CHANSON D'AUTOMNE
Qui me fiche autant de la gloire
Que d'un corset Vide, et suis né, comme l'on sait, Uniquement pour boire, Je bois !
Que si j'ose élever la voix
Dans le tumulte de la Vie, Ce n'est que pour Célébrer le Vin et l'Amour, Et l'amour de ma mie,
0 gué !
Encor suis-je bien fatigué !
Que d'autres chantent sur leur lyre Le doux Printemps,
C'est gentil quand on a vingt ans; Ce serait du délire A moi,
De m'emballer à son endroit.
Sans remonter au Moyen Age,
Ne vais-je pas Toucher,., encore quelques pas — A l'hiver de mon âge?...
Hélas !
Ce que c'est de nous, Babylas !
Un coq, chaque matin, me guette
« Fini, l'été !
Dit-il. — C'est temps, en vérité, De fermer ta brayette, Ponchon !
Ouvre ta cave, mon cochon î
« Tes dents, vrais haricots malades,
Fichent le camp, Au moindre vent" qui souffle, ou quand Tu manges des panades;
Et ton Crâne est plus chauve qu'un toton. »
Las I je cassais des clous, naguère, Avec mes dents.
J'avais des cheveux abondants A ne savoir qu'en faire, Jadis !
Il ne m'en reste plus que dix 1
C'est pourquoi, je vous le répète,
Je bois du vin, Car il me semble en avoir vingt, Dès que je suis pompette.
Et quoi Nous sauve, si ce n'est la foi !
CHANSON D AUTOMNE. i) I
\ ive donc le superbe automne,
Rouge et doré !
Le vin magnifique et sacré, Qui chante dans la tonne, Le vin...
Je ne dis pas l'eau... mais le Yin î
CHANSON
D'après Petœfi Sandor.
A Pierre Stevens,
La bise siffle à ma porte...
C'est l'hiver! Mais que m'importe
Après tout, l'hiver, alors
Que je puis n'en rien connaître,
Si, le nez à ma fenêtre,
Je ne regarde dehors?...
Auprès du feu... sur ma table Un vin pur, indiscutable...
Quelques compagnons élus, De tout repos, et que j'aime Au moins autant que moi-même, Que souhaité -je de plus?
CHANSON. (j3
J'ai le bonheur en partage.
Je ne veux rien davantage Que ces heures d'amitié.
Gomme alors ma joie éclate !
Gomme mon cœur se dilate, Et déborde de pitié !
Je suis sûr que cette joie, Qui sur ma face rougeoie, Si je la pouvais semer Par les campagnes moroses.
On y verrait mille roses Subitement essaimer.
Et, si je pouvais de même Lancer au ciel froid et blême Mon cœur brûlant et vermeil Je crois que dans la seconde Il réchaufferait le monde Autant comme le Soleil !
Sur une route interminable, Et par un soleil qui chauffait Dieu sait!... j'allais, flapi, minable, Mourant de soif. Et j'avais fait
Déjà maint et maint kilomètre,
Sans rencontrer un cabaret.
Tu m'entends, Saint-Amant, mon maître !
Qu'en dis-tu, son ami, Faret?
Et, devant mes yeux de presbyte, Pas un toit, pas une maison !
C'est ici que le Diable habite — Pensais-je, avec quelque raison.
Enfin, pour comble de disgrâce, Je voyais au loin des rustauds Grouillant, de terrasse en terrasse, Qui vendangeaient sur les coteaux.
On m'eût pris avec une pelle, Tant j'étais flasque et m'affaissant, Quand j'aperçus une chapelle Dédiée au grand Saint Vincent.
Devant son image rustique, Courbant le plus chauve des fronts, Je lui dis d'une voix mystique :
« 0 bon patron des vignerons !
Du haut de la voûte éternelle, De grâce, prends pitié de moi.
Tu sais que je suis ton fidèle, Tu connais mon culte pour toi.
J'ai là, vois-tu, comme une racle Dans le gosier — ça n'est pas gai.
Fais, en ma faveur, un miracle.
Et, quand ici je reviendrai,
Je te promets un fameux cierge :
Indique- moi de quel côté Se trouve la plus proche auberge, Où te porter une santé. »
<j6 LA MUSE AU CABAUET.
Alors, voilà bien le prodige :
Le saint me tendit un flacon...
Je l'ai vu de mes yeux — vous dis-jr
Un flacon de vin rubicond!
Ce vin me parut sans nuance, Un peu dur... ce qui m'épata, Etant donné sa provenance.
N'importe! il me réconforta.
C'est donc avec plus de courage Que je poursuivis mon chemin, Jusqu'à l'auberge d'un village Où je fus bientôt, verre en main.
Là, se trouvaient en train de boire, Quelques vignerons du pays, A qui je contai mon histoire.
Tout d'abord je les ébahis.
Puis l'un d'eux se mit à me rire Au nez : « Eh bien, vrai ! mon ami - Fit-il — permets-moi de te dire Que tu n'es pas « jeune » à demi.
« Tu sauras que c'est la consigne, Chez nous, je dis plus, le devoir, D'offrir au patron de la Vigne Le premier vin hors du pressoir.
« C'est ainsi que cette bouteille, Que tu bus comme un innocent, Aujourd'hui — c'est moi qui, — la veille, L'avais offerte à Saint Vincent. »