ALFRED DE MUSSET
Ce qu'il me faut
Chantez, chantez encor, rêveurs mélancoliques, Vos doucereux amours et vos beautés mystiques
Qui baissent les deux yeux ; Des paroles du cœur vantez^vous la puissance, Et la virginité des robes d'innocence,
Et les premiers aveux !
Ce qu'il me faut, à moi, c'est un amour qui brûle Et comme mi dard de feu dans mes veines circule.
Tout rempli d'alcool; C'est une courtisane, enivrée et folâtre. Dansant autour d'un punch à la flamme bleuâtre.
Et buvant à plein bol ! *
Ce qu'il me faut, à moi, c'est la brutale orgie, La brune courtisane à la lèvre rougie.
Qui se pâme et se tord; Qui s'enlace à vos bras dans sa fougueuse ivresse Qui laisse ses cheveux se dérouler en tresse
Vous étreint et vous mord.
C'est une femme ardente, autant qu'une Espagnole, Dont les transports d'amour rendent la tête folle,
Et font craquer le lit; C'est une passion forte, comme une fièvre. Une lèvre de feu qui s'attache à ma lèvre
Pendant toute une nuit !
C'est une cuisse blanche, à la mienne enlacée, Un regard embrasé, d'où jaillit la pensée,
Ce sotit surtout deux seins, Fruits d'amour arrondis par une main divine, (^ui tous deux à la fois vibrent sur la poitrine
Qu'on prend à pleines mains !
Eh bien ! venez encore me vanter vos pucelles Avec leius regards froids, avec leurs tailles grêles
Frêles conune un roseau.
Qui n'osent de leur doigt vous toucher — ni rien dire. Qui n'osent regarder et craignent <de sourire,
Ne boivent que de l'eau !
Non ! vous ne valez pas, ô tendre jeune fille. Au teint frais et si pur, caché sous la mantille
Et dans le blanc satin Non, dames du grand ton, en tout, tant que vous êtes, Non, vous ne valez pas, femmes dites honnêtes.
Un amour de catin.