PRESSION ET VITESSE DU SANG
de l'autre', on conçoit que les arcs de cercle ainsi tracés à titre de repères aient leurs centres orientés en sens inverse l'un de l'autre.
Nous voyons que, au début de chaque pulsation, il se produit synchroniquement un brusque accroissement de la vitesse et que la chute de pression qui suit la phase systolique du pouls s'accompagne d'une décroissance de la vitesse ; on doit même remarquer que la diminution de vitesse se produit déjà quand la pression est à son maximum. En suivant dans l'une et l'autre
' 1 ff,^
rs
Fig. 198. V, Vitesse du sang clans la carotide il'un ilieval; G, zéro de la combe des vitesses; P, pression dans le même vaisseau, inscrite en même temps que la vitesse, pour permettre la comparaison des deux courbes.
courbes les ondulations successives qui constituent les dicrotismes, nous constatons la coïncidence de ces ondulations et trouvons dans cette coïncidence la preuve que des courants sanguins à direction centrifuge président à chacune des élévations que présente la pression du sang dans chaque pulsation.
Dans le tracé des vitesses, une ligne ponctuée 0 correspond au zéro, c'est-à-dire à l'immobilité du sang dans le vaisseau. Or cette ligne est dépassée par en dessous après chacune des grandes accélérations systoliques. Est-ce à dire qu'à ces instants le sang rétrograde en réalité ? J'ai quelques raisons de croire que cette rétrogradation tient à l'inertie de l'aiguille, car je ne l'ai pas rencontrée en me servant d'un hémodromographe construit sur un autre principe et formé de deux manomètres différentiels. (Voyez p. 236.)
]. Cette disposition des plumes a été abandonnée depuis par Chauveau, qui transmet la pression et la vitesse du sano- à deux tambours à levier ordinaires.
Enfin, on doit noter que sauf la rétrogradation passagère qui vient d'être signalée, l'aiguille accuse toujours un certain degré de vitesse du sang, d'où cette conclusion que dans une artère vivante, le cours du sang est continu et saccadé, comme on le voit dans le jet que fournit une artère coupée.
Des relations que présentent la vitesse et la pression du sang.
Depuis que l'emploi du manomètre permet de mesurer avec précision cette force impulsive du sang, tous les physiologistes expérimentateurs appliquent, à chaque instant, ces instruments. Ainsi, chaque fois qu'on étudie l'action des nerfs sur les mouvements du cœur, c'est le manomètre qu'on interroge ; c'est à lui aussi qu'on demande l'indication des effets que la respiration produit sur la circulation artérielle ; c'est encore lui qui, depuis la découverte des nerfs vaso-moteurs, doit renseigner sur l'état de la circulation capillaire.
Or, pour l'interprétation des mesures manométriques, on oublie trop souvent que la pression du sang dans les artères est soumise à deux influences antagonistes : d'une part, à Vaction impulsive du cœur qui pousse le sang avec plus ou moins de force ; d'autre part, à Vaction modératrice des petits vaisseaux qui, suivant leur resserrement plus ou moins énergique, retiennent le sang dans les artères ou le laissent facilement passer dans les veines.
Chaque fois qu'il constate une variation dans la hauteur du manomètre appliqué sur une artère, l'expérimentateur doit se demander quel est celui des deux facteurs de la tension artérielle qui a varié, ou bien si les deux facteurs, la puissance et la résistance, ont été modifiés à la fois. En l'absence d'un critérium qui permette de trancher en toute sûreté cette question litigieuse, bien souvent les physiologistes ont choisi l'hypothèse qui s'accordait le mieux avec leurs idées préconçues.
Le manomètre, à lui tout seul, ne saurait nous renseigner sur l'ensemble des conditions de la circulation du sang.
Une comparaison familière rendra bien compte de la difficulté que présente l'interprétation des changements de la pression artérielle.
Si l'on apprend que le niveau d'une rivière s'est élevé, on ne
PRESSION ET VITESSE DU SANG. 379 peut pas, d'après ce renseignement tout seul, savoir si la crue est produite par des pluies abondantes qui ont versé plus d'eau dans la rivière ou si cette crue est l'effet d'un barrage placé en aval du cours de l'eau. Pour juger de ce qui s'est produit, il faut encore savoir si le courant est devenu plus rapide, ou s'il s'est ralenti. Un accroissement simultané de la vitesse et delà hauteur des eaux tient à un afflux plus considérable ; mais si la crue s'accompagne de ralentissement du courant, c'est qu'un barrage existe en aval.
Les conditions sont les mêmes dans la circulation du sang artériel : ici, la pression du sang correspond à la hauteur du niveau, La connaissance des changements de pression, à elle seule, ne suffit pas pour déterminer l'état circulatoire; mais si l'on connaît à .la fois la vitesse et la pression du sang, en les inscrivant toutes deux, on a tous les éléments de la solution du problème. Lorsque le double tracé montre que la vitesse et la pression ont varié dans le même sens, c'est en amont du point observé, c'està-dire dans un changement de la force du cœur qu'il faut chercher la cause de cette double variation.
Mais si la pression et la vitesse varient en sens inverse l'une de l'autre, c'est en aval, c'est-à-dire dans les petits vaisseaux, qu'il s'est produit un changement. La figure 199 montre un double tracé
Fif?. 199. Pression c\ vitesse du sang dans une artère du schéma; on comprime le vaisseau en aval de l'appareil
de la vitesse et de la pression ; on y voit que la courbe des vitesses V s'abaisse, tandis que celle des pressions P s'élève ; c'est donc un obstacle à l'écoulement du sang qui s'était produit dans ce cas.
J'ai résumé, dans le tableau suivant, les différentes conditions de force du cœur ou de résistance des vaisseaux qui peuvent se présenter dans la circulation. On connaîtra l'état de la circulation du sang lorsqu'il sera déterminé par ses deux facteurs : la pression et la vitesse.