HISTORIQUE
L'histoire de la morve permet de suivre les progrès réalisés dans son étude au cours des années et met en évidence une de ses propriétés les plus néfastes, celle de se transmettre à l’homme.
Comme, depuis la plus haute antiquité, les Grecs et les Latins la décrivent déjà chez le cheval, Arisrore en parle dans ses écrits, HrppocrAaTe la reconnaît chez l'âne, VÉGèsE semble bien la dépeindre sous le nom de « molléus humidus » et ABYRTHE, vétérinaire de Constantin le Grand, la mentionne également. Il est curieux de constater que tous ces anciens auteurs ont l'intuition de sa contagiosité et conseillent la pratique de l'isolement. Puis, c’est durant douze siècles, le silence et il faut arriver à Sorrevser, en 1682, pour la voir étudiée à nouveau ; celui-ci devine l'identité morve et farcin qui sont, dit-il, « cousins germains ». Les Hippiâtres du xvu* siècle adoptent ses idées et GASPARD DE SAUNIER, en 1784, reconnaît la transmission médiate, pendant que Garsauzr demande l'abattage des morveux.
Mais l'opposition se dresse avec Larosse père en 1749 : « Traité sur le véritable siège de la morve des chevaux », auquel BourceLar réplique vivement avec ses « Eléments sur l'hippiâtrie », 1750-1758. Contagiosité et non contagiosité, telles sont donc les deux doctrines qui vont, durant près d'un siècle, se heurter, donnant lieu toujours à des discussions très violentes, souvent même discourtoises, et il faut arriver à l'ère bactériologique avec la découverte de l’agent causal, le bacille de LürrLer ct Scuürz, pour faire cesser celte polémique, si nécessaire cependant au progrès scientifique.
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Chacune de ces deux théories est défendue avec âpreté, car Larosse et BOURGELAT ont fait des disciples ; Virer, en 1771, reconnaît toujours la contagion, alors que Paurer, 1775, admet la doctrine de Larosse. Cependant, on note quelques défections de part et d'autre ; CHABERT, successeur de Bour- GELAT, passe brusquement anticontagionniste, après avoir enseigné les idées du maître. À sa suite, à Alfort, Gonine (1815), FROMAGE DE FEUGRÉ, CHamonTez, Dupuy (1825), RENAULT, Dezaron» et H. Bourey, Roper, Morez et Loucarp, VATEL et HURTREL D’ARBOVAL affirment toujours la spontanéité ; VerrH, SPRINOLA et HERTwIG, en Allemagne, également.
Goxier, à Lyon (1815) reste le vrai disciple de BOURGELAT ; il recoure à l’expérimentation et démontre sur six chevaux sains la transmission par dépôt de pus morveux sur la pituitaire. Visorc, en 1797, avait déjà expérimenté dans ce sens et Ranarp, en 1825, établit de façon irréfutable la contagion par le simple effet de la cohabitation. Les spontanéistes expérimentent eux aussi, en 1836, à la ferme Lamirault, sous la forme d’une commission nommée par le Ministère de la Guerre. Ils se refusent à croire aux résultats positifs qu'ils obtiennent.
À cette époque, la morve est méconnue chez l’homme, comment pourrait-on penser à sa transmission quand on se refuse à croire à sa contagion dans l'espèce chevaline. Aussi on nie, ou mieux on ignore son existence chez l'homme quand, en 1837-1838, s'engage devant l’Académie de Médecine de Paris une grande discussion qui ébranle la doctrine spontanéiste et permet à Rayer dans un mémoire important, de démontrer que la morve est transmissible à l’homme. Il réussit avec le contenu des pustules du palefrenier Prosr, mort d’une maladie aiguë qu'il croit être la morve, à transmettre la maladie au cheval. Avant lui, Van Hecmonr, Ricorp et Brau croyaient que la morve du cheval et la syphilis de l’homme n'étaient qu’une seule et même maladie. Il semble bien cependant que cette transmission ait déjà été soupçonnée par les anciens
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auteurs, tel Osranner, en 1783, qui, dans son traité du cowpox, en rapporte un fait probant, aiors que WALDINGER, en 1810, montre que l'inoculation du pus d'animaux morveux à l’homme peut entraîner la mort.
Hannau (1811) et Lori (1812), chirurgien-major au 1° régiment de cuirassiers, rapportent également des accidents par piqûres survenus en soignant des chevaux morveux.
Mais, d’après Ropmns, c'est à Scmrzrine, en 1821, qu'il faut rendre l'hommage d’avoir rapporté le premier cas indubitable de morve humaine ; il a trait à un palefrenier des Ecoles Vétérinaires, mort avec tous les symptômes de la maladie à la suite des soins hygiéniques donnés à un cheval morveux. Travers et COLEMAN reproduisent également la maladie sur l'âne par inoculation du pus provenant d’abcès survenus sur un étudiant vétérinaire, blessé en examinant un cheval morveux ; ils croient, non pas à la morve, mais à une infection par des poisons cadavériques.
Vozpr, vétérinaire militaire, signale dans le recueil vétérinaire de 1835, la possibilité de la transmission à l'homme.
Cette transmission n’est pas admise tout d’abord, François ToccrA, directeur vétérinaire italien, nie toute contagion à l’homme (1850), alors que Deracroix, en France, qui se fit l’apôtre zélé de l’hippophagie, ne craint pas de manger, à plusieurs reprises et sans dommages, de la viande crue de cheval morveux.
Mais les faits de contagion humaine s'accumulent ; ils sont relatés par Seincer, Gru8, Brown, Vocerr, HarawiKE. ELrtoTson en fait un important mémoire.
De 1839 à 1850, de nombreux auteurs s’attachent à démontrer tout l'intérêt scientifique des affections morveuses étudiées au point de vue de la médecine comparée de l’homme et des animaux. Ce sont ViccA, LEsuEuR (1841), LENEPVEU, TEISSIER,
GizserT, TAroIEU (1843), etc.
En 1850 s'engage une discussion à la Société Centrale et
RenauzT, Deraron», Bourey établissent l'existence de la transmission à l’homme ; aux doutes exprimés par HuzArD père, H, Bourey répond par une triste réalité, le cas de l'élève Bear mort de la morve. Puis ce sont les travaux de Monnerer et Tissier, ceux de DEMARQUEY et Durour (1856) qui complètent l’étude de la iransmission.
En 1863, l’illustre professeur Saint-Cyr, de Lyon, inocu-
lant tous les produits de la morve à l’âne, donne systématiquement la morve à et animal réceptif de choix, la preuve formelle de la contagion était faite et CHauveAu pouvait dire à son collègue : « Que de vies humaines exposées et compromises, que de chevaux perdus par les ravages d’une contagion contre laquelle on ne croyait pas avoir à se prémunir, votre travail en faisant disparaître toute incertitude sur les dangers de la contagion a sauvé bien des existences et épargné bien des pertes d'argent au pays. »
L'ère bactériologique bat son plein en 1878 et CHRISTOT, Krener, en France, HaLzrer, en Allemagne, entrevoient la nature microbienne de la morve, démontrée définitivement par BoucHarD, CapiTan et CHARRINE ; puis, en Allemagne, par LôrrLer et Scaürz, qui, le 23 décembre 1882, font connaître qu'ils ont pu isoler et cultiver définitivement le bacille de la morve.
Le mystère est désormais éclairci ; un écueil cependant persiste quant au diagnostic. En 1886, Srrauss croit trouver un procédé sûr par l’inoculation intra-péritonéale au cobaye mâle. Mais il est démontré aujourd'hui que le signe de Srrauss n’est pas pathognomonique. Ce sont les vétérinaires russes, HezmanN et KarmiNG. en 1890-1891, qui obtinrent avec les cultures de bacilles morveux un produit doué de propriétés diagnostiques de premier ordre ; la malléine était née, mais KazmiNG devait payer de sa vie celte belle découverte. Hez- MANN, de Saint-Pétersbourg, et NermanN, de Vladicaucase, continuèrent ses recherches. A l'étranger, DIEKERHOFE et SRILLING ; Dearve et Nocan», en France, vulgarisent la nouvelle méthode.