CETTE ANNÉE
Ce jour de l'an, un camarade Que je n'attendais du tout point, Vint me régaler d'une aubade, Et me dire à brûle-pourpoint :
« — Qu'est-ce que tu fais cette année i* Sur le même ton qu'il m'eût dit :
Quel est l'emploi de ta journée?
Ah ! la canaille ! le bandit !
Puis, réfléchissant qu'une année Est, hélas! sans nulle merci, Presque aussitôt morte que née, - Je lui répondis donc : « Voici :
Bien entendu, ma vieille branche, Nous laissons de côté Janvier, Qui n'est guère qu'un long dimanche. - Je commence par Février.
Or, en Février, j'ai la flemme.
Je ne saurais rien combiner,
C'est un mois trop^court. On n'a même
Pas le temps de se retourner.
En mars, si je bouge d'un pouce, C'est bien par curiosité; Je vais voir si la feuille pousse A l'arbre de la Liberté.
Mais quoi ! tous les ans, je constate Qu'il n'est toujours qu'un échalas.
En Avril, mon Dieu!... je me tâte Et j'attends les premiers lilas
De Mai. L'âpre désir me gagne, Alors, de fuir loin de Paris, Et de distraire à la campagne Si j'ose dire... mes esprits.
A ces fins, en juin, je consulte L'Indicateur, lequel, pour moi, Est comme une science occulte.
J'y renonce, et je me tiens coi.