CONTE
A Jean Périer.
Était une fois un pauvre homme
Qui n'avait jamais bu de vin.
« Allons donc! » direz-vous. C'est comme
J'ai l'honneur... C'est bizarre! Enfin,
Il vivait quand même, il faut croire Bien que ce soit mourir un peu, A mon avis — de ne pas boire De ce joli Vin du Bon Dieu.
Or, un jour, disent les chroniques.
Son roi, vrai roi d'Eldorado, Fit dans les fontaines publiques Couler du pinard au lieu d'eau;
En jurant sur son diadème, Que celui qui n'en boirait pas, Jusque y compris le plus abstème, Serait pendu la tête en bas.
Il but donc du vin, le bonhomme, Gomme tout le monde. Et voilà Qu'en son pâle sang de pauvre homme Le rouge nectar circula.
Il but un verre, un second verre, Et que d'autres!... bien entendu. Songez qu'il avait fort à faire Pour rattraper le temps perdu.
Si bien qu'au fur et à mesure Qu'il buvait, il rajeunissait; Et, comme l'histoire l'assure, La sagesse alors lui poussait.
(( Oui, tu es une eau de Jouvence, 0 vin ! Étais-je assez niais — Disait-il — hélas ! quand je pense Qu'hier encor ie te niais !
« C'est toi la boisson merveilleuse Entre toutes. J'ajoute que Tu m'es cent fois plus précieuse Que mon bras gauche, N. de D...