‹ La mthode graphique dans les sciences exprimentales et principalement en physiologie et en mdecineChapitre 51 sur 284 · INSCRIPTION DES CHANGEMENTS DE POSITION DES CORPS · texte numérisé non relu

INSCRIPTION DES CHANGEMENTS DE POSITION DES CORPS

Déplacements intermittents des corps; empreintes des pas; photographies de position» alternatives. — Déplacements continus, trajectoire d'un corps. — Machine inscrivant ses propres mouvements. — Verges de Wheatstone; expériences de Kœnig et de Lissajous; machine de Tisley. — Pantographe. — Transmission des mouvements à distance.

Ce qui frappe d'abord dans un mouvement, c'est le caractère de discontinuité ou de continuité qu'il présente en certains cas. Les mouvements exécutés par les animaux offrent ces deux types différents: ainsi, dans la locomotion terrestre, les pieds des animaux présentent des alternatives de repos et de mouvement, tandis que dans le vol ou dans la natation, on ne trouve pas ces phases d'immoblilité passagère des organes locomoteurs.

Intermittents ou continus, les mouvements des animaux laissent ' pai'fois des traces de leur passage; cette sorte d'inscription naturelle ne doit pas être négligée.

Déplacements intermittents.

Lorsqu'un animal marche sur un terrain sablonneux ou détrempé, il y laisse les empreintes de ses pas. D'après ces traces, le chasseur sait reconnaître l'espèce de l'animal, il en apprécie le poids et la taille, il en suit les allées et venues, il devrait même, d'après les positions relatives des empreintes de chaque pied, reconnaître à quelle allure une piste a été parcourue. La science peut, en effet, pousser très-loin l'interprétation de semblables empreintes.

Quand elles ont été faites sur un sol favorable à leur conservalion, les empreintes se sont parfois transmises à travers les périodes géologiques. Telle espèce animale aujourd'hui disparue, n'a laissé d'autres souvenirs que la trace de ses pas; or cette trace, soumise à une étude scientifique, révèle non-seulement les caractères anatomiques de l'animal qui l'a fournie, mais encore certains détails très-importants sur les mouvements plus ou moins rapides qu'il exécutait, sur la succession des appuis de ses pieds, sur le nombre des allures auxquelles il pouvait marcher el courir.

Dans les écoles vétérinaires, où l'on a étudié tout spécialement les empreintes du cheval, on a vu que, d'après la position relative des pieds sur le sol, on peut juger de la taille d'un cheval, savoir s'il allait au pas, au trot ou au galop; enfin si son allure était lente ou précipitée. Que le géologue acquière l'habitude d'interpréter à ce point de vue la signification des empreintes, et il en tirera de précieuses notions sur les aptitudes physiologiques des animaux disparus.

Pour donner une idée de cette intéressante étude, nous représentons, figure 52, les pistes d'un cheval à différentes allures. Un coup d'oeil suffit pour faire voir que les positions relatives qu'affectent les empreintes des pieds, diffèrent les unes des autres et suffisent à faire distinguer empiriquement à quelles allures elles ont été formées.

Une analyse • raisonnée de ces différents types serait plus instructive, car elle nous permettrait de connaître le rôle de chacun des pieds dans la production des empreintes; elle évoquerait devant notre esprit l'image de l'animal, nous le montrant dans la série des attitudes où ces différentes empreintes ont été produites.

C'est à certaines particularités de la ferrure qu'on distingue l'empreinte de chacun des quatre pieds du cheval. Lenoble du Teil, à qui nous empruntons les pistes représentées dans la figure 52, caractérise les pieds d'arrière par des crampons divergents à, la partie postérieure, tandis que les pieds antérieurs n'ont pas de crampons. Les pieds du côté droit laissent leur empreinte sur une ligne, ceux du côté gauche sur une autre ligne parallèle à la première, mais située à sa gauche.

Ces désignations ne suffisent pas encore; un cheval qui marche au pas ordinaire ne laisse que l'empreinte de ses pieds d'arrière

Fig. 52. Pistes du cheval à ililTérentes allures.

qui prennent exactement la place de ceux d'avant. Cette superposition des deux empreintes est exprimée par M. Lenoble du Teil au moyen d'un signe mixte iî, qui présente à la fois une branche

Empreinte d'un pied antérieur dans la notation des pistes.

Empreinte d'un pied postérieur.

Ç 2 OoxMe empreinte formée par la superposition d'un pied postérieur sur la piste de l'antérieur.

simple comme les'fers d'avant et une branche à crampon comme ceux d'arrière.

Ceci posé, on voit que la piste du pas se caractérise par la superposition parfaite des empreintes d'arrière sur celles du pied antérieur du même côté ; que, dans cette allure, l'empreinte des pieds droits se place exactement au milieu de la distance laissée libre par deux empreintes successives des pieds de gauche et réciproquement.

Quand le cheval marche en liberté, ou quand le cavalier, rendant la main, laisse un peu s'abaisser l'encolure, les empreintes changent d'aspect et l'on voit le pied d'arrière s'appuyer en avant de l'empreinte laissée par le pied antérieur correspondant. C'est le pas allongé, d'après l'auteur que nous venons de citer.

Une position du pied postérieur encore plus en avant de l'empreinte antérieure correspond à Ventre-pas.

Le pas rompu laisse des empreintes équidistantes, c'est-à-dire que si, par chacune des empreintes, on faisait passer une hgne transversale ou perpendiculaire au sens de la maixhe, ces lignes seraient équidistantes. Enfin, Vamble laisse des empreintes dans lesquelles les pieds d'un bipède diagonal ont leurs traces plus rapprochées que les pieds d'un bipède latéral.

Dans la piste du irot, les empreintes tendent à prendre les mêmes positions relatives que dans le pas rompu, avec cette différence, que le pied antérieur laissera sa trace en avant du postérieur.

Le galop se caractérise par une curieuse dissymétrie des empreintes. Dans le galop à droite, par exemple, celles de droite sont distinctes, et celles de gauche superposées. L'inverse se produit si le galop change de pied.

Ces déterminations des positions diverses que prennent sur le

PISTEâ D'ANIMAUX FOSSILES. 121

terrain les différents pieds de l'animal s'éclairent beaucoup lors- (fue l'on considère la succession de ces mouvements dans le temps, c'est-à-dire le rhythme des battues dont il sera question plus tard. Il ne s'agissait ici que de montrer que la détermination des changements de lieu présente, à elle seule, de l'impoi'tance, et dans le cas géologique dont nous parlions tout à l'heure, le changement de lieu est le seul élément qui reste à l'observateur.

Il y a, en général, peu de difficulté à distinguer sur les animaux non ferrés, les empreintes d'arrière de celles d'avant, celles des pieds droits de celles des pieds gauches. Avec un peu d'habitude on arrive vite à cette distinction.Pour l'acquérir, on peut s'exercer sur le chien.

Les empreintes du chien diffèrent peu de celles du cheval, au point de vue de la position des appuis à différentes allures ; toute- Cois on observe, dans le galop, une plus grande obliquité de l'axe du corps de l'animal, d'où la dissociation des quatre empreintes. On obtient aisément la trace des appuis en faisant marcher d'abord le chien dans l'eau, puis sur une surface sèche et unie, celle d'un trottoir par exemple.

Ceux qui ne sont pas familiers avec ce genre d'étude peuvent humecter les pattes de liquides diversement colorés : cela rend la distinction des empreintes extrêmement facile. De petits insectes laissent une trace fort nette des appuis de leurs pattes, lorsqu'ils ont marché sur une surface couverte de noir de fumée.

Pistes d'animaux fossiles.

Dans un intéressant article, Stanislas Meunier * reproduit l'aspect d'empreintes laissées sur le sol par un certain nombre d'espèces animales entièrement disparues. On y voit des pistes produites par des oiseaux, et l'on constate que ceux-ci marchaient par appuis alternatifs des pieds, et non par une série de sauts à la façon des passereaux.

Ailleurs, les empreintes se rapportent aux pas du Cheirotherium. Nous reproduisons, figure 53, une piste attribuée à une tortue terrestre. On y voit, sur deux lignes parallèles, les empreintes des pieds droits et gauches. La disposition de ces empreintes par groupes

]. La Nature, 1876, p. 282.

■de deux s'accorde avec l'allure du pas delà tortue; pas raccourci, dans lequel les empreintes des pieds d'arrière ne recouvrent pas

•celles des pieds antérieurs. Toutefois, ni dans l'écartement des pistes de droite et de gauche, ni dans la forme des empreintes, nous ne reconnaissons les caractères des pistes des tortues actuellement existantes.

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