‹ La muse à BibiChapitre 28 sur 40 · PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

PHILOSOPHIE

Je suis un pauvre bougre et je m'en contrefiche- Ça doit être souvent emmiellant d'être riche. D*abord, dès sa jeunesse^ ayant toujours été Un douillard^ être pris par la satiété.

Et, comme on peut avoir tout ce que Ton désire. S'apercevoir qu'en soi le désir même expire, Et que» dans votre cœur lassé, blasé de tout. Il ne vous reste rien qu'un immense dégoût;

— En un mot se sentir vieux à vingt ans, à trente Caduc, et n'adorer qu'une chose : la Rente;

— N'avoir d'autre souci, tant on est cousu d'or. Que d'acheter pour vendre et racheter encor; —

— Ne connaître jamais la circonstance heureuse De la dèche battue avec une amoureuse

Qui montre, en éclatant d'un beau rire argentin.

Sous sa robe de laine une peau de satin,

Qui ne vous compte pas lés baisers, et grignote

Du pain dur, sans que ça lui casse une quenotte;

Mais être condamné, jeune aussi bien que vieux,

Au rôle peu flatteur de miche sérieux,

Et quand, vous jurant une éternelle tendresse.

Une belle petite avec art vous caresse.

Toujours songer^ pour peu qu'on soit intelligent : « Je suis gobé, mais c*est^ hélas ! pour mon argent. Non pour moi-même; » puis^ douter des mains qu*on

fserre, A tous les compliments se dire : a Est-ce sincère ? » Et, lorsque quelqu^un vous attribue un bon mot, Penser : c Si j'étais pauvre on me trouverait sot ; » — N'avoir que des flatteurs et que des pique-assiettes Ayant chez vous, comme au restaurant, leurs serviettes» Et qui, venus afin de faire un bon repas.

Vous encensent tout haut et vous bêchent tout bas; — - Et, comme vous n'avez jamais eu de maîtresse Véritable, si votre humeur un jour vous presse De prendre femme, au lieu de pouvoir en choisir Une qui soit vraiment suivant votre désir.

Une que vous trouviez douce, aimable et girondo* Pour ne pas être mis à Tindex par le monde Marier vos écus avec d'autres écus, Et, forcément, grossir le nombre des cocus.

Ou faire tout au moins un très mauvais ménage ; S'il vous vient des enfants, les voir, dès leur jeune âge, Comme s*ils avaient un stigmate originel, Et se livrer à la paresse, à la débauche.

Se corrompre au contact du quibus paternel.

Sachant bien que quand vous passerez Tarmc à gauche. Ils trouveront de quoi rigpler amplement ; Vieillir ainsi, dans un atroce écœurement.

Plein de mépris pour les hommes ; enfin, quand l'heure Vient, quand vous comprenez que, malgré votre beurre, Faut vous en aller dans la boite aux dominos

Pioneer ad eeternum comme les camaros^ Se dire amèrement que les larmes versées Autour de vous sont des larmes intéressées, Et4]ue vos héritiers qui sanglotent si fort^ Sollicitent le ciel de hâter votre mort, — Toutes ces choses sont peu farces.

Je préfère De beaucoup n'être qu*un pauvre homme et, sans me Dfe bile, turbiner et vivre au jour le jour, [faire

Mais ne pas ignorer Pamitié ni l'amour; Boire dé temps en temps avec un camarade; Dans les bois de Clamart faire une promenade Avec une pierreuse à qui ça fait plaisir; Et, si jams^is je prends une femme, en choisir Une qui sur le dos porte sa garde-robe Tout entière, mais qui me gobe et que je gobe; Et, si j^entends chigner pendant ma crevaison, Etre certain que c'est des larmes pour de bon.

Bref, je ne porte guère aux gens riches envie; Et les pauvres, gagnant péniblement leur vie. Avec les plus braiseux ne voudraient pas changer. S'ils étaient seulement sûrs de toujours manger.

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