‹ La muse au cabaretChapitre 11 sur 139 · ÉLOQUENCE PERDUE · texte numérisé non relu

ÉLOQUENCE PERDUE

Or, ce recteur hurla, tonna

Contre l'intempérance Qui sévit, dans ce pays-là,

Plus qu'autre part, en France.

La mer! qu'est-ce que vous voulez?...

Rien comme ça n'altère...

Et nos bons mathurins salés

Se dessalent à terre.

Sans entrer dans la lettre, ici,

De son réquisitoire, Il leur dit à peu près ceci,

Si j'ai bonne mémoire.

« Il avait vu dans les ruisseaux

Des gars, près de sa cure!

Se vautrer comme des pourceaux

Du troupeau d'Epicure ! . . .

■« Et que c'était se ravaler

Au-dessous de la brute, A ce point, que tel croit parler,

Qui seulement quirrute...

« Que l'ivrognerie, à coup sûr,

Est des vices le pire, A cause qu'il exerce sur

Les autres son empire...

■ï!x LA MUSE AU CABARET.

« Et d'ailleurs, qu'on ne devait pas,

Malgré la soif contraire, Boire en dehors de ses repas,

Si ce n'est de l'eau claire...

« Que si leur raison se noyait

En de sales guinguettes, En revanche, on ne les voyait

Jamais donner aux quêtes...

(( Enfin, qu'au lieu de dépenser Tout leur « décompte » à boire,

Ils feraient mieux le lui verser, Pour s'offrir un ciboire... »

Et patati, et patata...

Il parla sur ce thème, Trois quarts d'heure au moins, tempêta

Et lança l'anathcme;

En l'entrelardant de latin

Que l'on cuisine à Rome, Et citant du Saint Augustin

Avec du Saint Jérôme.

Or, tout près de moi, j'entendis,

Après cette tirade, Un de ces mathurins maudits

Dire à son camarade :

ÉLOQUENCE PERDUE. a5

« — Hein ! crois-tu qu'il s'est emballé,

Qu'en dis-tu, mon compère?

Tout de même, il a bien parlé..,

Allons donc prendre un verre. »

Page 1