MALHERBE
Epîgrammd
Tu dis, Colin, de tous côtés.
Que mes vers, à les ouïr lire.
Te font venir des crudités.
Et penses qu'on en doive rire ; Cocu de long et de travers.
Sot au delà de toutes bornes.
Comment te plains-tu de mes vers, Toi qui souffres si bien les cornes ?
Epigramme
Jeanne, tandis que tu fus belle Tu le fus sans comparaison ; Anne à cette heure est de saison Et ne vois rien si beau, comme elle.
Comme à toi, les ans lui mettront Quelque jour, les rides au front.
Et feront à sa tresse blonde Même outrage qu'à tes cheveux ; Mais... voilà conune va le monde !
Je t'ai voulue et je la veux.
Sonnet
Multipliez le monde en votre accouplement, Dit la voix éternelle, à notre premier père. Adam tout aussitôt, désireux de lui plaire, Met sa belle Eve à bas, et la f.t vilement.
Nous qui faisoais les fins, disputons sottement, Interprétant de Dieu la volonté si claire. Et n'osons le besoin de f...re satisfaire, Nous-même nous privant de ce contentement,
Pauvres, qu'attendons-nous d'une bonté si grande ? N'est-ce pas assez dit, quand Dieu nous le commande ? Faut-il qu'il nous assigne et le temps et le lieu ?
Il n'a pas dit : F...tez ! mais grossiers que nous sommes, Multiplier le monde, en langage de Dieu, Qu'est-ce donc, sinon f...re,' en langage des hommes ?
Sannet
« Là, là ! pour le dessert, trouasez-jnoi celle colle
Vite, chemise et tout qu'il n'y demeure rien
Qui me puisse empêcher de reconnaître bien
Du plus haut du nombril, jusqu'au bas de la motte
Là, sans vous renfrogner, venez que je vous frotte. Et me laissez à part tout ce grave maintien, Suis-je pas votre cœur, êtes-vous pas le mien ? C'est bien avecque moi qu'il faut faire la sotte !
— Mon cœur, il est bien vrai, mais vous en faites trop. Remettez-vous au pas, et quittez ce galop.
— Ma belle, baisez-moi, c'est à vous de vous taire !
— Ma foi, cela vous gâte au milieu du repas...
— Belle, vous dites vrai, mais se pourrait-il faire De voir un si beau c... et ne le f..tre pas ? »
t ir -*
FAUGHERAND DE MONTGAILLARD Chanson
Cette petite effrontée,
A qui je faisais l'amour,
M'aJlait d^isant, l'autre jour,
La couehaut sur la montée :
« Ha, monsieur, la ! la ! la ! la î
Ha ! vous me faites cela !
— J'ai fermé, dis-je, la porte.
Nul n'^entendra mon discours. »
Mais elle criait toujours :
« Laissez-moi, las ! je suis morte !
Ha, iBonsieur...
— Etes-vous encor pucelle ?
Ce serait un grand défaut.
— Las, monsieur, le cœur me faut.
Le sentez-vous pas ? dit-elle.
Ha monsieur...
— Ha ! dit- elle, je me pâme !
Monsieur, attendez un peu.
Vous me mettez toute en feu !
Me voulez-vous ôter l'âme ?
Wa inonsjeur-
Vois, je suis toute souillée...
La, la, la ! Faites tout beau !
je lu'écoule toute en eau Et ma chemise est mouillée.
Ha monsieur...
Las ! que dira ma maîtresse, Si elle sait mes malheurs ?
Ma foi, CCS degrés sont durs, Ils m'ont écorché la fesse.
Ha ! monsieur, la, la, la, la !
Ha ! vous me faites cela !"
De Louison