‹ La mthode graphique dans les sciences exprimentales et principalement en physiologie et en mdecineChapitre 9 sur 284 · EXPLICATION DE LA FIGURE · texte numérisé non relu

EXPLICATION DE LA FIGURE

Lorsqu'on place la figure devant soi, on lit à gauche, sur l'axe des ordonnées, la série des stations, c'est-à-dire les divisions de l'espace à parcourir; l'écartement des stations entre elles est, sur le papier, proportionnel aux distances kilométriques qui les séparent.

Dans le sens horizontal, c'est-à-dire sur l'axe des abscisses, sont comptées les divisions du temps en heures, partagées ellesmêmes en subdivisions de dix minutes chacune. La largeur du tableau est telle, que les vingt-quatre heures du jour y sont représentées, commençant à six heures du matin et finissant le lendemain à la môme heure.

Si l'on voulait exprimer qu'un train est sur un- certain point de la ligne à une certaine heure, on pointerait sa position sur le'tableau, en face de la station ou du point quelconque de la ligne qu'il occupe, et sur la division du temps convenablement choisie. Un seul point du tableau satisfait à ces conditions. A des instants successifs, le train occupera des points toujours différents du tableau; la série de ces points donnera naissance à une ligne qui sera descendante et oblique de gauche à droite pour les trains venant de Paris, tandis qu'elle sera ascendante et oblique dans le même sens pour les trains montant sur Paris.

La ligne qui correspond à chacun des trains exprime : les heures de départ et d'arrivée, les vitesses relatives et absolues des trains, l'instant des passages à chacune des stations, et la durée des arrêts.

En effet, si nous considérons un train en particulier, nous voyons que de la station de Paris, un train part à onze heures

du matin ; si nous suivons ce train dans sa marche, nous constatons qu'il subit sept arrêts (pendant lesquels il ne se déplace plus suivant l'espace, mais seulement suivant le temps). Ces arrêts se traduisent par la direction horizontale de la ligne en face de la station où ils se produisent; la longueur de cette ligne horizontale mesure la durée de l'ari'êt. La ligne du train, suivie jusqu'à la fin, montre que l'arrivée se fait à dix heures dix minutes après midi; or si l'on compte les parcours sur l'axe des ordonnées, on voit que 512 kilomètres ont été parcourus en onze heures dix minutes, arrêts compris, ce qui fait une vitesse moyenne d'environ 46 kilomètres à l'heure.

On voit de même que le train partant de Lyon à six heures cinquante-cinq minutes du matin arrive à Paris à six heures du soir. Cette ligne croise celle que nous venons de décrire entre les stations de Tonnerre et de Laroche; en ce point a lieu le croisement de l'express qui monte avec celui qui descend. Les vitesses relatives de tous les trains sont faciles à saisir du premier coup d'œil, d'après l'inclinaison des lignes qui représentent la marche de chacun. Plus cette marche est rapide, plus la ligne qui l'exprime s'approche de la verticalité. De plus, on a représenté par des traits plus forts les trains à marche rapide.

Nous engageons le lecteur à étudier ,avec soin ce tableau ; il verra que la complication n'y est qu'apparente et qu'après quelques instants d'exercice tout se comprend aisément. Une fois familiarisé avec ce mode d'expression d'une série de mouvements de tous sens et de toutes vitesses, il ne trouvera plus de difficulté à analyser les courbes généralement beaucoup plus simples qui se présenteront à l'avenir.

Mouvements lents. — Accroissement de la taille et du poids de l'enfant à différents âges.

Pour bien montrer que les courbes de mouvements s'étendent à toutes les vitesses possibles , nous aUons rapprocher de l'exemple précédent le cas d'un mouvement tellement lent qu'on ne le saurait saisir que par des observations très-éloignées les unes des autres. L'accroissement des enfants est étudié en France, avec beaucoup de soin depuis une vingtaine d'années, et l'on constate aisément que sur ces petits êtres l'état de santé

ACCROISSEMENTS DE LA TAILLE. 23 OU de maladie, l'influence d'un bon ou d'un mauvais régime, se traduisent par des accélérations ou des ralentissements de la croissance. Celle-ci, dans les maladies passagères, s'arrête quelquefois tout à fait. Quant au poids des enfants, il subit des variations plus grandes encore, puisqu'il peut, non-seulement s'accroître avec plus de lenteur pendant les maladies, mais diminuer et présenter une rétrogradation de la courbe qui l'exprime. En 1871 Quetelet a publié sous le titre d'Anthropométrie* un

Fig. 8. Courbe de l'accroissement moyen de la taille suivant les âges, d'après l'Anthropométrie de Quételet.

livre auquel nous empruntons la courbe suivante (fig. 8). Elle correspond à l'accroissement moyen de la taille de l'homme depuis la naissance jusqu'à la vingtième année.

Par une extrapolation de la courbe, l'auteur a montré que l'accroissement le plus rapide correspond à la vie intra-utérine ; puis que la première année de la vie donne l'accroissement le plus prononcé ; que la croissance diminue rapidement vers la cinquième année et atteint une valeur uniforme qu'elle conserve jus-

1. Anthropométrie ou mesure des différentes facultés de l'homme, par Ad. Quetelet, directeur de l'Observatoire de Bruxelles, 1871. Les premières publications de Quetelet sur ce sujet sont bien antérieures à cette date ; elles remontent à peu près à 1835.

qu'aux environs de la dix-neuvième, époque où l'accroissement diminue d'une façon rapide et s'arrête bientôt.

Cette figure présente avec la précédente une ressemblance parfaite, quant au mode d'expression d'un accroissement. Dans un cas, il est vrai, c'est l'espace franchi par la marche rapide d'un train que l'on mesure; dans l'autre, c'est l'espace lentement parcouru par le sommet de la tête d'un enfant qui grandit. De part et d'autre, les temps se comptent sur l'axe des x; ce seront dans un cas des minutes, et dans l'autre des années, de même que les chemins seront tantôt des kilomètres et tantôt des millimètres, mais se mesureront dans toutes les courbes sur l'axe des y.

Du reste, les courbes d'accroissement de la taille prennent un intérêt particulier lorsqu'elles sont construites sur une plus grande échelle, c'est-à-dire quand elles correspondent à de moins longues durées. Mon collègue et ami regretté, le professeur P. Lorain, pénétré de l'importance de la méthode graphique en hygiène comme en médecine, avait l'habitude de dresser la courbe de l'accroissement de la taille et du poids de ses enfants; il avait engagé plusieurs de ses clients à suivre son exemple. On pouvait ainsi constater aux inflexions des courbes obtenues que la moindre influence retentit sur le développement des enfants, le ralentit ou l'arrête. Dans la courbe de Jean Lorain, né le 13 novembre 1868, on a réuni (fig. 9) l'expression de l'accroissement de la taille et celle de l'augmentation du poids. Des inflexions légères indiquent sur ces courbes que le développement de l'enfant éprouve des variations. La plus curieuse s'observe dans le second mois et se traduit différemment dans l'une et l'autre courbe. Le 11 décembre, l'enfant fut vacciné, il en résulta une indisposition légère qui arrêta la croissance et rendit plus lente l'augmentation, du poids; mais le 13 une pneumonie survint qui mit l'enfant en danger de mort; le poids diminua de quatre cents grammes en douze jours tandis que la taille demeurait stationnaii'e; puis, la maladie passée, les deux courbes reprirent leur marche ascendante. Entre le 20 et le 27 du mois de janvier on vit un accroissement de la taille correspondant à trois centimètres; il semble que paur une semaine une telle croissance soit exagérée; tout porte à croire qu'une erreur aura été commise dans cette mensuration.

Pendant la période de l'éruption des dents, de légers ralentissements se sont observés également dans l'accroissement du poids

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