LA MORT DE PELLOQUET
À Henri Warnod.
Catulle Mendès a fait revivre dans son « Glatigny » ce bizarre Pellflquet.
Il existait donc sous l'Empire Un certain nommé Pelloquet, Assez artiste, ivrogne pire, Et pâle convive au banquet
De la Vie. Un de ces bohèmes, Par la « Muse verte » grisés, Qui rêvant tout haut leurs poèmes Les tiennent pour réalisés.
La fâcheuse paralysie Le cloua, jeune, sur son lit; Et finalement l'aphasie, Pour ainsi dire l'abolit,
Sans qu'il renonçât à son vice;
Tant qu'il n'eut plus au bout d'un laps,
Qu'une syllabe à son service;
Cette syllabe était abs... abs...
Quelle était sa signifiance?
Voulait-il exprimer par là Qu'il avait parfois une abs. . .ence ! . . . On s'en fût douté sans cela.
Cette syllabe inepte, kurde, Pouvait signifier encor Qu'il trouvait l'existence abs...urde, Et voulait changer de décor?...
Tous les gens de son entourage Faisaient des efforts superflus, Pour qu'il en dise davantage, Mais ils n'en tiraient rien de plus.
Il allait leur mâchant sans cesse Ces trois lettres, abs... furieux, Tour à tour, ou plein de tristesse, Qu'ils ne le comprissent pas mieux.
Puis, un jour, croyant reconnaître Qu'il était des plus mal en point, Ils firent appeler un prêtre Qui, lui, du moins, n'hésita point.