‹ La multiple splendeur, poèmesChapitre 14 sur 22 · LÀ VIE · texte numérisé non relu

LÀ VIE

Il faut admirer tout pour s'exalter soi-même Et se dresser plus haut que ceux qui ont vécu De coupable souffrance et de désirs vaincus : L'âpre réalité formidable et suprême Distille une assez roug-e et tonique liqueur Pour s'en griser la tête et s'en brûler le cœur.

0 cleiir et pur froment d'où l'on chasse l'ivraie !

Flamme nette, choisie entre mille flambeaux

D'un légendaire éclat, mais d'un prestige faux !

Dites, marquer son pas dans l'existence vraie,

Par un chemin ardu vers un lointain accueil.

N'ayant d'autre arme au front que son lucide orgueil !

Marcher dans sa fierté et dans sa confiance, Droit à l'obstacle, avec l'espoir très entêté De le réduire, à coups précis de volonté, D'intellig-ence prompte ou d'ample patience Et de sentir croître et g-randir le sentiment D'être, de jour en jour, plus fort, superbement.

Aimer avec ferveur soi-même en tous les autres Qui s'exaltent de même en de mêmes combats Vers le même avenir dont on entend le pas; Aimer leur cœur et leur cerveau pareils aux vôtres Parce qu'ils ont soufPert, en des jours noirs et fous, Même ang-oisse, môme affre et même deuil que vous.

Et s'enivrer si fort de l'humaine bataille — Pâle et flottant reflet des monstrueux assauts Ou des groupements d'or des étoiles, là-haut — Qu'on vit en tout ce qui ag-it, lutte ou tressaille Et qu'on accepte avidement, le cœur ouvert, L'âpre et terrible loi qui régit l'univers.

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