‹ La muse au cabaretChapitre 49 sur 139 · L'INTRÉPIDE VIDE-BOUTEILLES · texte numérisé non relu

L'INTRÉPIDE VIDE-BOUTEILLES

A. Forain.

— Et comme vin, Monsieur?

— Une demi- Vichy.

Intrépide Vide-bouteilles,

Qui passas tes nuits et tes veilles

A boire de l'eau, Intrépidement, dans laquelle Devait se noyer ta cervelle,

Pauvre gigolo !

Je te vois toujours, glabre et blême, Avec ta face de carême,

Tes yeux comme... cuits; Ta chair exsangue, molle et grasse, Révélant toute la disgrâce

De tes blanches nuits.

Je te vois affairé, rapide,

Les bras ballants, le regard vide,

On eût dit épars.., Distribuant mille poignées De main, pas toujours renseignées,

Sur les boulevards.

Ton nom encombrait les gazettes. Parmi ceux d'un tas de mazettes,

Dont le leur me fuit; Qui te célébraient après boire, Et tu prenais pour de la gloire

Tout ce vilain bruit !

On t'invoquait comme la Muse Du demi-monde où l'on s'amuse,

Du Paris-fêtard, Toi, plus triste qu'une Wallace, Qu'un convoi de huitième classe,

Quartier Mouffetard.

Tu nous amusas, somme toute, Tant que fus sur notre route . . .

Sommes-nous ingrats!

Car te voilà dans la Ténèbre, Sans même l'oraison funèbre

Qu'on fait au Bœuf gras,

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