‹ La muse au cabaretChapitre 28 sur 139 · UN APOTRE · texte numérisé non relu

UN APOTRE

Où tout de suite, il demanda

Je ne sais quel « brandy-soda »

Histoire de se mettre en verve :

« — Ladies et gentlemen — dit- il —

Qui buvez de cet alcool vil,

Quel sort l'avenir vous réserve !... q

Les clients, d'abord ahuris,

L'interrompirent par des cris :

« — Non... mon vieux... assez... qu'on le sorte

— Tu nous embêtes, mon garçon.

Là-dessus, sans plus de façon,

Le patron le mit à la porte.

<( Allons — pensa-t-il — j'ai gaffé.

Et puis, il changea de café.

Et certainement notre apôtre .

IV eut pas à le chercher bien loin, La Providence ayant pris soin De mettre un café près d'un autre.

Là, vidant « cocktail » sur cocktail.

Contre l'affreux poison mortel

Il reprit son réquisitoire.

Mais il fut derechef semé.

Et d'un pas déjà moins rythmé

Il dut autre part aller boire.

On le vit donc, de bar en bar, Faire le tour des boulevards, Sans pouvoir placer sa harangue; Cependant que des « gin », hideux, Des whisky combien hasardeux Empâtaient quelque peu sa langue.

Le soir, après un bon dîner,

Il résolut d'endoctriner

Divers cabarets de la Butte.

«J'espère — se dit-il — que là

Du moins, quelqu'un me comprendra.

A Montmartre on n'est pas des brutes.

Mais tôt il fut édifié.

Ces dames..., sexe sans pitié!

Dès qu'il avait ouvert la bouche,

— Son verre une fois absorbé —

Lui criaient : « Ta bouche, bébé !

A quelle heure est-ce qu'on te couche? »

Alors, il rentra dans Paris.

Et vous ne serez pas surpris, Si nous le retrouvons aux Halles, Toujours buvant, et pérorant, Devant un peuple indifférent A ses sottes mercuriales.

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