrent en grand nombre, même quand le maximum des décès et les infections cholériformes ont lieu en un autre mois.
Nous avons étudié les conditions météorologiques qui les conditionnent ; reste à voir quelques autres { causes occasionnelles » qui expliquent l’éclosion de ces maladies au mois de septembre. Tout d'abord, à cette date, l’alimentation des bestiaux se trouve modifiée. Les prés étant brûlés par le soleil. d’aonût, on donne aux vaches des fourrages verts, et, en cette période où la « soudure » est difficile à réaliser,
É ds Se
Nes, DA
on y joint betteraves, carottes, etc., bref n'importe quoi ; or le foin nouveau, on le sait, a parfois des propriétés nocives pour le bétail (diarrhée, somnolence, éruptions eczémateuses...) Ce foin, subissant
parfois une véritable fermentation qui pent élever sa température à 4o degrés, se couvre de « moisissures » puis des bactéries thermophiles (thermo- myces, actinomyces thermophiles) et les produits de décomposition chimique ainsi obtenus (du groupe des matières éthérées huileuses) peuvent eonférer au foin une nocuité assez grande pour le bélail, comme le relate une observation de J. Comby.
Puis, les vaches laitières ont aussi leur... dessert: ce sont les pommes, abondantes en ce pays, et dont elles sont friandes ; ellesles trouvent dans le champs, sous les arbres; et d’ailleurs, les années de pléthore, on leur donne, comme nourriture complémentaire, ce fruit encore très insuffisamment mûr, et qui souvent les rend malades (diarrhée, météorisme).
Toute cette alimentation un peu spéciale du bétail doit influer sur la composition du lait. Nous avons de même recherché si à celte époque de l’année, les prés ne renfermaient pas certaines plantes toxiques : en cet ordre d’idée nous avons vu, fréquemment, des champs remplis de colchiques, qui fleurissent à l’automne; on sait que cette plante contient un alcaloïde qui, absorbé en petite quantité peut ne pas incommoder l’animal, mais rendre méanmoins son lait toxique pour l’homme,
Quant à la boisson utilisée par le bétail à la fin
de l'été, nous avons déjà mentionné qu'elle est presque toujours déficiente et composée d’eau bourbeuse ; en outre, le chanvre étant très cultivé dans ce: département, les cours d’eau se trouvent,en septembre précisément, infectés par le rouissage. Enfin
les paysans auprès desquels nous avons enquêté,
reconnaissent tous que c’est à ce moment de l’année que. le lait est le plus mauvais : ils attachent une grande importance à ce fait, que la moitié des vaches sont pleines à cette époque de l’année.
Dans les villes le coupage des laits, lequel a toujours lieu l'été, réalise une nouvelle pollution. Cependant ces falsifications ont lieu, en réalité, au début de l'été. Dans une statistique qui porte sur dix années et que nous a communiquée le Docteur Marchadier, on voit que c'est au mois de juillet que le Laboratoire Municipal relève le plus de falsifications de toutes natures. Il faut donc admettre, pour ce cas, une longue incubation, les accidents gastrointestinaux se montrant au mois de septembre.
Rôle des mouches dans l’étiologie des affections gastro-intestinales de l'enfant
Un rôle très important semble être joué par les mouches dans l’éclosion et la dissémination de ces cas de choléra infantile, comme d’ailleurs pour bien d’autres maladies épidémiques : fail connu des Anciens puisque Pline écrivait : « muscarum multi-
tudine pestilentiam adfertente ». C’est bien au mois
de septembre et pendant l'automne chaud, que les
mouches sont les plus nombreuses et qu’elles envahissent les intérieurs : leur effroyable multiplication les amène, à ce moment de l’année, à un maximum d'effectifs qui malheureusement semble faire laguerre au nouvau-né ; ce n’est pas seulement dans la Bible qu'on voit la mort des nouveau-nés précédée par la « plaie » de l'invasion des mouches qui « semaient, partout l'infection ».
Les fermes, les hameaux, et villages sont infestés de mouches, l'été, bien plus que les villes. La mouche se trouve, en effet, dans des conditions éminemment favorables pour vivre, se nourrir et se. multiplier. La ponte a lieu dans les matières putrescibles ; et le fumier de cheval constitue le meilleur « bouillon de culture » pour ses larves. C'est précisément l’habitude en ce pays — et sans doute en tout autre département, à la campagne — c’est la coutume d'exposer le fumier, à découvert, dans la cour de ferme, près des bâtiments, des écuries, des communs, s’il s’agit d'une petite ville ; et comme presque toutes les fermes ‘comptent des chevaux, on conçoil que la mouche trouve un milieu optimum.
Ajoutons à cella les conditions d'hygiène déplorables, à la campagne comme dans les villages; les fosses d’aisances inexistantes et remplacées par... un coin du champ ou du jardinet voisins : les détritus jetés dans la cour de ferme pour les volailles ou abandonnés dans les rues ; on ne s’étonnera pas de rencontrer, l’été, à la campagne, dans la ferme, dans les écuries, des nuages de mouches qui dans
les villes sont bien moins nombreuses. D'ailleurs les paysans. ne prennent pas garde à ces diptères et les laissent en paix butiner sur la viande, les fruits, le lait qui restent découverts : la mouche est vraiment pour eux la « musca domestica ».
Plusieurs fois, à la fin de l'été et pendant lautomné nous avons vu, en des habitations remplies de mouches, des nourrissons atteints de gastro-entérites aiguës ; et dans la même pièce des enfants {seconde enfance), atteints ‘de diarrhée, vomissements, état saburral, bref un ensemble de symptômes, différents sans doute de ceux du nourrisson, mais vraisemblablement dus au même germe essaimé par les mouches. Parfois même, la mère ou la nourrice présentait, dans la même demeure, ces troubles gastro-intestinaux et ils affectaient, chose curieuse,
le type dysentériforme, si fréquent chez l'adulte à:
cette date de l'année, surtout à la fin des étés chauds et secs. S’agissait-il d’une simple coïncidence ? ou plutôt n'est-ce pas le même germe véhiculé par les
mouches, qui vient infecter des organismes d'âge
divers, lesquels réagissent différemment ? Evidemment, une telle question ne pourrait être résolue que par des examens microscopiques répétés. Mais précisément nous signalerons que M. Deluard,pharmacien de l’hôpital du Mans, a fréquemment trouvé dans les selles dysentériques de l’adulte (été de 1921) non le bacille de Shiga où l’amibe, mais le cobibacille,agent des gastro-entérites aiguës du nourrisson.
Quoiqu'il en soit, nous croyons que les mouches
5 Anse
jouent un rôle considérable en l’étiologié de ces affections de la première enfance. On connaît la communication à l'Académie de Médecine, du D' Lesage, qui constata dans son servive hospitalier des cas de contagion de choléra infantile par l’intermédiaire des mouches, en l’été de 1921.
Voici sur ce sujet 2 observations prises aussi a la fin de l'été dernier, — qui fut néfaste.