‹ La muse gauloiseChapitre 16 sur 60 · MATHURIN REGNIER · texte numérisé non relu

MATHURIN REGNIER

Ode

sur une vieiSie maquerelie

Esprit eirant, âme idolâtre, Corps vérole, couvert d'emplâtre Aveuglé d'un lascif bandeau ; Grande nymphe à la harlequine Qui s'est brisé toute l'échiné Dessus le pavé du bordeau.

Dis-moi pourquoi, vieille maudite.

Des ruffians la calamité As-tu sitôt quitté l'enfer ?

Vieille, à nos maux si préparée.

Tu nous ravis l'âge dorée.

Nous ramenant celle du fer.

Retourne donc, âme sorcière.

Des enfers être la portière ; Pars et t'en va, sans nul délai Suivre ta noire destinée.

Te sauvant par la cheminée.

Sur ton épaule un vieux balai.

Je veux que partout on t'appelle Louve, chieime et oiuse cruelle, Tant deçà que delà les monts ; Je veux de plus qu'on y ajoute ; Voilà le grand Diable qui joute Contre l'enfer et les Démons.

Je veux qu'on crie emmi la rus, Peuple, gardez-vous de la grue, Qui détruit tous les aiguillons, Demandant si c'est aventure, Ou bien un effet de nature.

Que d'accoucher des ardillons.

De cent clous, elle fut formée ; Et puis, pour en être animée.

On la frotta de vif argent, Le fer fut première matière :

Mais meilleure en fut la dernière Que fit son cul si diligent.

Depuis honorant son lignage,

Elle fit voir un beau ménage.

D'ordure et d'impudicités :

Et puis par l'excès de ses flammes,

Elle a produit filles et femmes,

Au champ de ses lubricités.

De moy, tu n'auras paix ni trêve, Que je ne t'aie vue en grève, La peau passée en maroquin.

Les os brisés, la chair meurtrie, Prête à porter à la voirie.

Et mise au fond d'un mannequin.

Tu mérites bien davantage, Serpent, dont le maudit langage, Nous prit un autre Paxadis :

Car tu changes le Diable en Ange ; Notre vie, en la mort tu changes, Croyant cela qiie tu nous dis,

Ha Dieu, que je te verrai souple. Lorsque le bourreau couple à couple.

Ensemble pendra tes putains ; Car alors tu diras au monde, Que malbeuieux est qui se fonde Dessus l'espoir de ses desseins.

Vieille sans dent, grand hallebarde, Vieux baril à mettre moutarde, Grand morion, vieux pot cassé, Plaqpie de lit, corne à lanterne, Manche de luth, corps de guiterne Que n'es-tu déjà « in pace » ?

Vous tous qui, malins de nature.

En désirez voir la peinture.

Allez-vous en chez le bourreau ; Car s'il n'est touché d'inconstance.

Il l'a fait voir à la potence.

Ou dans la salle du bordeau.

Stances sur la ch... p.

Ma foi, je fus bien de la fête.

Quand je lis chez vous ce repas ; Je trouvai la pou-drc à la tête, Mais le poivre était vers le bas.

Vous me montrez un Dieu propice Portant avec l'arc un brandon.

Appelez-vous la cli.. de p...sse Une flèche -de Cupidou ?

Mon cas qui se lève et se hausse Bave d'mie étrange façon :

Belle, vous fournîtes la sauce Lors que je fournis le poisson.

Las ! si ce membre eut l'arrogance De fouiller trop les lieux sacrés, Qu'on lui pardonne son offense, Car il pleure assez ses péchés.

-ï t 'ï Ode sur la ch... p..

Infâme bâtard de Cythère, Fils ingrat d'une ingrate mère Avorton, traître et déguisé, Si je t'ai servi dès l'enfance.

De quelle ingrate récompense As-tu mon service abusé ?

Mon cas, fier de mainte conquête, En Espagnol portait la tête, Triomphant, superbe et vainqueur.

Que nul effort n'eut su rabattre :

Maintenant lâche et sans combattre, Fait la cane et n'a plus de cœur.

De tes autels, une prêtresse L'a réduit en telle détresse,

Le voyant au choc obstiné.

Qu'entouré d'onguent et de linge, Il m'est avis de voir un singe.

Comme un enfant erabéguiné.

De façon robuste et raillarde.

Pend l'oreille et n'est plus gaillarde.

Son teint vermeil n'a point d'éclat.

De pleurs, il se noyé la face.

Et fait aussi laide grimace.

Qu'un boudin crevé sur un plat.

Aussi penaud qu'un chat qu'on châtre.

Il demeure dans son emplâtre. Comme en sa coque un limaçon.

En vain d'arrasser, il essaye.

Encordé comme une lamproie, Il obéit au caveçon.

Une salive mordicante

De sa narine distillante

L'ulcère si fort en dedans.

Que, crachant l'humeur cpû le pique.

Il bave comme un pulmonique

Qui tient la mort entre ses dents.

Ha, que cette humeur languissante Du temps ja<fis est différente, Quand brave, courageux et chaud.

Tout passait au fil de sa rage, N'étant si jeune pucelage Qu'il n'enfilât de prime assaut.

Apollon, dès mon âge tendre, Poussé du courage d apprendre, Auprès du Ruisseau Pamassin, Si je t'invoquai pour Poète Ores, en ma douleur secrète Je t'invoque pour médecin.

Sévère roi des Destinées, Mesureur des vites années, Coeur du Monde, œil du firmament.

Toi qui présides à ta vie, Guéris mon cas, je te supplie.

Et le conduis à sauvement

Pour récompense, dans ton temple.

Servant de mémorable exemple, Aux jouteurs qui viendront après. J'apprendrai la même figure De mon cas, malade en peinture, Ombragé d'ache et de cyprès.

Epigfamme

Madelon n'est point difficile.

Comme un tas de mignardes font ; Bourgeois et gens sans domicile.

Sans beaucoup marcbander lui font.

Un chacun qui veut la recoutre.

Pour raison elle dit un ))oint :

Qu'il faut être putain tout outre, Ou bien du tout ne Pêtre point =

Epigramme

Hier la langue me fourcha, Devisant avec Antoinette :

Je dis « f..tre », et cette finette Me fit la mine et se fâclia.

Je déchus de tout mon ciédit Et vis à sa couleur vermeille Qu'elle aimait ce que j'avais dit.

Mais en autre paît qu'en l'oreille.

Epigramme

Lors que j'étais comme inutile Au plus doux passe-temps d'amour.

J'avais un mari si habile. Qu'il me caressoit nuit et jour.

Ores celui qui me commande.

Comme im tronc gît dedans le lit Et maintenant que je suis grande.

Il se repose, jour et nuit.

L'un fut trop vaillant en courage.

Et l'autre est trop alangouri.

Amour, rends-moi mon premier âge Ou me rends mon premier mari !

Epigramme

Dans un chemin, un pays traversant,

Pierrot tenait sa Jeannette accolée,

Sur ce, de loin avisant un passant,

11 fut d'avis de quitter la mêlée.

— Pourquoi fais-tu, dit la garce affolée,

Trêve de c... ? — ■ Ha, dit-il, laisse-moi.

Je vois quelqu'un, c'est le chemin du Roi.

— - Ma foi. Pierrot, peu de cas te débauche :

Il n'est pas fait plutôt, comme je crois.

Pour mi piéton, que pour un qui chevauche. »

Epâgramme

« Hélas, ma sœur, m'amie, j'en mourrai, Criait Alix qu'on voulait marier :

Au premier coup, vaincue je serai ; Rien n'en ferai, ma mère a beau crier. » Sa sœur répond : « Alix, ne te courrouce Et de cela ne prends aucun émoi Car si tu veux que j'aide à- la rescousse. Les premiers coups, j'endurerai pour toi. »

Epigramme

Quelque moine de par le monde

Prêchait un jour dans une i)ippe [tonneau]

Et par le pertuis de la bonde,

Paraissait le bout de sa tiipe :

« Gardons-nous bien qu'il ne nous pipe ;),

Dirent les dames en riant.

Lors, dit le Prêcheur en criant,

Tout rempli de courroux et d'ire :

« Tout beau, paix-là ! laissez-moi dire,

Ou par Dieu vous irez dehors !

Que le diable qui vous fait rire

Vous puisse entrer dedans le corps ! »

-t ir ir

Lisette, à qui l'on faisait tort.

Vint à Robin, tout éplorée :

« Je te pri', donne-moi la mort

Que, tant de fois, j'ai désirée. »

Lui qui ne la refuse en rien,

Tire son... vous m'entendez bien.

Puis au bas du ventre il la frappe.

Elle, qui veut finir ses jours.

Lui dit : « Mon cœur, pousse toujours,

De crainte que je n'en réchappe ! »

Mais Robin, las de la servir.

Craignant une nouvelle plainte,

Lui dit : a Ilâle-toi de mourir,

Car mon poignard n'a ])lu5 de pointe !

Epigramme

Amour est une affection Qui par les yeux dans le cœur entre.

Puis, par une défluction S'écoule par le bas du ventre.

DE TRELLON

Sonnet

D vous fallait choisir pour amant, ma maîtresse, Depuis que vous vouliez changer résolmnent. Un homme vigoureux, qui eût entendement, Afin de vous parler et caresser sans cesse.

Celui que vous aimez est un sot sans adresse. Ignorant, éventé, sujet au changement, Qui n'a de quoi fournir à votre appointement Bien qu'il ait commencé par une grand largesse.

Vous vous abuserez avec son amitié.

Je ne le dis, sinon parce que j'ai pitié

De vous voir, sans honneur, du tout abandonnée.

Car ce qui me console, en ce fait qui me nuit. C'est que s'il vous l'a fait huit fois pour une nuit. Je vous l'ai fait neuf fois, pour une après-dînée.

DE BOISSIERE

Sonnet

Prisez-vous celui-là, qui ainsi vous accolle ? Et qui, à tous les coups, vous met en appétit ? S'il a grand les habits, son argent est petit. Et s'il a roide fraise, il a la tripe molle.

Je 1© compare droit à une vaine idole ; Il n'a que l'appaience, encor il s'abêtit I>e ce que sans matière, un lo<gis il bâtit Sur notre fondement du vent de sa p,arole.

Bien que de ses outils, il se trouve imparfait Il se vante de faire en vous ce qu'il ne fait : Laissez cet abuseur en sa nature froide.

Si vous trouvez en anoi, moinidre habit, collet mol,

Vous trouverez aussi que je ne suis si fol,

Ma bourse amieux garnie, et mon andouille roide.

SAINT-ROMARD

Epigramme

Un bon mari, de3 meilleurs que l'on fasse, Venu de loin, plus tôt qu'il ne devait, Sa femme voit, dormant <de bonne grâce. Qui ses reins frais sur la plume couvait. Il y prend goût, d'un masque se pourvoit. Il juche et joue, elle le trouve doux. Quand le bon Jean eut tiré ses grands coups, Se démasxjua ; lors le voyant, la belle : c( Et qu'est ceci, mon mari (ce dit-elle)... Je pensais bien que fut autre que vous ! »

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