DIMANCHE DE PAUVRES
Avec son bourgeron des jours de fête, l'homme S^en va d'un pas allègre, et sa femme^ économe. Heureuse, fredonnant à mi-voix un refrain, Marche appuyée au bras qui lui gagne son pain. Un bambin blond, perché sur Tépaule du père, Raconte de là-haut, avec un grand mystère. Une histoire à Taîné, rieur, quoiqu'un peu las. Qui, d*une main traînant un rameau de liias.
Est accroché de Tautre aux >upes de sa mère.
A ces gueux, pour un jour, la vie est moins amère; Les enfants ont couru le long des verts sillons; Le plus petit connaît enfin les papillons; L*épouse, comme au temps de sa coquetterie, A voulu consulter les fleurs de la prairie ; — Même un bourgeois constate avec sévérité, En observant de loin le pauvre détesté.
Dont le plâtre en poussière ou le feu de la forge^ Durant Tâpre semaine a desséché la gorge, Qu*un peu de Thumble vin cher aux laborieux Lui chante dans le cœur et sourit dans ses yeux.
Certe, un pareil délit confond Tintelligence!
Eh ! bien^ moi, je me sens tout rempli d*indulgence,
Je le contemple avec des regards attendris^
Le visage vaillant de mon frère un peu gris^
Qui, demain avant l'aube, ayant repris sa chaîne,
Paîrason vin d*un jour desix longs jours de peine;
Je songe à sa vieillesse, à son avenir noir.
Pendant que, s*effiiçant dans les vapeurs du soir.
Le groupe disparaît, la robe à fleurs, la blouse,
Les petits tabliers; et que la nuit jalouse
Met un terme au plaisir furtif des malheureux.
Les remporte dans Tombre; — et qu*au loin, derrière eux
Se couche lentement le soleil des dimanches,
 l'autre bout du ciel, entre les maisons blanches.