‹ La mthode graphique dans les sciences exprimentales et principalement en physiologie et en mdecineChapitre 119 sur 284 · APPLICATIONS DES MANOMÈTRES · texte numérisé non relu

APPLICATIONS DES MANOMÈTRES

différentes sortes de manomètres. Pour cela, le mieux est de recourir à la méthode que Donders a employée avec beaucoup de succès dans le contrôle des appareils qui agissent sur le tam-

Fig. 135. P. C. Pression carotidienne du lapin recueillie avec le manomètre métallique (transmission par l'air). C. Pulsations du cœur.

bour à levier. Ce procédé consiste à faire agir sur chacun des appareils une pression connue d'avance, et à voir avec quelle fidélité chacun d'eux la traduit.

Applications.

C'est principalement à l'étude de la circulation du sang que s'appliquent les appareils manométriques dont la description vient d'être donnée. L'exposé détaillé des résultats obtenus à cet égard ne peut trouver place que dans un traité spécial, mais nous croyons devoir en donner un résumé succinct. Il est peu de cas où la pression d'un liquide à l'intérieur de conduits présente des variations plus nombreuses et plus compliquées, et par conséquent on ne saurait choisir un meilleur exemple pour montrer les avantages des appareils inscripteurs dans les problèmes d'hydrodynamique.

Pour comprendre les variations de la pression du sang dans les vaisseaux et dans le cœur, il n'est pas besoin d'être anatomiste. Tout le monde sait que le sang traverse tour à tour deux circuits : l'un qui le conduit à travers tous les organes du corps, c'est la

grande circulation; l'autre qui traverse seulement le poumon, c'est la petite circulation. Dans chacun de ces deux circuits, le sang traverse des organes semblables : un cœur, qui le pousse dans un système artériel ramifié ; des capillaires, qui terminent les voies artérielles et qui conduisent le sang dans l'intimité du tissu de tous les organes, et enfin des veines qui, nées par des origines très-ténues des vaisseaux capillaires, convergent et so réunissent pour former des troncs de plus en plus gros à travers lesquels le sang revient au cœur.

Dans son trajet circulaire, le sang, contenu dans des espaces à parois élastiques, est soumis à une pression variable, mais toujours décroissante depuis le ventricule du cœur d'où il esl chassé par un effort puissant des parois musculeuses, jusqu'à l'oreillette, où il revient après avoir perdu en chemin toute la pression initiale dépensée contre la série d'obstacles qu'il a rencontrés ^

C'est à travers ces décroissances successives que nous suivrons la pression du sang au moyen des manomètres inscripteurs. Dans le cœur, d'abord, nous plongerons des sondes manométriques ^ qui, soumises à la même pression que le sang dans lequel elles baignent, la transmettront plus ou moins loin à un tambour à levier inscripteur. Ces mêmes sondes pourront être introduites à l'intérieur de gros troncs artériels, si l'on opère sur de grands animaux comme le cheval ou le bœuf. Enfin, dans les artères de plus petit calibre, quand on ne peut plus introduire dans le vaisseau l'appareil explorateur de la pression, on procède d'une manière inverse, et l'on fait arriver le sang de l'artère dans l'appareil manométrique suivant l'ancien procédé de Haies et de Poiseuille, depuis longtemps classique en physiologie.

Expérience manométrique sur le cheval.

On constate que, dans le ventricule, la pression passe par des degrés extrêmes, s'élevant parfois à 20 ou 25 centimètres de mercure pendant l'effort du muscle cardiaque, et tombant à

1. Cette diminution de pression correspond à ce que les hydrauliciens appellent joerie de c/iar^e des liquides dans les conduites; la perte est proportionnelle aux longueui's et aux racines carrées des sections des conduites.

2. Pour la description de ces instruments^ voir IV" partie, chap. ii.

PRESSION DANS LE CŒUR ET DANS L'aORTE. 271

zéro et parfois au-dessous^ dans les phases de relâchement du muscle.

Dans les grosses artères, la pression est identique à celle du ■ventricule, au moment où le sang sort du cœur; mais, pendant le relâchement du cœur, la pression artérielle ne subit pas la chute profonde qui vient d'être signalée pour le ventricule; cela tient à l'existence de soupapes ou valvules qui empêchent le sang artériel de rétrograder dans le cœur. Le sang est donc poussé dans un système de conduits élastiques, d'où il ne peut s'écouler que graduellement, par les voies étroites et lointaines du système capillaire.

L'içlentité de la pression maximum du sang dans les artères el dans le ventricule se prouve expérimentalement de la manière suivante : on introduit par l'artère carotide d'un cheval une sonde manométrique qui, traversant l'aorte, pénètre dans le ventricule gauche ^. En faisant passer la sonde du ventricule dans l'aorte et réciproquement, on obtient des indications comparatives de la pression dans ces deux points du système circulatoire, indications d'autant plus sûres qu'elles sont faites au même instant et avec le même instrument.

Rappoi'ts de la pression ventriculaire gauche à la pression aortique.

Voici les détails de cette expérience qui est d'une importance capitale en physiologie :

Deux sondes cardiaques de même sensibilité étaient plongées l'une dans le ventricule gauche (elle avait passé par la carotide et l'aorte), et l'autre dans l'aorte. La première donnait (fig. 136) le tracé n" 1,1a seconde le tracé n°2 que j'ai souvent désigné sous le nom de pouls aortique. Vers le milieu de l'expérience, on retire la sonde ventriculaire; on. voit alors la pression s'élever soudainement en a, ce qui provient de ce que, d'un ventricule relâché où la pression est presque nulle, la sonde passe dans l'aorte où le sang,

1. Celte chute au-dessous de zéro tient à l'aspiration que l'élasticité pulmonaire produit dans la poitrine; on la constate au moyen de la sonde à pressions négatives, dont il sera question plus tard.

2. Cette sonde peut s'engager à travers les lèvres de la valvule sans en troubler la fonction.

retenu parles valvules sigmoïdes, garde une pression élevée qui ne décroît que lentement par l'écoulement qui se fait à travers les petits vaisseaux.

La pression aortique se relève au moment b jusqu'en c, par suite d'une nouvelle arrivée de sang du ventricule. Une courbe ponctuée, rappelant les différentes variations de la pression du ventricule gauche, montre que la pression est sensiblement la même dans le ventricule et dans l'aorte pendant les maxima de l'eftbrt systolique du ventricule, tandis que, dans ces deux régions, elle diffère beaucoup pendant la phase diaslolique du ventricule.

Cette différence et cette ressemblance alternatives entre les

Fig. 136, Comparaison de la pression du sang dans la ventricule gauche et dans l'aorte.

pressions cardiaque et artérielle proviennent, avons-nous dil, j e de ce que l'aorte et le ventricule sont tantôt en large communi- j cation, tantôt entièrement séparés l'un de l'autre par les valvules ■ sigmoïdes. C'est ainsi que, dans le cylindre d'une pompe, la : pression peut être très-fortement négative pendant que le cylindre s'emplit, tandis que le conduit qui en émane garde toujours une pression positive, grâce à la soupape qui le ferme au moment de l'aspiration. Dans l'instant où la pompe chasse le liquide dans le tube, la pression est positive, aussi bien dans le cylindre i que dans le tuyau, parce que ces cavités sont en large communi- \ cation l'une avec l'autre.

Page 1