‹ La mthode graphique dans les sciences exprimentales et principalement en physiologie et en mdecineChapitre 275 sur 284 · PHOTOGRAPHIES A COURTS INTERVALLES · texte numérisé non relu

PHOTOGRAPHIES A COURTS INTERVALLES

sivement tous ces objectifs au moyen d'un disque fenêtré qui tourne très rapidement. M. Londe m'a montré un appareil de ce genre qu'il a imaginé, et M. Muybridge, de son côté, m'a envoyé les dessins d'un instrument semblable.

Dans son instrument, M. Londe a donné au disque tournant qui démasque successivement les différents objectifs une vitesse insuffisante pour prendre des images à très courts intervalles. J'en ai fait construire un du même genre dans lequel les six images sont prises en 1/10 de seconde : l'intervalle de temps qui s'écoule entre chacune d'elles est donc de 1/60 de seconde et, comme l'ouverture qui laisse passer la lumière n'est que d'un centième de la circonférence du disque, le temps de pose pour chaque image n'est que d'un millième de seconde \

Cet appareil est spécialement destiné à étudier les phases d'un mouvement très rapide exécuté sur place par un homme ou par un animal; les mouvements accompagnés de translation du corps sont plus facilement analysés par une méthode qui sera

Fig. 15. Une série de silhouettes obtenues à de très courts intervalles, au moyen de l'appareil à six objectifs. L'homme qui lance une pierre présente des attitudes différentes du bras, et la pierre elle-même se déplace d'une image à l'autre. (La partie inférieure du corps était cachée par une balustrade; on l'a supprimée dans la figure.)

décrite tout à l'heure.. Mais si nous considérons par exemple l'acte de lancer une pierre, l'homme dont on prend l'image reste en place au-devant de l'appareil ; son bras seul est animé d'un mouvement rapide dont il s'agit de déterminer les phases. La

1. Une grande difficulté se présentait dans la construction de cet instrument : c'est de ne laisser arriver la lumière qu'une fois dfins cliacun des six objectifs. Pour cela, un obturateur spécial doit s'ouvrir, à un instant donné de la rotation du disque, rester ouvert pendant un tour complet de celui-ci et se fermer à la fin de ce tour. C'est au moyen de l'air comprimé et en serrant une poire en caoutchouc que l'on produit l'entraînement de cet obturateur par le disque et sa clôture après une révolution du disque. L'extrême vitesse des pièces qui se rencontrent donne lieu à un choc violent et compromettra certainement la durée de l'instrument.

MÉTHODE GRAPHIQUE

figure 15 montre une série de silhouettes ainsi obtenues. Ces images, découpées sur le papier, ont été disposées en série linéaire, de façon à bien montrer les changements d'attitude à des instants successifs. La pierre qui, dans la première silhouette (en commençant par la gauche), vient de s'échapper de la main, se trouve de plus en plus haut dans les images suivantes. En même temps, la main se ferme, le bras se porte de plus en plus à gauche et finit par être entièrement derrière la tête.

Images successives obteoues, avec un seul objectif, sur une même plaque immobile.

Dans toutes les expériences qui viennent d'être décrites, les images obtenues sont indépendantes les unes des autres ; si l'on en veut tirer la connaissance des mouvements d'un animal, il faut, en s'aidant de repères analogues aux lignes numérotées de M. Muybridge, échelonner ces figures en série et les imbriquer pour ainsi dire, de sorte que chacune d'elles occupe, sur le papier, la place qui correspond à celle que l'animal occupait dans l'espace à l'instant où il a été photographié. Il m'a paru fort utile d'éviter ce travail long et minutieux. J'y suis arrivé par la méthode suivante.

On braque l'appareil photographique en face d'un écran noir, et devant cet écran on fait passer un homme vêtu de blanc, un animal, un objet quelconque, blanchis et vivement éclairés par le soleil. Pendant ce temps, un appareil rotatif laisse passer la lumière à des intervalles réguliers; à chaque admission de la lumière, une image se forme sur la glace sensible, en des points différents.

On conçoit, en effet, que l'appareil photographique puisse être ouvert en face d'un écran noir sans que la plaque en reçoive d'impression. A un moment donné, faisons apparaître devant un point de cet écran un homme vêtu de blanc et fortement éclairé ; une image se produira sur la glace. Fermons alors l'appareil et plaçons l'homme devant l'écran, mais en un autre endroit; une autre image pourra être produite encore sans se confondre avec la première, car le déplacement de l'homme aura amené son image en un endroit de la plaque où la lumière n'a pas encore agi. Le rôle de l'interrupteur rotatif est justement

PHOTOGRAPI-IIES SUR CHAMP NOIR.

de laisser au marcheur le temps de changer de place entre deux photographies successives, et de faire que ces images se trouvent séparées les unes des autres par un espace précisément proportionnel au chemin parcouru par le marcheur entre deux admissions successives de la lumière, c'est-à-dire en 1/10 de seconde.

Fig. 16. Marcheur Tèurde blanr passant devant l'écran noir. (Fig. empruntée au journal la Nature.)

Mais un écran noir éclairé par le soleil réfléchit toujours une certaine quantité de lumière, de sorte que la plaque est notablement impressionnée par les actions successives de cette lumière réfléchie par l'écran à chaque ouverture de l'appareil. Afin d'avoir un champ tout à fait obscur, j'ai dû recourir au procédé indiqué par M. Ghevreul pour obtenir le noir absolu. Une espèce de han-

MÉTHODE GRAPHIQUE

gar large et profond est peint à l'intérieur avec du noir de fumée*; le sol, le toit et les parois sont noircis de la même manière ; enfin, on oriente cette cavité de telle sorte que la lumière solaire n'y pénètre pas, tandis qu'elle éclaire le marcheur.

Jusqu'ici, je n'avais pu disposer que d'écrans imparfaits; mais je viens de réaliser, grâce au concours de l'État et de la Ville de

Paris, une installation appropriée à ce genre d'expériences et à toutes les études relatives à la mécanique animale ^

On a représenté (fig. 16) un homme vêtu de blanc marchant devant l'écran noir. En bas du terrain sur lequel se fait la marche

1. J'ai introduit récemment dans celte disposition un perfectionnement qui consiste à doubler de velours noir le fond du hangar : cela donne au champ une obscurité absolue.

2. Voir, pour la description de la Station physiologique du Parc-des-Princes, la Nature, n"' 536 et 539.

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