MARIAGE CHINOIS
Dans un vieux magazine, N'ai-je pas lu qu'en Chine, Quand les parents venaient De mettre un fils en terre, Péri célibataire, Qu'aussi bien ils tenaient
Pour sur que cette vie D'une autre était suivie, Leur deuil était cruel ; D'autant plus que son ombre Allait souffrir d'un sombré Célibat éternel !
Alors, ces pauvres brutes, Sans perdre une minute, Pour conjurer le sort, Avisaient une morte, Qu'elle eût, en quelque sorte, A se conj oindre au mort.
Quant à la demoiselle, Ils répondaient pour elle.
— C'était bien suffisant En ladite occurrence — Disons-nous pas en France :
« Qui ne dit mot, consent ? »
C'est ainsi, tombes closes, Qu'on arrange les choses Chez ce peuple sournois.
Ah ! Seigneur de l'Espace !
Faites que je trépasse, Avant d'être Chinois !
Mourir, avec l'idée, Qu'une fois décédée, Au monde d'ici-bas, Ma pauvre âme damnée Se verrait condamnée A ne reposer pas !
MARIAGE CHINOIS. a53
0 chinoise amertume !
Etre un mari... posthume !
Je vous demande un peu...
Une femme qui tombe Tout à trac, dans ma tombe !
S'en dresse mon cheveu !
Et comme je suppose Que dans ce lieu morose, Qu'est la noire Cité, Il n'est pas de divorce, Jouir de cette entorse Pendant l'éternité !