‹ La muse au cabaretChapitre 120 sur 139 · SOUVENIR DE VOYAGE · texte numérisé non relu

SOUVENIR DE VOYAGE

A Paul Verola.

Nous étions, une année, en Suisse Un ami et moi, son complice, Ni plus ni moins que deux Anglais; Quand il nous prit la fantaisie Daller voir, en leur Valaisie, Ces messieurs crétins du Valais.

Un jour, donc, par un temps propice, Nous dévalions à Saint-Maurice. • Sis entre deux monts sourcilleux, Et le chef-lieu du crétinisme, Si l'on en croit ceux du tourisme.

Nous ne pouvions espérer mieux. )

■i-jQ LA MUSE AU CABAIIET.

Nous gagnâmes une guinguette,

Où déjà le patron nous guette,

En nous souhaitant « bon matin » :

a Ces messieurs dîneront, sans doute?.

Nous l'interrompîmes : « Ecoute!

Trouve-t-on ici des crétins? »

Mais lui, fixant comme une cible Nos deux visages impassibles, Hésita, craignant de choisir La réponse définitive, Qui ferait de nous ses convives, Ou nous déciderait à fuir.

Enfin, avec un bon sourire,

Il prit le parti de nous dire :

« Non, messieurs, non. — C'est malheureux! »

Fîmes-nous. « Oui, c'est bien dommage,

Car, désirant leur rendre hommage,

Nous n'étions venus que pour eux. »

Voilà notre homme fort en peine, Mais, de peur de perdre une aubaine, « Quoi, messieurs! c'est donc sérieux!.

Nous dit-il. « Eh bien! que je meure!

Si vous n'en voyez, tout à l'heure, Au moins un, des plus curieux. »

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