‹ La muse au cabaretChapitre 5 sur 139 · LA FIN DUNE LEGENDE. II · texte numérisé non relu

LA FIN DUNE LEGENDE. II

Si c'est, parce que notre saint Mourut comme Guatimozin, Sur ce matelas un peu glabre, Que vous vous réclamez de lui, 0 cuisiniers ! c'est inouï.

L'ironie est un peu macabre!

En outre, ce n'est pas Laurent, Absolument indifférent, Et pour cause, à l'art culinaire, Votre vrai patron, cuisiniers, Mais, il faut que vous l'appreniez, C'est Saint Fortunat, son confrère.

Fortunat était à Poitiers, Evêque, au temps où le moustier, Fondé par Sainte Radegonde, ^ Florissait et battait son plein.

Il en devint le chapelain, Ce que vous dira tout le monde.

Il avait un péché mignon, La table ! le bon compagnon !

Et voyez, en façon dernière, Comme tout s'arrange vraiment!

Car s'il était un peu gourmand, Elle était bonne cuisinière.

On peut être un saint — n'est-ce pas Sans faire fi d'un bon repas?

La sainte, en sa sollicitude, Lui cuisinait maint petit plat, Qui causait à notre prélat Des instants de béatitude.

Alors, il tenait des propos Eminemment épiscopaux, Qui ravissaient la sainte femme.

Et tout se passait pour le mieux, A la grande gloire de Dieu, Et pour le salut de leur âme.

Et non seulement mon gourmet Dégustait ces plats qu'il aimait, Mais il les chantait sur sa lyre, En des poèmes inspirés, Sachant passer des vers sacrés Aux profanes, si l'on peut dire?.

Et ce Fortunat fortuné Et Radegonde ont cuisiné Jusques à leur heure dernière.

C'est pourquoi nous considérons Que ce sont là vos vrais patrons, 0 cuisiniers ! 0 cuisinières !

CHANSON

Au sculpteur Desbois.

Le joli vin de mon ami N'est pas un gaillard endormi; A peine échappé de la treille, Sans se soucier de vieillir, Il ne demande qu'à jaillir De la bouteille.

Le cœur aussi de mon ami Ne se donne pas à demi; Il n'est jamais d'humeur chagrine Toujours prompt à vous accueillir, Il ne demande qu'à jaillir De sa poitrine.

l4 LA MUSE AU CABARET.

A peine vous êtes chez lui Que son regard vous réjouit.

Il descend bien vite à la cave, Et vous en rapporte un flacon De son petit vin rubicond.

Ah ! le vieux brave !

Mais, où son geste est éloquent Et religieux, c'est bien quand Il saisit son verre pour boire ; Il me semble alors que je vois

Rutiler au bout de ses doigts Le Saint Ciboire!

Puis, à mesure que le vin Descend dans ce profond ravin Qui est son gosier grandiose, Sa Jxmne figure apparaît Resplendissante, on la croirait En métal rose.

Son âme dans ses yeux fleurit.

Il s'abandonne, et s'attendrit Sur le sort du commun des hommes Qui n'ont pas de ce vin subtil Et potitii. u Pauvres — dit-il — Gueux que nous sommes ! »

CHANSON

Après boire, cet être en or Devient plus magnifique encor.

Car, telle est du Vin l'efficace Qu'il rend meilleurs les braves gens.

Cependant que les cœurs méchants Il coriace.

C'est merveille que de l'ouïr.

Les mots viennent s épanouir Sur sa bouche sacerdotale, En aphorismes prompts et courts.

Jamais en de trop longs discours Il ne s'étale.

Son verbe est sagace et prudent, Il parle comme un président, Et dit des choses éternelles, Que je m'abstiens de répéter, Pour ne pas les beautés gâter Qui sont en elles.

Que le Seigneur, le Seigneur Dieu Avant qu'en son paradis bleu Il ne rappelle à lui ce sage, Pour trinquer avec ses élus, Nous le garde cent ans et plus, Et davantage.

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