‹ La muse gauloiseChapitre 40 sur 60 · DIDEROT · texte numérisé non relu

DIDEROT

Epigramsrse

D'une prêtresse de Cypris, Un peintre ayant trouvé la figure jolie.

Pour ornement d'un saint poiirpris.

En fit une Vierge Marie.

LTn libertin la contempla.

Et dit en s'étonnant : « Que le ciel me punisse. Si ce n'est cette vierge-là

Qui m.'a donné la ch..»'p.spe ! »

PAJON

L'inconnu

Un oerfain jour, trois commères, D'épaisse rotoii'flité,

Remplissaient, <îe leurs trois derrières. Un fiacre assez mal monté.

Un petit laquais, par derrière,

S'accrochait du mieux qu'il pouvait, Et le cocher qui jurait.

Tâchait de fournir sa carrière.

On voyageait avec gaîté,

Quand à gauche une grosse pierte^

Et du côté droit une ornière.

Font perdre au fiacre mal lesté Le centre de gravité,

Et le couchent dans la poussière.

Le petit laquais culbuté Se lève en frottant sa ci-oupière Et du fiacre sur le côté Va, boitant, ouvrir la portière.

Mais, le jeune honime épouvanté Voit comme en un gros reliquaire.

Trois gros culs, dont la nudité Vient lui sauter à la visière.

A ce spectacle inattendu.

Jasmin, étonné, se redresse.

Quand il entend sa maîtresse, (Dame modeste et de vertu)

Qui, la tête en bas dans ]a presse Criait : « Petit laquais, eh ! cache donc mon eu.

— Eh ! mais, dit Ja'-nùii, /•perdu.

Parlez, Madame, lequel est-ce ? »

La femme complaisante

En sortant du moutier, un nouveau marié

Allait, tenant le bras de sa jeune donzelie.

Elle avait tant d'ardeur de n'être plus pucelle.

Qu'à peine, à terre, elle touchait du pied.

Le jeune époux dit tout bas, à la belle :

« Nous aurons, dans neuf mois, le plus beau des poupons.

— J'y ferai mon devoir, lui répond la femelle.

— Mais, reprit-il, sitôt que nous arriverons. Dînerons-nous, ma chère, ou si nous le ferons ?

— Tout, comme il vous plaira, dit-elle. Et puis après, nous dînerons. »

GUfCMARD

L'éclaircissement

Au juge d'un village une fille naïve

Se plaignait qu'un garçon, à l'écart, dans un bois.

Debout contre une haie, et l'y tenant captive

Fit tant... qu'elle en avait enfin pour ses neuf mois.

« Vraiment, c'est un viol ! Il faut faire un exemple

Je le ferai sans contredit. »

Le garçon était là, tous deux il les contemple. Puis se grattant le front : « Au fait dont il s'agit

Un point m'embarrasse l'esprit. «

Ce point, la fille le idemande.

« C'est que ce •drôle est très petit Et vous, la fille, êtes bien grande ; Or, pour parvenir au succès...

— Mais, dit-elle, je me bais?^ais !... »

La duchesse et son cocher

Le ibeau cocher d'une belle duchesse

Qui, toujours prête, à l'amoureux ébat,

Favorisait le clergé, la noblesse.

Sans rejeter les vœux du Tiers-Etat,

r>a conduisait, sous galante aventure.

Hors de Paris. « Descends-moi, dans ce coin

Elle sentait petit besoin. ,

Et le cocher aussi. L'on cède à la nature.

250 La MtiSE Gauloise

La duchesse à l'écart, derrière la voiture.

L'autre vis-à-vis des chevaux.

En cette décente posture, Des deux sources coulaient fort gentiment les flots. Apercevant, baissée, un objet qui l'attire, Ma gaillarde, gaîment, n'hésite pas à dire : «A ta santé, mon cher ! )> C'était le provoquer.

Ce familier propos ï'enllamme :

« Bien de l'honneur, répondit-il, et Madame, Plus de plaisir encor... si vous vouliez trinquer. »

Le désir du vîoi

Dans une ville, oii Mars déployait ses fureurs.

Etait un couvent de nonnettes.

De la guerre et de ses horreurs, La nouvelle troubla leurs paisibles retraites. La flamme et le viol, d'un effroi renaissant : Alarmaient nuit et jour, le troupeau gémissant :

« Dieu, protecteur de l'innoceiice.

Ah ! de vos ailes covivrez-nous !

Sainte-Vierge, Jésus, prenez notre défense !

Préservez vos brebis des loups ! »

Ainsi pendant un mois, on prie, on se désole. Dans ce commun danger, seule ne craignant rien,

Sœur Monique s'écrie : ce Eh bien !

Quand est-ce que l'on viole ? »

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