Fondée en 1901. Récemment a été fondée à Pontlieue, fau
bourg du Mans, une annexe de la Goutte de lait dirigée par le Dr Granval.
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Les statistiques de mortalité fournissent le plus : éloquent témoignage en faveur de celle œuvre: pendant les cinq années de guerre, la mortalité des enfants qui suivaient la Consultation-Goutte de lait n'a été que de 1,5 o/o (mortalité par gastro-entérite) et en 1919 de 1,08 o/o. C’est grâce à celle organisation, nous n’en doutons pas, que la mortalité infantile diminue, ces dernières années, dans la Ville du Mans, au point d’être très inférieure à la morta- | lité infantile totale du département (en 1920, 88,6 pour o/o0 au Mans ; 130 pour 0/00 en la Sarthe). . De telles œuvres, en vérité, consolent le médecin et le sociologue qui, au sujet de la puériculture, ont rencontré tant de fois l'indifférence et l’incurie. Dans la même ville fonctionnent également deux crèches, dont l’une à la Manufacture des Tabacs.
Des œuvres similaires ne devraient-elles pas exister dans chaque sous-préfecture ? de même dans les petites villesoù se trouveune agglomérationouvrière? Dans un autre ordre d'idées, l'initiative de M. Gode- “froy,sous-préfet de Mamers, mérite de retenir l’attention : il a institué en cette ville un « comice puéricole », c’est-à-dire un concours de bébés qui a lieu chaque année, et au cours duquel sont distribués : des prix aux familles qui se sont distinguées dans l'élevage humain ; un jury de médecins examine les enfants. C'est là une idée fort intéressante qui serait utile de répandre. ‘
Mais nous avons vu que le péril est plus pressant encore dans la population rurale, puisque la mor-
A. Leroy 6
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talité est plus élevée dans l’ensemble du département que dans son chef-lieu. C’est que le remède est beaucoup plus difficile à appliquer à la campa-
gne, du fait de l'extrême dissémination des popu-
lations. Il s’agit de pénétrer dans les moindres bourgades, dans les hameaux perdus, les fermes isolées que d’impraticables chemins relient aux routes. Lorsqu'on se représente cel état de choses, et sur-
tout, lorsqu'on a eu l’occasion, en vrai « médecin
de campagne » de visiter ces populations, qui vivent, en quelque sorte, en dehors de la civilisation, on demeure perplexe sur les moyens à employer pour développer quelques notions d'hygiène, pour surveiller les nourrissons, ou pour les soigner. Là, conférences de puériculture, consultations de nourrissons ne sont pas applicables. D'ailleurs, la question de la « Consultation au village » a été posée, autrefois, devant l’Académie de Médecine qui la reconnut préjudiciable, la nourrice devant faire parfois un trajet de 6 kilomètres avec son nourrisson, avant d’arriver au village le plus proche. Donc, une consultation au village ne profiterait qu’à une
demi-douzaine de personnes, celles qui l’habite-
raient, et la dépense occasionnée serait, certes, dis-
proportionnée aux résultats. Mêmes objections aux
Gouttes de Lait, toujours à cause de la dissémination de la population rurale. Des « gouttes de lait
ambulantes » qui assureraient, par service automo-
bile, la distribution de lait stérilisé, pendant les mois d'été, ne nous paraissent pas pratiques, étant
donné l'éloignement des habitations et les difficultés de communications qu’entrainent des chemins non carrossables. Quelle organisation, quelle perte de temps — et d'argent, comporterait un tel ravitaillement ! On aboutirait à ce paradoxe, d’aller porter le lait là d'où il vient, et à grand frais. Or, dans les circonstances actuelles, les remèdes coûteux ne seront pas appliqués. \
Mais ce qui pourrait exister, ce serait une Consultation de nourrissons dans chaque chef-lieu de canton ; elle serait installée dans un des locaux de l’Hospice, d’où minimum de frais; d’autant qu'elle ne serait pas doublée de la « goutte de lait » : sauf des cas particulièrement graves, on se contenterait d'indiquer aux consultants (par des conseils ou des brochures) la manière de stériliser parfaitement et simplement par l’ébullition ou le bain-marie (Soxhlétisation) l'excellent lait qu'ils possèdent chez eux, ou chez leurs voisins. Profiteraient de cette consultation, qui serait en même temps une école primaire |de puériculture : les mères etnourrices de la ville ; celles à qui leurs moyens de communications permettent de se rendre au chef-lieu de canton ; celles qui sont de passage en cette ville, ou qui s’y rendent pour achats, etc. Profiteraient également de ces conseils, ceux qui veulent s’instruire sur cette matière et qui sont à même de répéter les avis du médecin, avec autorité, dans leur commune : maîtres et maîtresses d’école, sages-femmes, même les vétérinaires, qui, ‘si étrange que cela paraisse, sont parfois consultés
par le paysan au sujet d’un enfant (on l’appelle plus souvent et plus vite que le médecin !} I va sans dire que cette consultation ne remplacerait pas, pour les nourrices, la- visite mensuelle du médecin inspecteur ; et qu’elle ne saurait avoir un caractère obligatoire, pour les mêmes femmes, qui, ainsi que nous l'avons dit, sont souvent éloignées de la ville, et dépourvues de par leur pauvreté habituelle, des moyens de transport. La distribution de lait étant irréalisable, on pourrait cependant établir, dans les villages, des dépôts de lait stérilisé (ou stérilisé homogénisé, qui nous a donné de très bons résultats). Ce scrait en même temps le meilleur moyen de lutter contre le préjugé assez répandu que ce lait n’est pas
un aliment, mais un médicament, un produit excep-
tionnel délivré par le seul pharmacien.
Dans ces conditions, la « Consultation cantonale » n’entrainerait pas de grands frais. Dans un département comme la Sarthe les {rente cantons pourraient en organiser chacun une. D’ailleursces mesures pourraient très bien n'être mises en vigueur que pendant la saison estivale. Et si, comme le montrent nos graphiques, la chaleur et la sécheresse précèdent de quelques semaines l’éclosion des gastroentérites et affections cholériformes, on pourrait, prévoyant ces maladies, redoubler de précautions et de propagande, au cours d’un été particulièrement torride. ‘ra
Celte propagande, non seulement de la puériculture, mais encore de l'hygiène générale ou plus
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simplement : du bon sens et de la propriété, cetté campagne si nécessaire, la mission Rockfeller l’a menée dans notre département, surtout en ce quiconcerne la tuberculose. |
De telles conférences sont utiles, comme nous lavons vu à propos d’une observation (21) ; mais elles non pius n’atteignent pas les ruraux éloignés ; c'est pourquoi, il appartient aux maîtres d'écoles et instituteurs de répéter, maintes fois, ces conseils jusqu'au fond des campagnes. Le maître d'école, et aussi le curé, sont en effet les deux seules personnes qu'on rencontre au chevet des malades, dans les fermes les plus éloignées ; et souvent nous avons vu leurs conseils et leur dévouement, éviter des désastres : soit qu'ils prissent des mesures d'urgence, soit qu'ils fissent à temps prévenir le médecin, qu’on ne demande qu in extremis (précisément parce que:le. prix de sa visite sera plus élevée, étant donné l’éloignement de l'habitation). Dans le même ordre d'idées, l'éducation de l'enfance s'impose. La « Commission départementale de la Natalité » de la Sarthe a demandé (avril 1920) que des cours de puériculture soient obligatoires dans les cours supérieurs des écoles primaires et dans les établissements de grandes jeunes filles, même autres que l'Ecole normale ; l'inspecteur de l’Assistance publique remarque à ce sujet qu'il est difficile de lutter contre la routine et les préjugés de l'adulte et qu’il faut agir sur l'esprit des enfants.
Ajoutons qu'il serait nécessaire, au moment où.
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l'Académie de Médecine discute le projet de réforme
de l’enseignement secondaire, ‘d’y introduire ces
mêmes notions de puériculture — très succinctes, naturellement — mais très nettes, en faisant ressor-
tir leur importance capitale pour le pays. Il va de soi qu'elles rentreraient dans le cadre des « Notions d'hygiène » que possède — que doit posséder le futur bachelier et qui, souvent, sont une étude trop négligée — une superfétation qu’on expédie dans la dernière quinzaine de juin, avec la paléontologie, la cosmographie et le reste. Mais quand les enfants auront-ils, selon la parole de Montaigne « la teste bien faicte plustost que bien pleine » ?
Quant aux nourrices, une surveillance plus stricte, une plus grande sévérité s'imposent à leur égard ; c'est le rôle du médecin, rôle plutôt philanthropique et désintéressé, si l’on considère combien faible est l'indemnité touchée par ce médecin-inspecteur ; rôle ingrat : car si ce praticien vote un blâme à une nourrice, ou lui fait retirer son nourrisson, il est sûr de ne plus avoir un client dans le voisinage ; ou, si
le mari de la nourrice est un électeur influent, l'in-
tervention d’un politicien de chef-lieu de canton annihilera toute sanction.C’est le rôle également des autorités (maires, secrétaires de mairies) de semontrer plus exigeants sur les conditions requises par la loi Roussel (en particulier pour la propreté des intérieurs). ë
Une solution excellente serait de créer, — je n'ose dire « des pouponnières » — mais au moins une
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Pouponnière départementale qui rassemblerail la plupart de ces nourrices (les nourrices au sein, puisqu'il en reste encore) au lieu de les laisser, disséminées dans leurs taudis. Elles y seraient admises avecleur propre enfant et seraient rétribuées comme chez elles, par les familles qui consentent de gros sacrifices pour un allaitement naturel, devenu si rare. Cette pouponnière fondée sur le modèle des centres d'élevages de la région parisienne, aurait aussi un service consacté. à l’allaitement artificiel ; et, dans cette vaste école pratique d'élevage humain, on exigerait que toutes les nourrices vinssent s’instruire, pendant un stage de quelques semaines, pendant lesquelles on les occuperait, à tour de rôle. Ce stage serait obligatoire et nulle femme ne pourrait obtenir le certificat prévu par la loi Roussel, à moins de justifier que son éducation pratique a été faite en ces conditions. On objectera la dépense occasionnée ;le manque de locaux ; à cette dernière ohjection nous répondrons qu’une telle pouponnière ne doit pas forcément s'élever dans une ville : mais bien plutôt en pleine campagne ; et qu’il existe précisément une abbaye célèbre, propriété de l’Etat (hôpital pendant la guerre) située en pleine campagne, sur une hauteur au bord de la Sarthe, dans un site idéalement hygiénique.
On a vu que malgré la négligence desnourrices, la mortalité infantile estun peu moindre chez elles que
‘dans le reste du public : l'inspection médicaleest donc
utile à quelque chose. Et dé fait, on ne constate pas
ni DS
chez les nourrices, le funeste biberon à tube, pour ne
citer que cet exemple (tr). C’est donc à bon droit que l'actuel ministre del'Hygiène, lesénateur Paul Strauss
: se proposant de revisercetteloi Roussel, si mal appli-
quée, projette de soumettre à une surveillance médicale obligatoire {ous les nourrissons, qu'ils soient ennourrice ouqu'’ils restentavec leurs mères, qui souvent (on a pu en voir des exemples en ce travail) pré-
. sentent une ignorance déconcertante des soins à don- . ner à leurs enfants. Le projet dé loi prévoit également l'établissement d’un carnet médical d'élevage et, en cas de.refus des parents, l’admission de l'enfant dans le Service de Protection des premier âge. Cette intéressante innovation qui substituel’actiondes pouvoirs
- publics à l’action déficiente de la famille peut paraître ‘à quelques-uns audacieuse. Mais, devant le péril
croissant de la mortalité infantile, on ne peut que
répéter le Saluspatriae suprema lexesto des Anciens ; et l'on doit tout faire pour arrêter, ou tout au moins, diminuer ce continuel « Massacre des Innocents. »
1. Le docteur André Loupie, médecin-inspecteur (de Fresnaysur-Sarthe) nous rapporte que, durant le funeste été de 1921, il n’a observé aucun décès parmi les nourrissons protégés ; tandis qu'au contraireles gastro-entérites aiguës firent quelques victimes parmi la clientèle (surtout à la campagne).
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